Municipales 2026 - Bastion historique de la droite, Nice et plus largement la Côte d’Azur sont aujourd’hui le théâtre d’une recomposition politique complexe, marquée par des rivalités personnelles, des alliances fragiles et une « marginalisation » progressive de LR. Entre Christian Estrosi et Éric Ciotti, anciens alliés devenus adversaires, les municipales et les sénatoriales à venir pourraient rebattre durablement les cartes dans les Alpes-Maritimes.
Lire aussi : Municipales en région Paca : comment le Rassemblement national séduit une partie de la droite traditionnelle
Ils ont longtemps avancé ensemble, sous la même bannière, avant de se retrouver face à face. À Nice, sur la Côte d’Azur, la droite vit une période de turbulence inédite, où les anciennes certitudes vacillent et où les stratégies se recomposent au fil des ambitions personnelles et des échéances électorales. Un véritable laboratoire politique, selon certains élus, qui intrigue autant qu’il inquiète.
Nice, ancien bastion de la droite, au cœur de ces recompositions
Depuis 1947, la capitale azuréenne était solidement ancrée à droite. Mais cette stabilité semble aujourd’hui menacée. Les Républicains, autrefois dominants, sont désormais en position fragile. Deux figures historiques s’y affrontent désormais sous d’autres couleurs : Christian Estrosi, rallié à LR, Horizons et à la majorité présidentielle, et Éric Ciotti, engagé au sein de l’UDR et allié aux lepénistes.
Si les deux hommes revendiquent un héritage commun et une proximité ancienne avec Nicolas Sarkozy, leur rupture avec Les Républicains est consommée. Pour Jean Leonetti, maire LR d’Antibes, la situation illustre une crise profonde : « On est un laboratoire d’études sur l’évolution de la droite, avec des situations qui se sont enkystées autour de problèmes qui sont maintenant des affrontements de personnes ». Il espère néanmoins que les prochaines municipales apporteront « un peu de clarté ».
Soutiens fragiles et tensions internes
Face à ce paysage fragmenté, LR a timidement affiché son soutien à Christian Estrosi. Une prise de position qui ne fait pas l’unanimité. Plusieurs responsables locaux dénoncent un choix jugé incohérent. David Lisnard, maire LR de Cannes, ne cache pas son désaccord : « Comme je n’ai pas le syndrome de Stockholm, à mon avis LR n’a pas à soutenir ceux qui ont joué contre lui ».
Dans les faits, David Lisnard entretient de bonnes relations avec Éric Ciotti. Il a notamment laissé Pierre Ippolito, membre de son mouvement Nouvelle Énergie, rejoindre une liste soutenue par l’UDR. Ce dernier assume cette ouverture : « J’ai toujours discuté avec toutes les sensibilités politiques et avoir des colistiers RN ne me dérange pas si c’est dans l’intérêt de la ville et des Niçois ».
Jeux d’influence
De son côté, Éric Ciotti a négocié des aménagements locaux à son alliance avec le Rassemblement national. L’UDR soutient certains candidats RN, notamment à Menton, tout en appuyant plusieurs élus LR opposés à ces mêmes listes. Parmi eux figurent notamment David Lisnard et Jean Leonetti.
Lire aussi : « Les Républicains sont de retour, face à tous les extrêmes » : Pierre-Paul Leonelli à Nice-Presse
Le député justifie cette stratégie par des liens anciens : « Ce sont des hommes et des femmes qui sont des amis, avec lesquels je travaille depuis de nombreuses années ». Ces relations trouvent leur origine au conseil départemental, où la majorité des élus sont issus de LR, mais divisés entre partisans de Ciotti et proches d’Estrosi.
Cette fracture a résisté à l’alliance conclue en 2024 avec le RN. Au nom d’un « patriotisme départemental », le président du conseil départemental Charles-Ange Ginésy a choisi de ne pas exclure les élus UDR. Dans l’entourage d’Estrosi, on affirme qu’Éric Ciotti aurait promis un siège de sénateur à Ginésy.
Avenir (très) incertain pour LR
Au sein de LR, les sénatoriales de septembre suscitent de fortes inquiétudes. En 2020, le parti avait remporté les cinq sièges du département. Un résultat aujourd’hui loin d’être garanti. Une victoire d’Éric Ciotti à Nice renforcerait son poids parmi les grands électeurs et pourrait entraîner un basculement de nombreux élus qualifiés de « LR de papier ».
Selon un cadre local, « si Ciotti gagne à Nice, tout sera décapsulé ». Il souligne la facilité avec laquelle LR et RN coopèrent déjà au sein de certaines intercommunalités, notamment autour de Fréjus et Saint-Raphaël, dans le Var voisin.
À Saint-Raphaël, le maire LR Frédéric Masquelier a conclu un « pacte de gouvernance » avec le maire RN de Fréjus. Il compare cette organisation à une copropriété, où chaque commune gère ses affaires tout en mutualisant certains projets. Une alliance qu’il se dit prêt à prolonger sur la durée, tout en critiquant vivement le candidat LR investi à Fréjus.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP










Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.