À Allauch, commune adossée aux collines chères à Marcel Pagnol et voisine immédiate de Marseille, un affrontement s’engage entre l’État et la municipalité. En toile de fond : la construction de logements sociaux. Tandis que la préfecture entend faire appliquer la loi, le maire LR Lionel de Cala défend une vision patrimoniale de sa ville, utilisée comme décor dans la série « Plus belle la vie », et s’oppose fermement à ce qu’il considère comme une atteinte à « l’ADN centenaire » de cette enclave provençale.
Ce bras de fer cristallise les tensions autour de la loi SRU dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où la grande majorité des communes concernées échouent à atteindre le quota de 25 % de logements sociaux. Sur les 197 villes soumises à cette obligation, seulement 14 respectent ce seuil.
Pour les services de l’État, « le système dysfonctionne totalement ». Le maire, lui, critique une législation qu’il juge « plus du tout adaptée à la réalité de nos communes ». Dans un entretien accordé à l’AFP, il fustige une « logique uniquement punitive » infligeant à Allauch, qui ne compte que 7,5 % de logements sociaux, des amendes atteignant 1,3 million d’euros.
Le 27 mars, le préfet des Bouches-du-Rhône, Georges-François Leclerc, a pris un arrêté pour préempter un terrain de 2.500 m² dans le but d’y construire une quinzaine de logements sociaux. En réponse, le maire a lancé une pétition en ligne. Mercredi soir, plus de 6.200 signatures avaient été recueillies.
Même s’il reconnaît que « l’enjeu de fond reste limité », Lionel de Cala insiste sur la nécessité de « préserver le cadre et la qualité de vie » d’Allauch.
Mais pour Francis Vernède, directeur de la Fondation pour le logement des défavorisés en Paca, la posture du maire révèle un malentendu profond : « Le maire d’Allauch a une image tronquée de ce que sont les habitants du logement social ». Il rappelle que ces personnes « ont des revenus modestes et ont besoin d’être aidées pour le logement ». Pour lui, l’action préfectorale vise à reconquérir « un territoire perdu de la République ».
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec 8 % de la population française, concentre pourtant 25 % de la carence nationale en matière de logements sociaux. Un déséquilibre que souligne Robin Hamadi, directeur de l’association régionale HLM Paca et Corse. Il estime qu’il est « complexe pour un maire de promouvoir le logement social auprès de sa population », en raison d’un « raccourci systématique inconscient » associant ce type de logement à « délinquance et dégradation du cadre de vie ».
Ne pas devenir « comme Marseille »
Cette perception erronée est partagée par certains habitants. Sur la place du village, dominée par l’église, la mairie et le célèbre « Bar du Mistral », Benjamin Forbin, 65 ans, affirme qu’il soutiendra la pétition car il « ne faudrait pas qu’Allauch devienne comme certains endroits de Marseille !». Un autre résident, âgé de 39 ans, autoentrepreneur, déclare qu’il n’a rien contre ces logements, « à partir du moment où je n’habite pas à proximité », ajoutant : « On paie la tranquillité, parce que c’est très cher, et on est là pour vraiment être tranquille ».
Pour Lionel de Cala, il serait absurde de « faire du logement de la même manière » à Allauch qu’en zone urbaine dense. Selon lui, il ne faut pas « à n’importe quel prix, vouloir remettre en cause ce qui fait l’ADN même de la commune depuis des centaines d’années ».
Mais Francis Vernède rappelle une réalité incontournable : si « la tranquillité » est à Allauch, le travail, lui, se trouve le plus souvent à Marseille. « Tous les jours, les gens partent d’Allauch pour aller travailler à Marseille, pour aller récupérer des salaires parfois potentiellement conséquents ».
Face à une demande de logements sociaux toujours plus forte – 240.000 dossiers en attente pour seulement 21.000 attributions en 2024 – Robin Hamadi souligne l’urgence de bâtir, tout en rappelant les avancées des bailleurs : « Les bailleurs sociaux savent faire maintenant des beaux immeubles » et « ont vraiment progressé ces 15-20 dernières années sur la gestion ».



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