Coup de tonnerre sur les Jeux d’hiver : après des mois de tensions et de « désaccords » avec les sphères politiques, Martin Fourcade, quintuple champion olympique de biathlon, renonce à la présidence du comité d’organisation des JO-2030. Une décision qu’il justifie par la volonté de ne pas sacrifier ses « convictions ».
Dans une lettre adressée aux « membres fondateurs » du projet, dont l’AFP a obtenu copie lundi, Fourcade officialise son retrait. Bien que soutenu par le mouvement sportif et l’État, l’ancien biathlète, grand favori pour ce poste, a finalement préféré jeter l’éponge.
« Aujourd’hui, les désaccords restent trop nombreux pour envisager sereinement cette mission. Gouvernance, vision, ancrage territorial : nous n’avons pas réussi à nous accorder sur ces sujets essentiels », écrit celui qu’Emmanuel Macron avait comparé au « Tony Estanguet des montagnes ».
Le lancement du comité d’organisation, prévu à l’origine pour l’automne, n’a cessé d’être repoussé. Dernier rebondissement en date : la semaine dernière, la création de l’Assemblée Générale constitutive a encore été reportée, cette fois au 18 février, comme l’a confirmé la ministre des Sports Marie Barsacq.
« Un projet qui doit être en phase avec son époque »
Renonçant ainsi au « défi d’une vie » et à un « projet hors norme » qui demandait d’importants sacrifices personnels et professionnels, Fourcade souligne que ses ambitions pour ces Jeux ne semblaient pas partagées.
Certains de ses détracteurs évoquaient des exigences salariales trop élevées ou des conflits d’intérêts liés à ses contrats de sponsoring. D’autres lui reprochaient une indépendance jugée excessive, selon plusieurs sources interrogées par l’AFP.
Après des mois de discussions interminables, notamment avec l’ex-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, le champion a fini par constater que sa vision du projet « n’était pas pleinement entendue », selon son entourage.
« Mon ambition pour ces Jeux est claire : ils doivent s’inscrire dans leur époque, être pleinement conscients des enjeux écologiques et ancrés dans la réalité économique de notre pays », écrit Fourcade, lui qui a toujours affiché son engagement en faveur de l’environnement. Une préoccupation d’autant plus cruciale que les JO d’hiver sont directement menacés par le réchauffement climatique.
« Malgré l’intervention de (Michel) Barnier, tout est bloqué », confiait lundi matin à l’AFP un ancien élu. L’ancien Premier ministre, ex-monsieur JO d’Albertville 1992 et négociateur du Brexit, n’aura donc pas réussi à apaiser les tensions malgré sa médiation bénévole.
Siège du Cojo à Lyon, nature exécutive ou non de la présidence… les points de friction se sont multipliés ces dernières semaines.
Une bataille politique en coulisses
« L’Élysée soutient Fourcade, Wauquiez s’y oppose », résument plusieurs sources à l’AFP pour illustrer l’affrontement qui se joue en coulisses. Dans son courrier, l’athlète met en avant le « soutien indéfectible des athlètes », ainsi que celui des mouvements olympiques et paralympiques et de l’État, avec lesquels il échange depuis sept mois.
Son retrait marque donc l’épilogue de mois de tensions. « Les désaccords sur la gouvernance ont été nombreux, non pas tant sur le titre du poste que sur la marge d’autonomie du comité d’organisation », fait savoir son entourage, qui estime que cette autonomie aurait été trop restreinte.
« Il aurait fait un excellent président », a réagi Marie Barsacq, issue du comité d’organisation des JO de Paris.
Pourtant, malgré ces turbulences, « le projet avance, il est solide et sur les rails », assurait vendredi une source gouvernementale, tout en reconnaissant sa complexité et la diversité des points de vue qui s’expriment.
Dès le départ, le dossier a été mené tambour battant : en seulement quatre mois, il a obtenu en novembre 2023 l’aval du CIO, rappelait récemment à l’AFP David Lappartient, président du Comité olympique français. C’est d’ailleurs lui qui avait facilité le rapprochement entre les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur pour déposer la candidature.
« On n’est pas dans une logique technique visant à définir le meilleur projet possible, mais bien dans une logique politique », regrette l’entourage de Fourcade, pointant une bataille d’influence autour de la répartition des épreuves entre le Nord et le Sud du pays
(Avec AFP)





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