Face à la multiplication des catastrophes climatiques, les élus des petites villes tirent la sonnette d’alarme et tentent d’agir, malgré des signaux politiques peu encourageants.
Réunis en congrès à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), les membres de l’Association des petites villes de France (APVF) ont partagé jeudi leur prise de conscience face au changement climatique et les actions qu’ils mènent pour y faire face.
Un changement de paradigme imposé par les catastrophes
À Trèbes, dans l’Aude, le maire Éric Ménassi a vu sa commune frappée par de violentes inondations en octobre 2018, causant la mort de 15 personnes. Depuis cet événement dramatique, il a revu totalement ses ambitions pour la commune de 5.500 habitants.
« Environ 80 % du territoire constructible est en zone inondable, c’est-à-dire que l’ambition que nous pouvons porter en matière de croissance démographique est quasiment nulle », a-t-il expliqué lors d’un débat consacré à l’urgence climatique.
L’élu a obtenu le soutien du fonds Barnier pour démolir 52 maisons situées en zone à risque et fait désormais de l’aménagement du territoire le pilier de sa politique municipale.
Réalités locales contraignantes
Dans de nombreuses petites villes, les effets du dérèglement climatique sont déjà bien tangibles. À Anduze (Gard), les élus ont dû renaturer une zone de 126 hectares, et à Boussy-Saint-Antoine (Essonne), le maire Romain Colas fait face à la montée régulière des eaux lors de crues de la rivière Yerres.
« Lors de chaque épisode intense, des dizaines d’habitants se retrouvent avec l’eau dans leurs logements. Les immeubles deviennent des îles, sans courant ni chauffage », a-t-il témoigné.
Élu depuis 2008, il a déjà connu trois crues majeures, contre aucune pour son prédécesseur en 25 ans. Pour y faire face, sa commune prévoit de créer une zone d’expansion des crues sur des terres agricoles, pouvant stocker 750.000 m³ d’eau.
Prise de conscience freinée par les reculs politiques ?
Les élus doivent aussi faire face à un certain scepticisme de la population et à une réduction progressive des soutiens de l’État. « C’est toujours la nature qui gagne, même si nos concitoyens ont encore foi dans notre capacité à tout maîtriser », souligne Romain Colas.
Pourtant, plusieurs signaux récents inquiètent les élus : coupes dans le “fonds vert”, suspension des aides à la rénovation énergétique, remise en cause des zones à faibles émissions (ZFE), ou encore détricotage de la loi ZAN (zéro artificialisation nette).
« On ne peut pas lâcher prise, l’indolence climatique n’a aucune raison. La dette verte, elle, fait des victimes », a martelé Christophe Bouillon, président de l’APVF, dans son discours d’ouverture.
Encouragements scientifiques et incertitudes budgétaires
Présent aux Assises, le paléoclimatologue Jean Jouzel a rappelé la nécessité de tenir le cap, même en période de désengagement politique. « Le réchauffement climatique ne va pas s’arrêter. Il faut continuer, même si l’on est dans un creux de la vague », a-t-il déclaré à l’AFP.
« Il y a quinze ans, on prêchait dans le désert. Aujourd’hui, le changement climatique est visible. Il faut continuer à s’appuyer sur la science », a-t-il encouragé les élus.
Investissements locaux en danger
Entre 2017 et 2022, les collectivités ont investi 44 % de plus dans la transition écologique, selon François Thomazeau, directeur de programme à l’institut I4CE. Mais l’avenir reste incertain dans un contexte d’austérité, alors que l’État cherche 40 milliards d’euros d’économies d’ici à 2026.
« La question est désormais de savoir si nous pourrons continuer sur cette lancée après les municipales de 2026. On a le droit d’être inquiets », conclut-il.
Avec AFP



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