« Je suis brûlée à l’intérieur » : Asma*, victime d’une tentative d’immolation en 2021 à Nice, a livré mardi devant la cour d’assises d’appel du Var le récit saisissant de l’attaque dont elle accuse son ex-mari, aujourd’hui passible de la réclusion à perpétuité, et des séquelles qui ont bouleversé sa vie.
À 42 ans, le visage rond encadré d’un voile noir, vêtue d’un pull marron, d’un pantalon noir et d’un gant de contention à la main gauche, elle parle en arabe d’une voix douce mais ferme, relayée par un interprète, marquant parfois une pause pour essuyer une larme ou reprendre son souffle.
Elle a tenu à montrer aux jurés des photos d’elle prises « avant », où l’on découvre une jeune femme aux longs cheveux noirs, maquillée, souriante, posant aux côtés de Nabil, ce cousin éloigné de cinq ans plus jeune qu’elle, cuisinier à Nice, qui apparaît visiblement heureux.
Leur union, arrangée entre cousins éloignés, n’avait pourtant rien d’imposé, insiste-t-elle : chacun était libre de refuser. Installée en Tunisie auprès de sa famille, employée dans une usine de fabrication d’aiguilles médicales, elle dit y mener une existence épanouie. Mais Nabil lui a plu. Et il vivait en France.
Après quelques mois d’attente, elle obtient un visa pour le rejoindre en mai 2021. Très vite, la désillusion s’installe, raconte-t-elle, prise en grippe avec violence par sa belle-mère et ses belles-sœurs.
Selon elle, Nabil « n’était plus la même personne qu’en Tunisie » : il buvait quotidiennement, rentrait très tard de son travail, se montrait agressif et insultant, ne s’intéressait à elle qu’au moment de se coucher et laissait sa mère la traiter « comme une bonne ».
Pourtant, Asma n’imagine pas s’en aller : « Je voulais que ce mariage réussisse (…). Je voulais avoir des enfants, fonder un foyer », explique-t-elle à la cour.
Le 13 août 2021 au soir, une nouvelle dispute éclate au retour d’une sortie à la plage. Nabil la menace alors avec un couteau, puis, alors qu’elle se rend à la cuisine pour boire un verre d’eau, il verse sur elle un liquide. À proximité de la gazinière, le feu se propage aussitôt et elle s’enfuit dans la cage d’escalier de l’immeuble.
« C’est une brûlure que personne ne peut imaginer », confie-t-elle. Les jurés entendent l’enregistrement d’un appel à la police : sur fond de ses hurlements de douleur, une voisine décrit une femme en flammes, poursuivie par son mari armé d’un couteau.
Asma ne garde que des bribes de ce moment : « Je criais, je criais. En bas il y avait beaucoup de monde. J’étais toute nue. Des gens ont enlevé leur foulard pour essayer de me couvrir. Je leur criais de verser de l’eau sur moi », relate-t-elle.
Héliportée vers le service des grands brûlés de Marseille, elle plonge dans le coma pendant plusieurs semaines, avant de subir de longs mois d’hospitalisation puis de rééducation.
Tentative d’immolation à Nice : le témoignage d’Asma au cœur du procès de son ex-mari
« J’aurais voulu mourir », reconnaît-elle à la barre. « Ce que j’aimais en moi c’était mon corps, mes cheveux ». Si son visage a été préservé, son corps est brûlé à 29 %, notamment dans le dos et sur tout le côté gauche. Ses oreilles ont été touchées, son crâne est recouvert de plaques. « Je me gratte tout le temps, je dors avec des médicaments, je souris avec des médicaments », énumère-t-elle.
Asma raconte aussi sa vision brisée de l’exil : « Partout dans le monde, des gens rêvent de venir en France. Mais je n’ai vu de la France que les hôpitaux, les salles d’opération, les kinés, les assistantes sociales. Je suis une morte-vivante », lâche-t-elle.
« Quand je suis habillée, les gens qui me voient pensent que je vais bien alors qu’à l’intérieur, je suis brûlée », souligne-t-elle encore. Depuis quatre ans, dit-elle, elle vit « habitée par la peur » que son ex-belle-famille ne vienne l’achever.
Lors du premier procès, en décembre 2024 devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes, Nabil a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il a toujours nié toute responsabilité, soutenant que son épouse, déçue par leur mariage, avait tenté de se suicider par immolation alors qu’il avait quitté les lieux en voiture après la dispute.
Mais, a rappelé l’accusation, son téléphone bornait dans le quartier au moment des faits et un expert a estimé que la localisation des brûlures sur le corps d’Asma était incompatible avec une auto-immolation. Le verdict de ce procès en appel est attendu vendredi.
(*prénom d’emprunt)
- Ce qu’il faut retenir : Asma, brûlée à 29 % après une tentative d’immolation en 2021 à Nice, a livré devant la cour d’assises d’appel du Var un récit détaillé de l’attaque et de ses lourdes séquelles. Elle accuse son ex-mari, déjà condamné à la perpétuité en première instance, tandis que lui maintient qu’il s’agit d’une tentative de suicide. Les éléments techniques et la présence de son téléphone sur les lieux au moment des faits pèsent cependant contre sa version, alors que le verdict en appel est attendu vendredi.
Avec AFP



