Perché au-dessus du quartier des Vignasses, le Riviera Palace reste l’un des plus spectaculaires témoins de l’âge d’or. Ouvert en 1899 pour une riche clientèle étrangère, surtout anglaise, celui qui est s’est mué en copropriété concentre à lui seul l’histoire de la cité. Avec Bruno Geffroy, président du « Cercle des Palaces retrouvés », plongez au coeur du monument.

Derrière ses tours, ses loggias et ses céramiques, le Riviera ne ressemble vraiment pas à un immeuble ordinaire. À Menton, il domine encore la cité comme au temps des hivernants. « Nous avons une ville avec une concentration exceptionnelle d’anciens hôtels de luxe » rappelle à Menton-Presse Bruno Geffroy. Pour ce spécialiste, le Riviera en est l’un des meilleurs condensés.
Son histoire commence à la fin du XIXe siècle, quand la commune attire une clientèle fortunée venue chercher le soleil d’hiver. Le train change alors la donne. « La voie ferrée a fait bondir le développement économique » résume l’expert.

À l’arrivée en gare, des calèches attendent les voyageurs pour les conduire jusqu’aux hôtels. Les plus riches viennent avec leurs domestiques, leurs malles, parfois même une partie de leur mobilier.
Le Riviera ouvre ses portes le 15 novembre 1899, après un chantier mené tambour battant. Le projet est porté par Joseph-Arthème Widmer, issu d’une famille d’hôteliers suisses, qui a progressivement racheté les terrains au-dessus du Cosmopolitain, futur Mont Fleuri. Pour construire son établissement, il fait appel à l’architecte Abel Gléna, aidé du jeune Alfred-Auguste Marsang. La décoration est confiée à Guillaume Cerruti-Maori.

Un bâtiment fastueux dressé face à la mer
Dès l’origine, le bâtiment vise haut. Son implantation est stratégique. Sa façade regarde vers la mer, évidemment au Sud. Mais ce sont ses volumes qui frappent en premier les visiteurs. Le décor mêle reliefs, chapiteaux, gerbes de fleurs, peintures murales, céramiques et blasons des pays d’origine de la clientèle. « On fait entrer la nature jusque sur les plafonds » observe Bruno Geffroy.
Au fil des années, l’édifice s’agrandit encore. Entre 1905 puis 1910 et 1914, Widmer lance plusieurs campagnes de travaux, en partie pour répondre à la concurrence du Winter Palace, construit juste en contrebas.

Le Riviera se dote alors d’un restaurant agrandi, de nouveaux salons florentins, d’une salle des fêtes de 300 places, de suites supplémentaires, d’une vaste rotonde et d’un parc porté jusqu’à 15 hectares, avec un tennis privé relié par une grotte souterraine. Une cave capable de contenir 40 000 bouteilles est même creusée dans la roche !
L’hôtel reçoit une clientèle aristocratique et mondaine. Alfred Rothschild y séjourne en 1900. Le comte et la comtesse de Polignac, le prince roumain de Cantacuzène, le prince Georges de Schwarzenberg ou encore la duchesse de Manchester y passent aussi.
En 1937, le journal The Riviera News signale également la présence d’Arthur Neville Chamberlain, quelques mois avant sa nomination comme Premier ministre britannique…

Guerre, déclin et… morcellement
La trajectoire change brutalement avec les conflits du XXe siècle. Le bâtiment subit les bombardements, puis l’occupation italienne et allemande jusqu’en 1944. Après-guerre, la reprise est difficile. Malgré une remise en état partielle et une réouverture en 1949, puis une exploitation directe relancée en 1951, le modèle économique s’essouffle.
En 1957, il est cédé à une société de transformation immobilière. L’année suivante, l’architecte Pierre Tobolka mène les travaux qui vont le faire basculer dans une autre vie. Les chambres sont réunies ou divisées en appartements, les grandes salles sont cloisonnées et une part du décor est dispersée.
Le mobilier est lui vendu aux enchères. Les chiffres donnent la mesure du chantier. 200 lits, 320 matelas, 170 fauteuils, 250 chaises, 72 baignoires, 150 lavabos, 1.800 m² de moquette et 300 mètres de tapis de passage sont liquidés.
« Il a tout déstructuré » résume Bruno Geffroy. « Il a gagné plus d’argent en vendant les boiseries, les portes, les baignoires, les lustres, qu’avec les surfaces au mètre carré. »
Le président du « Cercle des Palaces retrouvés » glisse au passage une autre anecdote, bien connue dans le milieu. Le grand lustre visible actuellement dans la deuxième salle du mythique Negresco viendrait tout droit… du Riviera Palace.
« Classé à l’inventaire des Monuments historiques depuis 1979, le Riviera conserve malgré tout l’essentiel de sa silhouette, une partie de son grand hall, son parc et plusieurs éléments de rocaille protégés. »



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