Dans un entretien accordé à Nice-Presse Dimanche, Virginie Pin, vice-présidente du Conseil régional en charge de l’Art de vivre, du patrimoine et des traditions, assume une politique de terrain, équilibrée entre protection des monuments et vitalité des savoir-faire, face à des budgets toujours plus serrés.
SYNTHÈSE - Plus de 2.200 édifices protégés, huit sites classés à l’UNESCO et 120 musées de France. Le patrimoine du Sud, c’est une richesse immense, mais aussi une charge lourde pour des communes souvent démunies. «
Beaucoup de mairies rurales n’ont pas les moyens de tout entretenir », admet Virginie Pin. En 2025, la Région a pourtant maintenu 6,3 millions d’euros d’investissement dans la restauration, soit 10 % du budget culturel global. Dans un contexte de restrictions, ce maintien est loin d’être anodin. Là où d’autres régions rognent leurs crédits, Provence-Alpes-Côte d’Azur continue de miser sur la culture comme ciment du territoire.
Et ce choix n’est pas anecdotique ! En période d’incertitude, la population se rattache à ses racines, à ce qui perdure. La vice-présidente en est convaincue : « Une chapelle, un costume provençal, une fête locale, ce n’est pas du folklore, c’est du lien social. » Dans un monde de plus en plus fragmenté, ces repères identitaires deviennent essentiels.
« Dans notre région, le patrimoine est immense et fragile : 2200 édifices protégés, 8 sites classés à l’UNESCO, 120 musées de France »
— Nice-Presse · Top infos (@NicePresse) October 12, 2025
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Renaissance des villages et du patrimoine de l’arrière-pays
C’est dans les vallées et les villages que s’écrit la véritable renaissance du patrimoine régional. Entre 2017 et 2024, 210 projets ont été accompagnés pour près de 4,8 millions d’euros. Dans les Alpes-Maritimes, huit chantiers emblématiques ont vu le jour, de Saint-Jeannet à Guillaumes. Restauration de fontaines, de lavoirs, de chapelles ou de conservatoires, autant d’initiatives qui redonnent vie à un patrimoine de proximité.
Dans la Roya, territoire durement touché par les intempéries, la Région a soutenu plusieurs églises et chapelles, comme Notre-Dame-des-Monts ou Sainte-Catherine de Breil-sur-Roya. À Nice, le musée Masséna, le Palais Lascaris et le musée des Beaux-Arts Jules Chéret figurent parmi les lieux accompagnés.
Le « Plan Patrimoine », une stratégie durable ?

Lancé en 2016, le « Plan Patrimoine » repose sur une approche globale : soutien au petit patrimoine rural, valorisation des monuments majeurs et accompagnement des musées labellisés. À Nice, la Région a contribué à la restauration du monastère de Cimiez, de l’abbaye Saint-Pons et des églises Notre-Dame-du-Port et Saint-Jacques-le-Majeur. Des lieux qui ne dorment pas sous la poussière, mais qui vivent au rythme des habitants et des visiteurs.
Cette politique traduit une vision, celle d’un patrimoine vivant, accessible à tous, qui ne se limite pas à la carte postale. Il ne s’agit pas seulement de conserver, mais de transmettre, d’inspirer, de créer du lien entre générations. Un pari sur le long terme, à rebours des effets d’annonce…
Tourisme
Le patrimoine n’est pas qu’une affaire d’émotion, il est aussi un moteur économique. Plus d’un touriste sur cinq vient en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour découvrir son histoire et ses monuments. Dans les Alpes-Maritimes, ils sont environ 17 % à placer ce motif en tête. Dans les villages perchés, c’est souvent la première ressource, bien avant la mer. Ce tourisme dit « lent », centré sur les chapelles, les fours anciens ou les lavoirs, nourrit une économie artisanale et respectueuse.
Ce modèle, la Région assure le soutenir ardemment. Loin des parcs d’attractions ou des zones commerciales, il valorise ce que la Provence a de plus précieux, son authenticité.
Trésor vivant
Le patrimoine ne survit que s’il s’incarne dans les mains de ceux qui le font vivre. Et de ce côté, les nouvelles sont plutôt bonnes. La Région encourage les métiers d’art et du patrimoine vivant, en collaboration avec les chambres de métiers. L’élue cite des exemples concrets, un artisan voilier à Marseille, un fabricant de berlingots à Carpentras.
Dans les Alpes-Maritimes, les pôles de Grasse, Vallauris, Valbonne, Biot et Nice forment un réseau d’excellence. De jeunes créateurs redonnent souffle à la ferronnerie, à la céramique ou au textile. Un cercle vertueux, soutenu par les lycées et les centres d’apprentissage. Car, comme le rappelle Virginie Pin, « il n’y a pas de patrimoine sans transmission ».






