La moquette emblématique du Festival de Cannes entame une nouvelle vie à Marseille, où elle est recyclée et transformée en objets de mode ou accessoires uniques.
Utilisé pendant deux semaines par les plus grandes stars du cinéma, le célèbre tapis rouge du Festival de Cannes connaît une seconde vie, loin des projecteurs. Il est désormais récupéré par l’association marseillaise la Réserve des arts, spécialisée dans la revalorisation des déchets du secteur culturel.
Un tapis recyclé, pas un produit de luxe
À Marseille, le tapis est sobrement présenté comme une « moquette feutrée simple fine rouge ». Pas question d’exploiter son origine prestigieuse pour augmenter les prix. Il est vendu à 1 euro le kilo, soit environ 33 centimes le mètre carré, afin d’être accessible aux créateurs locaux, stylistes, compagnies de théâtre ou artisans.
« Ce sont des éléments qui n’étaient pas censés être réutilisés », explique Jeanne Ré, coordinatrice de l’association. Le Festival de Cannes finance lui-même cette démarche, pleinement conscient de son impact environnemental.
Une seconde vie artistique et engagée
Dans le dépôt de 300 m² de la Réserve des arts, situé dans les quartiers nord de Marseille, les matériaux récupérés — tapis, tasseaux, affiches ou bâches — sont nettoyés, reconditionnés et revendus à prix réduits. Les créations issues du tapis cannois vont des sacs à main aux étuis à lunettes, en passant par des bobs ou vêtements d’exposition.
Elsa Ramouni-Yordikian, de l’association Les Nippones, exploite le tapis rouge depuis plus de quatre ans. Elle a même présenté ses créations dans une exposition intitulée « S’habiller comme une star de cinéma », à Marseille. Pour elle, la réutilisation de ce matériau symbolique est un geste à la fois écologique et artistique.
Une matière imparfaite, mais pleine de sens
Si la qualité du tapis n’est pas exceptionnelle — troué, scotché, parfois humide — il n’en reste pas moins un vecteur de création. « Ce n’est pas la qualité qui compte, c’est la démarche », insiste Elsa. Elle rappelle que ces moquettes sont omniprésentes dans les festivals, salons et autres événements, et qu’il faut donc impérativement penser à leur seconde vie.
Un choix plus humain que mécanique
Chaque jour du festival, de nouvelles sections de tapis sont posées, ce qui représente 1,5 tonne de moquette en quinze jours. Grâce à la Réserve des arts, ces déchets textiles ne partent pas à la décharge. Cinq salariés marseillais œuvrent à leur transformation. Un travail artisanal qui coûte plus cher que le recyclage industriel, mais qui crée de l’emploi et du sens.
« Si nous n’étions pas là, ces tapis auraient simplement été broyés pour devenir des plastiques industriels », conclut Jeanne Ré.
Avec AFP










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