Chargée d’action territoriale dans les Alpes-Maritimes pour AtmoSud, l’observatoire régional de la qualité de l’air, Maïthé Rosier a répondu aux questions de Nice-Presse Dimanche.
Elle dresse un état des lieux de la pollution à Nice et dans le département, alerte sur la situation autour des écoles, et insiste sur les progrès… comme sur les urgences, qui demeurent. Entretien.
Peut-on dire que la qualité de l’air s’est améliorée à Nice ces dernières années ?
Oui, il y a une amélioration nette sur les cinq à dix dernières années. On le voit à l’échelle régionale, mais aussi à Nice en particulier. Le gros point noir de la pollution urbaine, c’est le transport routier. Et il y a eu beaucoup d’efforts : les véhicules ont évolué, la part de l’électrique a augmenté, le parc est moins polluant.
On observe aussi une baisse de la pollution due au résidentiel, notamment aux particules fines, dans le centre-ville. Mais attention : dans l’arrière-pays, la tendance peut être inverse. Le chauffage au bois, qui reste utilisé dans certaines zones, entraîne une hausse des émissions. Et même si la concentration moyenne diminue, les effets sur la santé, eux, restent très présents. La pollution atmosphérique ne touche pas que les poumons : le cœur, le cerveau, l’ensemble du corps humain est concerné. Il faut poursuivre et accélérer les efforts.
Qu’est-ce qui a été déterminant dans cette amélioration ?
Beaucoup de progrès viennent des règlementations, en particulier sur les véhicules et les systèmes de chauffage. À Nice, des actions locales ont aussi eu un vrai impact : réduction de voies de circulation, végétalisation, création de pistes cyclables. Quand on enlève une source d’émission à un endroit précis, les effets se font vite sentir. Le renouvellement du parc de bus, aujourd’hui majoritairement électrique, est aussi un facteur clé. On ne roule presque plus au diesel ou à l’essence sur le réseau. Côté maritime, la réglementation sur les carburants pour les bateaux commence aussi à porter ses fruits.
Quelles communes du département s’en sortent le mieux ?
Ce sont les communes rurales qui présentent les niveaux les plus bas… sauf en ce qui concerne les particules fines, justement, là où le chauffage au bois est encore très utilisé. Sur le littoral et dans les villes, la pollution est plus marquée. Logique : plus de population, plus de trafic, plus de sources d’émission comme les ports ou les aéroports. Il faut aussi rappeler que la pollution de l’air ne connaît pas de frontières. Elle dépend des masses d’air, des vents… Un village peut être impacté par ce qui se passe à plusieurs kilomètres.
On parle souvent des écoles. Les niveaux de pollution y sont-ils particulièrement élevés ?
Aujourd’hui, environ 62% des Niçois sont exposés à des niveaux de pollution qui dépasseront les valeurs réglementaires fixées pour 2030. Et c’est pratiquement la même chose pour les lieux recevant du public, comme les écoles. Ces données sont disponibles sur notre site atmosud.org, où chaque territoire peut accéder à ses chiffres-clés.
Il ne faut pas oublier non plus la qualité de l’air intérieur, qui est un vrai sujet. Beaucoup d’écoles ont des problèmes de ventilation. Du CO2 trop élevé, pas assez de renouvellement d’air… Et tous les autres polluants présents s’accumulent. Il faut aérer plus, contrôler les systèmes de ventilation, et mettre en place des diagnostics. C’est une urgence dans beaucoup d’établissements.
Plus globalement, comment AtmoSud surveille-t-il la qualité de l’air à Nice et ses alentours ?
Notre rôle est de surveiller les principaux polluants présents dans l’air que nous respirons, conformément aux obligations réglementaires. Pour cela, nous avons différents outils : stations fixes, cabines de mesure, ou encore systèmes mobiles. Dans la région, il y en a une soixantaine ; dans les Alpes-Maritimes, une dizaine ; et à Nice, cinq stations actives.
Chaque station représente un environnement particulier : fond urbain, proximité d’un axe routier, d’un aéroport, d’un port ou d’une industrie. Certaines sont même en zone périurbaine ou rurale pour bien mailler le territoire.
Nice accueillera bientôt l’UNOC, le sommet mondial pour l’océan. Aurez-vous un rôle ? Et quelle est la part du maritime dans la pollution de l’air ?
Rien n’est encore officiel, mais on devrait être présents pour présenter nos études. AtmoSud travaille depuis longtemps sur l’impact du maritime sur la pollution de l’air, avec plusieurs projets de recherche en cours.
À Nice, les émissions liées aux navires sont relativement faibles comparées aux transports routiers ou au résidentiel. Mais le cas des bateaux de croisière reste significatif : un tiers des émissions maritimes à Nice leur sont imputables. À Villefranche-sur-Mer, c’est encore plus net : 100 % des émissions maritimes sont liées aux croisiéristes. Le problème, ce sont les panaches de fumée : ils se déplacent avec le vent, et leur concentration diminue avec la distance. Mais pour les riverains immédiats, l’impact est réel. Supprimer l’escale d’un gros paquebot, c’est avoir un effet direct sur l’air qu’ils respirent.









Pas un mot sur les avions, j’y crois pas !!! C’est vrai je suis con, ça pollue pas.