Six jeunes hommes sont jugés à Aix-en-Provence pour la séquestration, en 2022, de deux adolescents de 16 ans venus proposer leurs services aux réseaux de drogue à Marseille. Violences, humiliations, menaces de mort et exploitation de mineurs sont au cœur de ce dossier, emblématique des dérives du trafic de stupéfiants dans les quartiers nord.
Ils avaient griffonné un message de détresse, glissé aux clients, dans l’espoir qu’un inconnu alerte la police. Un cri de secours resté sans réponse. Dans une cité du nord de Marseille, deux adolescents ont vécu plusieurs jours de séquestration, de coups et d’humiliations, avant de réussir à s’échapper en se jetant du deuxième étage d’un immeuble.
Un procès emblématique de l’exploitation des mineurs à Marseille
Depuis jeudi, six jeunes hommes, âgés de 18 à 21 ans au moment des faits, comparaissent devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence. Ils sont jugés pour la séquestration, les violences et, pour certains, des faits de viol commis sur deux mineurs en janvier 2022.
Les victimes ne sont ni présentes à l’audience, ni représentées par un avocat. Elles pourraient toutefois être entendues par visioconférence la semaine prochaine. L’une d’elles se trouve actuellement incarcérée dans l’ouest de la France pour une affaire de violences conjugales.
Pour les autorités judiciaires, ce dossier illustre l’exploitation criminelle de mineurs par les réseaux de stupéfiants, parfois assimilés à des « esclaves modernes ». Au parquet de Marseille, ces adolescents sont désormais considérés comme des victimes de traite d’êtres humains.
Une descente aux enfers après une promesse de travail facile
Quatre jours avant leur séquestration, les deux garçons s’étaient rendus dans une cité du 13e arrondissement pour « jobber » dans le trafic de drogue. Une rémunération de 100 euros par jour, de 10 heures à minuit, et la promesse d’un hébergement confortable leur avaient été avancées.
Mais dès le lendemain, sous prétexte d’un prétendu « trou de 500 euros » dans la comptabilité, ils sont contraints de travailler gratuitement. Les coups pleuvent. L’un des mineurs racontera plus tard aux enquêteurs : « On pissait le sang ».
Dans une cave, ils sont forcés de danser nus, filmés par téléphone. Selon un renseignement anonyme, ils auraient également été contraints à des actes sexuels. Face à une dizaine de jeunes décrits comme une « meute », l’une des victimes reconnaîtra difficilement un viol à l’aide d’un objet en bois.
Dans l’obscurité, les agresseurs arrosent le garçon de soda, présenté comme de l’essence, laissant planer la menace d’un passage à l’acte mortel.
Des appels au secours ignorés et une fuite désespérée
Craignant d’être exécutés, les deux adolescents rédigent alors des messages à destination des clients du réseau : « Bonjour, on est séquestré par le réseau. SVP, appelle la police. Il nous oblige à vendre gratuitement et on nous tabasse avec des barres. SVP on a besoin d’aide (on a 15 ans)».
Ces appels au secours resteront sans effet. Personne ne donnera l’alerte. Dans la nuit du 24 au 25 janvier 2022, les deux mineurs prennent finalement tous les risques pour s’échapper, en sautant du deuxième étage d’une tour de Frais-Vallon. L’un d’eux se fracture la jambe et est pris en charge par les marins-pompiers.
Des accusés majoritairement dans le déni
À l’audience, cinq des six accusés se sont déclarés « innocent » à la lecture des charges. Les faits de viol sont reprochés à quatre d’entre eux. L’un a reconnu la séquestration, les violences et l’incitation de mineurs au trafic de drogue, tout en contestant les agressions sexuelles.
Tous ont nié être les individus désignés par les victimes sous différents surnoms. L’un d’eux a expliqué à une psychologue que les adolescents auraient accusé de faux coupables par peur de dénoncer les véritables responsables.
Avant de rompre tout contact avec la justice, l’une des victimes avait pourtant identifié formellement ses agresseurs, attribuant à chacun violences, coups de couteau et menaces d’exécution. Un accusé avait alors déclaré : « Il doit confondre, on est 50.000 dans le quartier ».
Des parcours marqués par la violence et la délinquance
La cour s’est également penchée sur la personnalité des six prévenus. Parmi eux figurent deux frères, fils d’une figure du narcobanditisme, abattue en mars 2019 sous leurs yeux, après avoir passé 16 ans en prison.
L’un des deux a livré un témoignage marquant : « C’est pas humain, ce que j’ai vu. Depuis ce jour-là, je suis mort intérieurement ». Il a expliqué que la mort de son père avait marqué son basculement dans la délinquance, alors qu’il s’était engagé dans les chasseurs alpins.
Le procès, qui se poursuit jusqu’au 13 février, doit permettre de faire la lumière sur ce dossier sensible, révélateur des dérives du trafic de stupéfiants et de la vulnérabilité des mineurs dans certains quartiers de Marseille.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP










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