Le café vient tout juste d’être servi sur l’une des tables du Bozzi, place du Palais de Justice, quand Pierre-Paul Leonelli s’installe, ton ferme et sourire en coin. Le président des groupes majoritaires à la Ville, à la Métropole et à la Région, patron des « Amis du maire », est aussi aujourd’hui celui qui se charge de remettre Les Républicains sur pied à Nice.
Pour Nice-Presse Dimanche, il revient sur ce chantier politique, les fractures à droite, l’avenir du parti dans la capitale azuréenne, les élections à venir – et sur ses lignes rouges.
Lors de l’inauguration de votre permanence LR, vous avez déclaré : « On a hâte d’ouvrir notre gueule et de ne plus laisser dire ». Que vouliez-vous signifier ?
Je m’adressais à celles et ceux qui ont cru, ne serait-ce qu’un instant, que Les Républicains avaient disparu à Nice. Eric Ciotti a quitté le navire, comme un commandant qui abandonne son bateau fonçant sur un iceberg. Il n’y avait plus personne pour organiser, animer. Je crois profondément au militantisme. Un parti politique doit d’abord reposer sur ses militants, pas uniquement sur des notables ou des élus. Et ce que nous faisons aujourd’hui, c’est précisément remettre les militants au cœur de la machine.
Quel est votre plan de bataille pour replacer LR sur l’échiquier local ?
À Nice, il y a du monde. Quand Michèle Tabarot m’a confié la responsabilité de la section niçoise et de l’Est des Alpes-Maritimes, j’ai constaté que beaucoup d’anciens n’étaient plus engagés. Mais ils sont vite revenus quand on leur a annoncé l’ouverture d’une permanence (10 bis rue Andrioli), avec Dominique Estrosi Sassone, Xavier Latour ou encore Franck Martin.
Les élus locaux sont toujours très présents. LR reste le premier parti de France en nombre d’élus, ce qui explique notre majorité au Sénat. L’objectif est de redonner confiance : non, vous n’êtes pas voués à choisir entre l’UDR et le RN. Les Républicains sont là, avec une nouvelle équipe à Nice.

Qui sont ces nouveaux adhérents ?
Ce sont des personnes qui ne sont pas nécessairement identifiées comme proches de la municipalité actuelle – même si, dans les faits, la municipalité est de droite et eux aussi. La vraie difficulté, c’est la jeunesse. Aujourd’hui, les jeunes vont plus naturellement vers le RN ou LFI. Il faut leur parler, leur tendre la main, leur donner des responsabilités. On commence à le faire. L’effet Bruno Retailleau joue aussi : les gens ont besoin de figures lisibles, identifiables.
LR souffre encore d’une image abîmée : affaire Fillon, guerre Fillon-Copé, score de Valérie Pécresse en 2022… Est-ce récupérable ?
Le RN est au cœur de nombreuses affaires, et pourtant ça ne le gêne pas… Ce qui nous a abîmés, ce sont les combats internes, Fillon contre Copé, les divisions. Je suis contre les primaires : ce n’est pas notre ADN. Laissons ça à la gauche.
Ce qui manque aussi, c’est l’originalité du discours. Quand on écoute Ciotti et le RN, on n’entend aucune différence. Pourtant, les Français ne s’intéressent pas qu’à la sécurité et à l’immigration. Le pouvoir d’achat, l’éducation, l’économie : ce sont aussi des priorités. Sur l’économie, le RN est plus à gauche que LFI ! Nous, on défend une ligne plus libérale, moins dirigiste. Voilà la différence.
Certains comme David Lisnard ont créé leur propre mouvement, « Nouvelle Énergie ». Une alternative ou une menace ?
Ce que Lisnard veut faire, c’est insuffler une pensée économique libérale dans notre parti, et il a raison. Cela permet aussi de sortir du tout-sécurité. Si on reste dans l’ombre du RN, on perdra encore des élections. Il nous faut une vraie alternative. Mais soit on est « Nouvelle Énergie », soit on est LR…
Vous évoquez Bruno Retailleau mais vous n’avez pas pris parti entre lui et Laurent Wauquiez dans la course à la présidence du parti. Pourquoi ?
Je suis en charge de reconstruire LR à Nice. Si j’avais choisi l’un ou l’autre, j’aurais divisé. Je respecte profondément les deux. Mon souhait, c’est qu’on ne revive pas un carnage comme entre Fillon et Copé. Mon « non-choix » a payé : on est passés de 4200 à 6500 adhérents.
Certains disent que vos adhérents sont essentiellement des agents de la mairie…
C’est aussi absurde que de dire que les adhérents de l’UDR sont tous des pompiers ou des employés du Département.

Christian Estrosi pourrait-il se représenter avec l’étiquette LR aux municipales de 2026 ? Ou aura-t-il un candidat face à lui ?
La seule chose certaine, c’est que Christian Estrosi est candidat à sa propre succession. Personne ne sait ce que fera Eric Ciotti, s’il se présente, avec quelle étiquette, avec qui… Estrosi est un fédérateur. Il a de l’expérience, un nom. Je suis président d’un groupe à la Région avec 84 élus de 14 sensibilités politiques différentes. Une mairie, c’est pareil : ça doit rassembler. Il fera ses choix le moment venu.
Cela ne vous dérange pas que d’anciens RN siègent aujourd’hui dans sa majorité ?
Ce qui me dérange, ce ne sont pas ceux qui viennent vers nous. Ce sont ceux qui sont partis pour obtenir un strapontin. Prenez Franck Allisio : il était au RPR, il ne serait jamais devenu député sans le RN. Pareil pour Alexandra Masson. Je respecte toutes les sensibilités – communistes, socialistes, écologistes, RN – mais je ne respecte pas ceux qui changent d’étiquette juste pour une place. Moi, quand j’ai quitté temporairement LR, je ne suis allé nulle part, alors que le RN me sollicitait. Par discipline intellectuelle, je ne peux pas y aller.
La frontière entre LR et RN est si épaisse à vos yeux ?
Sur l’économie, oui. Comment faire alliance avec ceux qui ont voté une motion de censure contre Michel Barnier ? J’étais derrière lui à la présidence de LR. Il aurait fait un bon Premier ministre. Et pourtant, on a voté contre lui… avec le RN et LFI ! Ce n’est pas ma vision de la droite républicaine. Et n’oublions pas ce qu’est le FN, l’ancêtre du RN : un parti fondé contre le général de Gaulle. Ceux qui le renient aujourd’hui en seraient fiers ?
Comptez-vous, avec Michèle Tabarot, exclure les LR qui siègent avec Éric Ciotti au Conseil départemental ?
C’est à Charles-Ange Ginésy (le président du CD06, NDLR) de faire le ménage. Mais soyons clairs : on ne peut pas être LR et monter sur une estrade avec le RN, avec ceux qui ont voté une motion de censure. Ce n’est pas cohérent.
Y aura-t-il des candidats LR dans toutes les villes du département, y compris face à ceux de l’UDR ?
C’est trop tôt pour le dire. Mais ceux qui pensent qu’en obtenant l’étiquette UDR, ils éviteront d’avoir des candidats RN risquent d’être déçus. Le RN a besoin d’élus pour faire rentrer de l’argent. Et ce n’est pas l’UDR qui décide, c’est le RN.
Serez-vous présent sur la liste de Christian Estrosi en 2026 ?
Je suis encore dans l’exercice de mon mandat. Le moment venu, on discutera.
Il paraît que vous aimeriez concourir pour le Sénat, l’an prochain…
C’est un souhait. Mais c’est compliqué. Il faut d’abord gagner les municipales pour espérer quoi que ce soit. Il est trop tôt pour donner une réponse sérieuse.










Pour ne pas dire que le LR n’est pas un tremplin, le sénat est un point de chute pour l’instigateur d’une mairie à Brancaleone. C’est bien non ?
Le RN prend les mairies pour les caisses. C’est à montrer les faits. Il sait cela ?
Les jeunes ne votent pas RN. Ils parlent sur facebook de comment ils vont voir aux bancs des pretoires les mousseux targuer qu’ils ne sont pas le RN, chanter les affaires du RN, pour aller voir les fameux face tag Je ne suis pas avec eux.
Tu as pas une tronche a attirer les jeunes. Et, désigner lrs personnes jeunes par « jeunes » est une descrimination.