Aux Baumettes, un surveillant pénitentiaire de 28 ans est jugé pour avoir fait entrer des objets interdits dans la prison et vendu deux fiches pénales de détenus. Vendredi, le parquet a requis trois ans de prison dont deux avec sursis, avec interdiction définitive d’exercer une fonction publique. Le jugement sera rendu le 20 mars…
Le contrôle a eu lieu à sa prise de service, le 5 août 2022. Ce jour-là, un surveillant du centre pénitentiaire des Baumettes, à Marseille, est intercepté avec un sac contenant notamment des lotions capillaires, des paquets de bonbons, du charbon à chicha et de la vodka.
Nommé à Marseille en 2017 à sa sortie de l’École nationale de l’administration pénitentiaire, cet agent aujourd’hui âgé de 28 ans a reconnu les faits d’introduction d’objets interdits. Il a expliqué qu’il récupérait un sac remis à son domicile, puis le déposait dans une poubelle située au rez-de-chaussée d’un bâtiment de la prison.
À l’audience, il a indiqué avoir agi ainsi depuis trois mois, « deux à trois fois par semaine ». Selon ses déclarations, il recevait 150 euros pour chaque sac transporté, avec des denrées alimentaires et des produits d’hygiène.
Les enquêteurs ont aussi retrouvé sur son téléphone des messages montrant les limites qu’il disait s’imposer. L’un d’eux souligne qu’il ne « fai(sait) pas les téléphones car ça sonne au portique ». À la barre, il a assuré n’avoir jamais introduit de stupéfiants.
Une défense fondée sur la peur
Le prévenu a expliqué avoir agi sous la contrainte. Il a affirmé avoir été menacé par des individus se présentant devant la crèche et l’école de ses trois enfants, et qui disaient vouloir s’en prendre à eux.
À l’audience, il s’est défendu en déclarant « par peur », puis « Je n’avais pas le choix ». La présidente a toutefois mis en doute cette version, en relevant l’absence de signes d’anxiété visibles auprès de ses proches et le fait qu’il était payé.
La magistrate a ainsi rappelé à l’audience « Être menacé, c’est traumatisant et vous n’avez montré aucune anxiété à vos proches. Et puis c’est curieux, si vous êtes menacé que vous soyez payé », tout en soulignant ses difficultés financières importantes.
Fiches pénales retrouvées
Le dossier ne porte pas seulement sur les sacs introduits en détention. En avril 2022, dans le cadre d’enquêtes sur un double assassinat commis dans une cité et sur l’assassinat d’un homme brûlé vif dans le coffre d’un véhicule à l’été 2021, une perquisition a permis aux enquêteurs de retrouver deux fiches pénales de détenus, la photo d’un narcotrafiquant marseillais présenté comme l’un des plus importants, ainsi que le planning de travail du surveillant.
Le prévenu a reconnu avoir édité ces deux fiches pénales, contre 200 euros chacune. Il a toutefois soutenu à l’audience n’avoir « jamais su que c’était dans ce cadre-là ».
Pour le procureur, qui a aussi requis une interdiction définitive de toute fonction publique, l’enjeu de ces documents est clair. Il a déclaré « le premier intérêt d’une fiche pénale, c’est la date de libération ».
La défense a contesté l’idée d’une conscience du contexte criminel. L’avocate du surveillant, Me Muriel Piquet, a plaidé « On lui en a demandé deux, que deux, et il est alors à mille lieues de penser que cela pouvait servir à des règlements de comptes à l’extérieur ».
Le parquet a requis une peine de trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis. Le surveillant ayant déjà purgé quatre mois de détention provisoire en 2022, le procureur a proposé que le reliquat de la peine ferme soit exécuté sous bracelet électronique. Le jugement sera rendu le 20 mars.
Nice-Presse avec agence
Ce qui est important
- Le parquet a requis trois ans de prison dont deux avec sursis contre un surveillant des Baumettes, avec une interdiction définitive de toute fonction publique.
- Le dossier mélange deux volets sensibles pour le public : des introductions d’objets interdits en prison et la vente de fiches pénales de détenus.
- Le jugement attendu le 20 mars doit trancher sur la responsabilité du prévenu, qui reconnaît les actes mais invoque la peur et nie avoir mesuré le contexte criminel.










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