À Nice, lors de la conférence des Nations unies sur les océans, les dirigeants du Pacifique ont dénoncé l’inaction des pays riches, malgré leurs discours répétés sur la protection des mers. En première ligne face à la crise climatique, ils appellent à un sursaut immédiat et des financements concrets.
« Nous vivons votre futur ! » C’est par ces mots percutants que les représentants des États insulaires du Pacifique ont rompu le ton consensuel du sommet onusien sur les océans, organisé cette semaine à Nice. Face à l’inaction persistante des pays développés, leur message est clair : assez de discours, place aux actes.
Des dirigeants venus de loin pour un cri d’alarme
« Parfois, nous avons l’impression que ces conférences ne sont qu’une perte de temps et que nous voyageons si loin pour pas grand-chose », a confié mardi Surangel Whipps Jr., président des Palaos, un archipel de 21.000 habitants situé à plus de 12.000 kilomètres de la Côte d’Azur.
« Si vous voulez vraiment protéger les océans, prouvez-le », a-t-il lancé à l’ouverture du sommet, exhortant les nations industrialisées à traduire leurs promesses en soutien financier concret.
Une urgence quotidienne dans les îles du Pacifique
Le ministre de l’Environnement du Vanuatu, Ralph Regenvanu, a brossé un tableau alarmant : « Nous vivons une situation d’urgence climatique. Et nous y sommes confrontés tous les jours », a-t-il alerté. Plages envahies par les plastiques, coraux blanchis, côtes menacées de submersion et fonds marins convoités : les États insulaires subissent déjà les effets extrêmes du dérèglement climatique.
« Nous vivons votre avenir. Si vous pensez être en sécurité, vous ne l’êtes pas », a-t-il encore prévenu.
Un appel direct à financer l’action climatique
Pour M. Whipps, la solution est claire : « Nous devons nous adapter pour protéger nos océans contre d’autres dommages, et cela signifie tout simplement : de l’argent et encore de l’argent ». Pourtant, il constate que « l’écart entre ce dont nous avons besoin et ce qui est disponible se creuse de façon dramatique ».
Moetai Brotherson, président de la Polynésie française, a rappelé la disproportion entre la responsabilité de ces petits États et leur poids économique : « Nous représentons moins de 0,1% du PIB mondial », réparti sur un tiers de la surface du globe. Les 100 milliards de dollars d’aide climatique évoqués avant la conférence ne se sont pas concrétisés.
Quand les îles agissent, les grandes puissances tergiversent
Hilda C. Heine, présidente des Îles Marshall, a dénoncé la lenteur de la réponse internationale : « Trop peu de choses sont faites et trop lentement ». Son homologue vanuatais, M. Regenvanu, a rappelé que son pays avait saisi la justice internationale pour obliger les États riches à réduire leurs émissions de CO2.
L’absence quasi totale de référence aux énergies fossiles dans le projet de déclaration finale du sommet a été pointée du doigt. « C’est la principale cause de la détérioration des océans, et nous n’en parlons pas assez », a déploré M. Regenvanu, en appelant la France à adopter une ligne plus ambitieuse en Europe.
Des initiatives concrètes malgré l’isolement
« Parfois, on se sent seuls au monde », a reconnu Taivini Teai, ministre de l’Environnement de Polynésie. Mais les îles du Pacifique multiplient les actions concrètes : création de la plus grande aire marine protégée au monde par la Polynésie, neuf nouvelles zones protégées annoncées par les Samoa, et un parc marin géant à venir, reliant le Vanuatu et les Îles Salomon sur 6 millions de km².
« Cela en dit long sur la manière dont nous nous présentons à ces conférences : en agissant, et pas seulement en parlant », a conclu Sivendra Michael, ministre de l’Environnement des Fidji.
Avec AFP







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