À 86 ans, Odette Ifergan dresse un dernier inventaire avant de baisser le rideau. Passionnée par la couture et la mode, la gérante s’est décidée à fermer ses deux magasins, BM Boutique pour le prêt-à-porter et Robe d’un Soir pour les festivités. Le long de la rue de l’Hôtel des Postes, elle revient sur son parcours au micro de Nice-Presse, et nous ouvre la porte de ses souvenirs…
« C’est difficile de décrocher quand vous êtes patronne et que vous aimez ce que vous faites ». En 1960, après s’être lancée au Maroc, Odette inaugure sa première enseigne à Nice. Guidée par son cœur dès le premier jour, elle n’abandonnera jamais son projet, jusqu’à sa retraite. Ainsi s’écoulent plus de soixante années. A l’accueil, elle affiche toujours un goût pour la coquetterie. Elle vernit ses ongles de rose, porte un rouge à lèvres cerise, un foulard bigarré et des bijoux recherchés.

Chaque étape est captivante : « l’achat des produits, la mise en vitrine, les retouches et le contact avec les clients, surtout ». Au point d’avoir lancé une seconde adresse. D’un côté, au 33 rue de l’Hôtel des Postes, on retrouve le prêt-à-porter. Pour le quotidien, certes, mais elle tient à « l’élégance, même dans les moments les plus simples ». Ainsi, sur les cintres, des tailleurs, des pièces bohème ou encore des pantalons en soie.


Puis, au numéro 26 cette fois, son enseigne de robes de soirée. Une petite salle qui cache de grands trésors : des créations de toutes les couleurs, en tulle ou en dentelle, près du corps ou évasées…
Odette en est fière, de cette caverne d’Ali Baba, pensée spécialement pour les grandes occasions qu’on n’oublie pas : les soirées de mariage, les bals de fin d’année ou les réveillons.

« Je travaillais avec plusieurs créateurs comme Claude Montana, Thierry Mugler… Je tenais vraiment à ce que le travail soit de qualité ». Et le défi semble relevé. « Des clientes m’ont fait confiance pour des cocktails lors de noces à Monaco, ou encore pour le festival de Cannes !»
La fourchette de prix est vaste, « cela va de deux cents euros, ce qui n’est pas cher, affirme la gérante, et ça peut monter jusqu’à mille, comme avec cette rose ».


Des liens tissés bien au-delà des vitrines de Carabacel
Plus que des vêtements, Odette aura tissé de nombreux souvenirs partagés. « Les femmes m’envoient les photos lorsqu’elles sont toutes belles et apprêtées. On a créé un vrai lien ».
D’antan, l’affaire a pris tellement d’ampleur que la commerçante en venait à gérer des défilés. « J’en ai réalisé dans des hôtels avec les collections que je vendais. C’était magique !»
Dans les sixties, « la Riviera m’a plu instantanément pour la richesse de ses évènements. Les gens avaient de l’argent, ils investissaient davantage dans des produits de qualité ».

Quand elle y repense, Odette s’estime chanceuse. Mais le quotidien n’est plus le même.«C’est beaucoup plus difficile de nourrir cette proximité. Internet a bousculé les modes de consommation » (voir encadré).

À l’approche de son départ, la gérante laisse un vide pour ses habituées. « Elles m’ont dit être tristes, ça m’a touchée. Mais elles savent l’âge que j’ai. Il faut savoir se retirer ». Et maintenant ? « Mes sœurs insistent pour que je voyage, et que je les rejoigne aux États-Unis ».
La fin d’une époque
Depuis deux décennies, l’usage d’Internet a évidemment bousculé la consommation. Mais le véritable tournant s’opère en 2020, lors des confinements. La vente en ligne explose et n’a jamais ralenti depuis. De nouvelles habitudes se sont imposées, on se rend bien plus rarement en boutique. « Malheureusement, les relations se sont presque perdues. J’adorais créer un vrai moment : l’accueil, la discussion pour bien cerner les envies, l’essayage, leur satisfaction…» soupire-t-elle. Pour les indépendants, la flambée des loyers n’arrange rien. C’est le cas dans le quartier Carabacel, où se situent les deux enseignes d’Odette.





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