À Vintimille, à la frontière franco-italienne, des militants ont dénoncé les drames humains causés par la fermeture des frontières depuis 2015.
Répondant à l’appel d’Amnesty International, une centaine de personnes se sont réunies dimanche à Vintimille, en Italie, pour rendre hommage aux migrants décédés et dénoncer les conséquences de la politique migratoire française. La date de la mobilisation, proche de la Journée mondiale des réfugiés du 20 juin, a été choisie pour souligner l’anniversaire de la fermeture des frontières instaurée il y a dix ans.
« Nous profitons de la journée mondiale des réfugiés le 20 juin pour commémorer les dix ans de la fermeture des frontières et dénoncer les violations des droits des personnes migrantes, leur mise en danger et les contrôles discriminatoires », a déclaré Christine Poupon, représentante d’Amnesty International dans les Alpes-Maritimes.
Un mémorial pour honorer les migrants morts à la frontière
Au cœur du rassemblement, un mémorial composé d’une cinquantaine de pierres, portant les noms de migrants décédés en tentant de traverser la frontière franco-italienne depuis 2016, a été mis en place. Cette initiative, lancée en 2022, fait suite à la mort tragique d’un jeune Afghan percuté sur l’autoroute.
« Nous avons imaginé ce mémorial en 2022 après la mort d’un jeune Afghan renversé sur l’autoroute et nous avons alors entrepris un travail de recherches pour retrouver les noms de toutes les victimes », raconte Charlotte Rouault. « Il s’agit de leur rendre hommage », ajoute-t-elle, en précisant : « C’est en même temps un geste politique pour rendre visible un régime de frontières qui tue ».
La dernière victime connue est un jeune Érythréen, retrouvé noyé le 12 janvier. Il aurait chuté dans les rochers en tentant de franchir la frontière.
Des avancées sur les droits des mineurs, mais des inquiétudes persistantes
Malgré ce sombre tableau, les militants notent certaines améliorations, notamment concernant le traitement des mineurs isolés. « Grâce à la pression que nous avons exercée, nous avons obtenu des avancées, notamment pour les mineurs non accompagnés qui ne sont plus renvoyés systématiquement en Italie mais, quand leur minorité est reconnue par la police aux frontières, remis à l’Aide sociale à l’enfance », souligne Christine Poupon.
Elle observe aussi des évolutions dans les pratiques : « Récemment, nous avons pu observer aussi que certains migrants étaient relâchés avec une convocation pour se rendre à la plate-forme des demandeurs d’asile à Nice ».
Mais elle exprime son inquiétude face à l’évolution du cadre législatif européen : « Nous sommes inquiets de la remise en cause du droit d’asile que la mise en œuvre du pacte européen sur l’asile et la migration impliquerait ».
Un contrôle des frontières devenu permanent depuis 2015
Les chiffres officiels illustrent l’ampleur des flux migratoires dans la région. En 2024, 15.000 personnes en situation irrégulière ont été interpellées dans les Alpes-Maritimes, le long des 100 kilomètres de frontière avec l’Italie. En 2023, elles étaient 42.000, selon la préfecture.
Initialement temporaire, la fermeture des frontières avait été annoncée par le gouvernement français le 6 novembre 2015, en amont de la COP21 à Paris. Après les attentats du 13 novembre, le contrôle fut prolongé tous les six mois, en dérogation aux règles de l’espace Schengen. Ces contrôles sont toujours en vigueur aujourd’hui, jusqu’au 31 octobre 2025.
La justice valide la poursuite des contrôles malgré les critiques
En mars dernier, le Conseil d’État, saisi par des associations, a tranché : les contrôles à la frontière sont jugés conformes au nouveau règlement Schengen. La plus haute juridiction administrative française estime qu’ils sont « proportionnés aux menaces pesant sur la France », malgré les contestations d’ONG et de défenseurs des droits des migrants.
Avec AFP



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