De Bagnols-sur-Cèze à Menton, en passant par Carcassonne ou La Seyne-sur-Mer, les municipales ont vu le Rassemblement national consolider ses positions dans de nombreuses villes moyennes du sud. Dans les grandes métropoles comme Marseille et Toulon, le parti échoue à conquérir les exécutifs mais s’installe à des niveaux élevés. Éric Ciotti aura réussi son pari d’une union avec le RN pour remporter Nice, une victoire historique.
Sur la carte électorale du sud, une série de villes moyennes basculent ou confirment leur ancrage. Bagnols-sur-Cèze, Carpentras, Agde, Carcassonne, Castres, Menton, La Seyne-sur-Mer, Six-Fours-les-Plages, Tarascon ou encore La Valette-du-Var dessinent un même mouvement. Le Rassemblement national y renforce sa présence, souvent au détriment de la droite classique.
Dans ces territoires méditerranéens où il était déjà solidement implanté, le parti nationaliste consolide des positions anciennes et étend son influence. Une dynamique qui tranche avec les résultats observés dans une part des grandes villes.
Un ancrage renforcé dans les villes moyennes
Dans les métropoles, le RN se heurte à des limites plus nettes. À Nîmes, Marseille ou Toulon, il échoue à s’imposer, même si ses scores témoignent d’une présence durable.
Nice apparaît, elle, comme un cas à part dans cette géographie électorale. L’union des Lépenistes avec l’UDR, le parti de droite libérale lancé en 2024 par Eric Ciotti, a permis de transformer l’essai avec un score très net au second tour (presque 49 % des suffrages en triangulaire !) Tous près, Cagnes-sur-Mer avait choisi cette alternance dès le premier tour, avec le député RN Bryan Masson. La voisine Saint-Laurent-du-Var reste dans le giron LR, mais « sur le fil du rasoir ».
Pour certains observateurs, cette progression s’inscrit dans une recomposition plus large des équilibres politiques locaux. « C’est représentatif de mouvements maintenant bien installés sur la région avec des électeurs qui font des allers-retours réguliers entre droite et extrême droite. Un territoire fracturé, avec une droite de plus en plus à droite », analyse Christèle Lagier, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Université d’Avignon.
Selon elle, cette « porosité » est nourrie par des stratégies locales où certains responsables politiques « faire valser les étiquettes (partisanes) tout en envoyant des signaux à l’extrême droite ».
À Marseille, un rapport de force bouleversé
Le cas marseillais illustre ces recompositions. Au premier tour, le candidat RN Franck Allisio devance largement la candidate de la droite Martine Vassal, avec 35 % contre 12,4 %. Au second tour, il est toutefois distancé de 14 points par le maire sortant Benoît Payan.
La chute est plus marquée encore pour Martine Vassal. Six ans après la perte de la ville par la droite, elle ne recueille que 5,36 % des suffrages au second tour, à peine au-dessus du seuil permettant d’obtenir des élus.
Franck Allisio évoque un « naufrage », accusant ceux qui « ont trahi les électeurs de la droite sincère » et « brisé la dynamique de changement pour notre ville. Les Marseillaises et Marseillais ne l’oublieront pas ».
Le candidat souligne également que « jamais depuis 1983 un candidat de la droite ou du camp national n’avait réuni autant de suffrages à Marseille ».
Une droite fragilisée et disputée
Face à cette progression, les analyses divergent. Pour Benoît Payan, « La droite marseillaise n’existe plus. Le RN a siphonné l’électorat d’une droite qui s’est perdue en singeant l’extrême droite ».
Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, adopte une lecture différente. « Oui, le niveau (du RN) monte, mais quand on est unis, on gagne. Ce n’est pas le grand remplacement ».
Dans le camp de la droite locale, Romain Simmarano évoque « une tentative d’OPA du parti lepéniste sur la droite marseillaise » et appelle à « entretenir la petite flamme » pour reconquérir « les électorats qui nous ont échappé ».
Le RN progresse également dans des secteurs plus favorisés de la ville, y compris dans des quartiers résidentiels et des zones traditionnellement ancrées à droite, où il remporte deux mairies de secteur.
« C’est aussi en raison de la stratégie du RN local, qui est dans l’ouverture », estime Christèle Lagier. Elle souligne que si le parti « arrive à consolider cet électorat, il y a de grandes chances pour que se confirme » sa domination sur la droite, évoquant « à la fois une institutionnalisation (du RN) et une recomposition ».
Ce qui est important
- Le Rassemblement national renforce son ancrage dans de nombreuses villes moyennes du sud, notamment sur le littoral méditerranéen.
- Dans les grandes métropoles, il échoue à gagner mais s’installe à des niveaux élevés, confirmant une présence durable.
- La droite classique recule fortement dans plusieurs territoires, alimentant un débat sur une recomposition politique en cours.
Nice-Presse avec dépêche



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