Construit à la fin des années 1870, le National fait partie des tout premiers palaces de Menton. Devenu une copropriété en 1938, cet ancien hôtel Belle Époque conserve encore une salle de bal, des papiers peints réalisés à la main et un jardin préservé. Immersion avec un expert…
À Menton, le Grand Hôtel National ne saute pas immédiatement aux yeux, contrairement au Riviera ou au Winter, du fait de son emplacement sur les hauteurs de la ville. Pourtant, il fait lui aussi partie des pionniers. « C’est un palace qui a été construit dans la première phase » rappelle dans Menton-Presse Thomas Rastit, trésorier du « Cercle des Palaces retrouvés. »
Le bâtiment est l’un des plus anciens, élevé à la fin des années 1870, quand la cité du citron commençait à attirer une clientèle fortunée venue passer l’hiver au soleil.

« La façade en dit beaucoup. Elle reste très classique dans sa composition, presque plus équilibrée que démonstrative, malgré le goût Belle Époque pour l’apparat. » Mais un détail raconte surtout à qui le lieu était destiné.
« Les plus ‘gros étages’ sont… en bas. Il n’y a pas d’ascenseur. Les clients les plus aisés, les plus âgés ou les plus titrés occupaient les niveaux les plus faciles d’accès. Plus on monte, plus les hauteurs de plafond diminuent. »
Des coulisses intactes : les secrets de la vie mondaine au XIXe siècle
À l’intérieur, le National a gardé davantage de traces que bien d’autres palaces maralpins. C’est même, selon Thomas Rastit, l’un de ceux où il reste le plus d’espaces communs inutilisés. La raison tient aussi à sa taille. « Il n’y a que 27 copropriétaires, loin des grands ensembles beaucoup plus morcelés, comme le Riviera. »

L’édifice conserve d’ailleurs encore une salle de bal. Au fond, en hauteur, subsiste l’emplacement où jouait autrefois l’orchestre. Plus loin, l’ex-restaurant se devine encore, avec ses volumes et ses décors originels, peints à la main.

Le rez-de-chaussée accueillait les salons, les espaces de réception, la « vie sociale ». Comme souvent dans ces établissements, le soubassement abritait cuisines, caves, garde-manger et pièces de service. « Une organisation complète pensée pour faire fonctionner une véritable machine. »
Ginkgo centenaire et décors pillés : le défi de préserver un patrimoine fragile
Dehors, le jardin reste l’un des grands atouts du site. « Il y a encore beaucoup de plantes qui sont d’antan » insiste Thomas Rastit. « Certaines ont souffert, d’autres ont mieux résisté » constate-t-il, en montrant notamment un ginkgo remarquable, survivant d’un ensemble autrefois bien plus vaste.

Car le Grand Hôtel National a aussi connu le destin de presque tous les palaces mentonnais. Déclin progressif après la Première Guerre, mutation du tourisme, occupation pendant la Seconde, puis transformation en immeuble d’appartements.
Comme ailleurs, une partie du décor a disparu. « Ça a été littéralement pillé. » Objets, éléments décoratifs, aménagements anciens, tout ce qui pouvait partir a fini par « s’envoler ». L’entretien n’a pas toujours suivi. « On paie beaucoup en charges parce que c’est une vieille bâtisse. Mais une vieille bâtisse pas comme les autres ! »



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