Le plan d’économie lancé chez CMA Média entraîne « la mise en vente ou la fermeture » des chaînes locales de BFM, la direction assurant n’avoir « trouvé aucun modèle » pour en limiter les pertes financières. Dans les stations régionales, cette décision tardive et si étrangement expliquée provoque la consternation.
La grève, lancée en quatrième vitesse, ne tient rien à la surprise. Elle s’explique par la colère des rédactions. Voici plusieurs mois que la presse spécialisée bruissait d’une vente ou d’une fermeture des chaînes locales de BFM. Soit de quelques unes, soit des neuf1. Le scénario du pire s’est confirmé le 24 juin.
Toutes les stations régionales, de Nice2 jusqu’à Lille, seraient cédées sans doute « avant la fin de l’année ». À défaut, elles seront fermées. Laissant une part des personnels sur le carreau, avec un été (déjà) meurtrier qui voit les plans sociaux se multiplier dans un secteur des médias sinistré par l’IA, doublé d’un marché publicitaire cannibalisé par les géants américains.
Dans un surprenant « baiser de la mort », le propriétaire, CMA Média - une branche de la CMA-CGM, troisième armateur du monde, 160.000 salariés - justifiait hier n’avoir trouvé aucun modèle économique à même de voir ces antennes survivre. « Nous avons tout essayé » est-il appuyé dans Le Figaro. Comment effrayer avec davantage d’efficacité un éventuel acheteur ?
C’est pourtant ce que l’actionnaire et la direction font valoir : l’éventuelle reprise, à la découpe, des chaînes par des acteurs en province. Mais il s’agit là d’une logique qui prévalait avant le lancement du réseau. Des boîtes indépendantes qui tenaient à bout de bras des télés hors de prix pour des marchés si restreints. Qui avaient coulé après le Covid.
« Nous dénonçons le manque de transparence de la direction sur les orientations prises et leurs conséquences sociales et éditoriales que nous jugeons catastrophiques » - La rédaction de BFM Nice
Un mouvement social a notamment mobilisé les équipes de Nice et de Marseille, villes depuis lesquelles les matinales n’étaient pas diffusées ce jeudi matin. Sur les réseaux sociaux, de très nombreux élus de tous les bords politiques ont manifesté leur soutien, appelant à défendre « l’information de proximité et le lien social créé par le journalisme ».
La CGT et le syndicat national de la profession (SNJ) s’inquiètent d’un état-major parisien qui semble « naviguer à vue, sans aucun cap clair », alors que les moyens ont déjà été taillés et retaillés. « Certains salariés y laissent leur santé, et il faudrait rester dans cette situation incertaine pendant presque six mois encore ?»
Dans un contexte de mercato, les représentants des personnels épinglent aussi « les salaires mirobolants et les primes » versés à certains présentateurs du vaisseau amiral, BFMTV. L’actionnaire, la CMA-CGM peut, sur le papier, se le permettre, avec un bénéfice net évalué à 2,38 milliards de dollars l’an passé. Mais ces beaux résultats ne ruissellent pas sur ses médias. En avril, son journal économique La Tribune sonnait également la grève.
- Les chaînes concernées : Lyon, Marseille Provence, Grand Lille, Grand Littoral, Dici (Alpes du Sud et Haute-Provence), Toulon Var, Nice Côte d’Azur, Alsace et Normandie. BFM Paris Ile-de-France a fermé en mars 2025. ↩︎
- Note : l’auteur de ces lignes intervenait dans la matinale de BFM Nice Côte d’Azur pour les sujets politiques de mars 2022 à juillet 2024. ↩︎






Conclusion ; « la voix de son maître, ça eu payé mais ça paie plus ».
C’est le résultat de la funeste logique purement spéculative du capitalisme investissant les médias : faire rapidement sinon des profits du moins une grosse plus-value sur revente â un investisseur naïf, ou bien fermer. Au détriment des salariés et du pluralisme de l’information. CMA-CGM n’avait aucun intérêt réel pour ces stations TV et n’en a pas davantage pour la presse écrite. De quoi s’inquiéter pour La Provence — comme pour Nice-Matin qu’il disputait à Niel, avant que tous deux ne s’entendent pour fusionner l’impression des deux journaux : prélude à la fusion des deux titres eux-mêmes, tous deux en très mauvaise situation économique ? Quel gâchis ! Et quel désastre… Lire la suite »