Un incendie criminel sur fond de grand banditisme et de rivalités obscures a valu une lourde condamnation devant le tribunal correctionnel de Bastia. Lundi, un homme a écopé de cinq ans de prison pour avoir détruit par le feu une pépinière appartenant à un militant nationaliste corse, lui-même incarcéré en Italie pour avoir aidé un chef mafieux dans sa cavale. Une affaire aux multiples ramifications, qui illustre les tensions persistantes autour de la criminalité organisée en Corse.
Un incendie, une pépinière réduite en cendres et, en toile de fond, les lignes de fracture d’un territoire sous pression ! À Lucciana, en Haute-Corse, les flammes avaient ravagé en juillet 2025 les bureaux d’une entreprise locale, révélant une affaire bien plus vaste que le simple fait divers.
Cinq ans de prison
Le tribunal correctionnel de Bastia a condamné Stéphane Fortuny, 52 ans, à cinq ans de prison ferme pour destruction par incendie. Poursuivi pour les mêmes faits ainsi que pour complicité et association de malfaiteurs, Christophe Ohrenstein, 30 ans, a en revanche été relaxé. Son casier judiciaire était vierge.
Lors de l’audience, le ministère public avait requis des peines plus lourdes, demandant six ans de prison contre Stéphane Fortuny et quatre ans contre Christophe Ohrenstein. Les juges ont finalement suivi une ligne plus mesurée pour le premier et totalement disculpé le second.
Un incendie ciblant l’entreprise d’un militant nationaliste
Les faits remontent à juillet 2025. À Lucciana, un incendie criminel détruit des bureaux installés dans une structure modulaire de l’entreprise Casa di L’Ortu, une pépinière appartenant à Marco Furfaro, militant nationaliste corse. L’attaque vise directement l’outil de travail du pépiniériste.
Interpellés fin novembre, les deux suspects avaient nié toute implication. Christophe Ohrenstein avait été laissé libre sous contrôle judiciaire, tandis que Stéphane Fortuny avait été placé en détention provisoire, selon le parquet de Bastia.
Le parcours judiciaire de Stéphane Fortuny a pesé dans la balance. L’homme était déjà connu des tribunaux. En 2013, il avait été condamné par la cour d’assises des Alpes-Maritimes à 12 ans de réclusion criminelle pour le braquage de deux bijouteries. Il se trouvait en liberté au moment des faits jugés à Bastia.
L’ombre de la mafia italienne
Propriétaire de la pépinière incendiée, Marco Furfaro, 56 ans, a lui-même été rattrapé par la justice italienne. Extradé vers l’Italie, il a été condamné en octobre en Sardaigne à quatre ans et six mois de prison pour avoir aidé dans sa cavale le mafieux italien Marco Raduano.
Il était notamment accusé d’avoir transporté ce dernier en Italie, en Espagne et en Corse, où il l’aurait également hébergé. Marco Raduano avait été arrêté à Aléria, en Haute-Corse, en février 2024.
Au moment de l’incendie, l’avocat de la famille Furfaro, Me Marc-Antoine Luca, avait indiqué que la compagne de Marco Furfaro avait déposé plainte, dénonçant « un acte lâche ».
Climat de peur
Quelques semaines avant l’incendie, en mai, la femme et les filles de Marco Furfaro avaient déjà signalé des menaces de mort à leur encontre. Des éléments qui soulignent un climat de tension durable autour de certaines figures locales.
Plus largement, l’ampleur de la criminalité et du grand banditisme en Corse a conduit une partie de la société civile à se mobiliser. Mi-novembre, des manifestations antimafia ont réuni entre 1.700 et 3.000 personnes sur l’île.
Selon une note confidentielle de 2025 du service information, renseignement et analyse stratégique sur la criminalité organisée, quelque 20 bandes criminelles sévissent actuellement en Corse, illustrant un phénomène profondément enraciné.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP







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