Directeur de l’Opéra de Nice depuis cinq ans, Bertrand Rossi évoque dans Nice-Presse les grands axes d’une saison 2025-2026 résolument audacieuse. Sous le thème « Libres d’esprit », il entend réaffirmer le rôle émancipateur et innovant de l’institution. Rencontre avec un passionné d’ouverture et de modernité.
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Vous ouvrez la saison 2025-2026 avec une thématique forte : « Libres d’esprit ». Pourquoi ce choix et comment se traduit-il dans la programmation ?
Après « Libre d’aimer » cette année, nous souhaitions poursuivre dans cette veine de liberté, d’ouverture, dans un contexte où le monde tend à se replier sur lui-même, avec une montée des politiques obscurantistes. Le fil rouge de cette saison sera l’esprit de résistance, d’émancipation et de vérité. Chaque œuvre programmée défendra une forme d’indépendance, en refusant le silence et la soumission.
Le projet « Une journée à l’Opéra » est une première en France. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette expérience immersive ?
C’est même une première européenne. Tout est parti d’une idée d’Étienne Guiol, vidéaste, qui souhaitait exploiter l’immersion vidéo dans notre salle. Nous aurons 18 vidéoprojecteurs en salle, mais au-delà de ça, nous proposons un spectacle immersif son et lumière inédit dans l’histoire des opéras. Historiquement, notre opéra a toujours été un lieu d’innovation, passant de l’éclairage à la bougie, au gaz puis à l’électricité. Cet été, nous ouvrirons en juillet et août, du matin jusqu’au soir, avec des séances immersives de 45 minutes pour 500 personnes à chaque fois. L’opéra vivra ainsi 12 mois sur 12, touchant un public qui n’a pas forcément les codes traditionnels.

En septembre, vous proposez un festival étonnant : « Metal Up the Opera ». Comment est née cette idée ?
Nous avions déjà tenté l’expérience il y a deux ans, puis l’an passé avec du hip-hop. Ces deux éditions ont été des succès importants. À Nice, il existe un véritable public pour le métal, même si la ville n’est pas identifiée comme telle. J’aime personnellement cette musique qui puise directement ses sources dans la musique classique, notamment chez Wagner, Beethoven et Mozart. Nous installerons une scène sur le parvis de l’Opéra pour accueillir des groupes locaux, offrant ainsi au public niçois une expérience forte et surprenante en plein cœur de la ville.
La création française de « Satyagraha » de Philip Glass est un événement majeur. Que représente ce projet ambitieux ?
À mon arrivée, nous avions programmé « Akhnaten » de Philip Glass, une première à Nice. Ce fut un moment incroyable, récompensé comme meilleure production en 2022. « Satyagraha » est encore plus ambitieux et accessible, mobilisant l’ensemble des forces artistiques de l’opéra. Cette musique répétitive et hypnotique procure une véritable expérience immersive comparable à celle d’un festival techno. On est plongé dans un état second sans aucun artifice (sourire).

Ce type de production vise-t-il à positionner Nice parmi les grandes maisons d’opéra européennes ?
Absolument. Depuis cinq ans, je travaille à placer Nice sur la carte des grandes maisons d’opéra en Europe. L’art lyrique est profondément international, tout comme notre ville, qui accueille chaque soir sur scène de multiples nationalités. Nice mérite une place reconnue à l’échelle européenne.
Pontus Lidberg vient d’être nommé à la direction du Ballet. Pourquoi lui, et quel nouveau souffle espérez-vous ?
Avant tout, je veux rendre hommage à Éric Vu-An, disparu trop tôt, qui a beaucoup œuvré pour notre compagnie de ballet. Pontus Lidberg possède une ouverture d’esprit exceptionnelle et une renommée internationale incontestable. Son ADN classique et sa volonté d’aller vers le contemporain en feront une figure idéale pour redynamiser la compagnie. Le ballet change également de nom, devenant « Le Ballet de l’Opéra de Nice Côte d’Azur », affirmant son intégration au sein même de l’opéra.

Vous développez beaucoup d’initiatives pour le jeune public, comme les « Goûters sur scène » ou les « Pitchoun Symphoniques ». Quel enjeu derrière ces formats ?
Chaque année, nous cherchons des nouveautés pour attirer de nouveaux publics. Les « Goûters sur scène », une première européenne, permettent aux enfants de vivre l’opéra depuis la scène, partageant un moment privilégié avec les artistes. Les « Pitchoun Symphonique » ciblent les tout-petits dès 15 mois, en créant un environnement ludique sur scène pendant que l’orchestre joue. L’enjeu est de familiariser très tôt les enfants à la musique et à l’opéra.
Faut-il encore dépoussiérer l’image de l’opéra aujourd’hui ? Est-ce un combat permanent ?
C’est effectivement un combat quotidien. Une personnalité niçoise m’a récemment demandé plus de conservatisme dans nos mises en scène. Je lui ai répondu que je comptais faire exactement le contraire. L’art doit pousser à s’ouvrir, à se renouveler, c’est précisément le sens de notre thématique « Libres d’esprit ».








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