Les banques françaises, qui empruntent elles-mêmes sur les marchés, sont directement affectées par le coût de la dette nationale. Or, début septembre, celui-ci a atteint des niveaux records
Depuis le 4 septembre, Jérôme et Charlène, trentenaires parisiens sur le point d’acheter un appartement, ont appris une mauvaise nouvelle : les taux de leur banque ont grimpé alors que le coût de la dette française connaissait une flambée.
La précédente offre de leur établissement, fixée à 3% sur 20 ans et encore valable selon eux, a été remplacée par une nouvelle proposition jugée comme le « meilleur » taux possible, désormais établi à 3,15%.
Cette hausse de septembre n’est pas anodine pour le couple, puisqu’elle pourrait alourdir leur facture de près de 2.000 euros supplémentaires par tranche de 100.000 euros empruntés.
Leur expérience n’est pas un cas isolé. Les courtiers en crédit immobilier constatent depuis la rentrée des relèvements décidés par les banques, mettant fin à la tendance baissière entamée début 2024.
« Face à l’incertitude économique, les taux de crédit immobilier sont en légère hausse » pouvant atteindre 0,25 point de pourcentage, soulignait la semaine dernière Ludovic Huzieux, cofondateur d’Artémis courtage.
Une note du réseau Vousfinancer rapporte qu’une banque a justifié cette révision en raison de « l’instabilité politique, des tensions sociales et de la tension sur les marchés financiers ».
Les banques françaises, qui empruntent elles-mêmes sur les marchés, sont directement affectées par le coût de la dette nationale. Or, début septembre, celui-ci a atteint des niveaux records, dans un contexte marqué par la chute annoncée de François Bayrou et la dégradation de la note française par Fitch.
Crédit immobilier : des taux en hausse qui menacent les projets des ménages
Selon la Banque de France et l’Observatoire Crédit Logement, le taux moyen de crédit immobilier était cet été légèrement inférieur à 3,10%, hors assurance et frais annexes. Jean-Marc Vilon, directeur général de Crédit Logement, anticipe une remontée jusqu’à 3,25% voire 3,30% d’ici la fin de l’année.
« On remonte progressivement vers 3,5% sur 25 ans, avec quelques écarts selon les régions et la durée des prêts », estime de son côté Côme Robet, président de la CNCEF.
Il est encore prématuré de dire si cette hausse freinera les emprunteurs et la reprise observée par la Banque de France du montant global emprunté chaque mois. Les données arrêtées fin juillet n’en montrent pas encore les effets.
Avec 13,1 milliards d’euros de nouveaux crédits accordés en juillet (hors renégociations), ce mois a même marqué un record depuis deux ans et demi. Mais de nombreux experts interrogés par l’AFP y voient surtout un rattrapage estival et craignent un ralentissement brutal à l’automne.
Les banques « resserrent un peu la vis », explique à l’AFP Caroline Pasquereau, porte-parole d’Empruntis, qui indique que les établissements exigent désormais des dossiers plus solides.
La hausse des taux s’ajoute à une confiance affaiblie des Français, réticents à s’engager dans des projets de long terme sans visibilité économique à court terme.
Ces deux éléments combinés « pourraient réduire la croissance des prêts bancaires et compromettre nos prévisions de reprise continue du volume des prêts au cours des prochains trimestres », estiment les analystes de Moody’s.
Avec AFP






