Depuis la Roumanie et l’Espagne, un vaste réseau de proxénétisme a exploité une cinquantaine de femmes en France. Lundi, à Marseille, le parquet a requis des peines allant de six à neuf ans de prison contre les membres de cette organisation internationale accusée de traite d’êtres humains.
Les jeunes femmes, toutes originaires de la région roumaine de Prahova, exerçaient la prostitution dans des appartements loués à travers plusieurs villes françaises. Leurs photos étaient diffusées sur des sites d’annonces de services sexuels. Parmi les six accusés jugés depuis une semaine à Marseille, cinq viennent de cette même région, dont deux comparaissent en détention.
Le sixième prévenu, un Marseillais, est décrit comme la « branche française » du réseau implanté à l’étranger. Le ministère public a requis à son encontre sept ans de prison et un mandat de dépôt. Il aurait agi comme « logeur », organisant la location des logements et les déplacements en train des prostituées à travers la France.
Un réseau roumain et espagnol démantelé après une enquête internationale
Bien que le procès se tienne à Marseille, le trio roumain dirigeant l’organisation s’était installé à Barcelone en 2019. L’enquête, menée en collaboration avec les autorités roumaines et espagnoles, a révélé une stratégie de recrutement identique : séduire des jeunes femmes au profil similaire via les réseaux sociaux.
Cette technique, appelée méthode du « lover boy », consistait à faire croire à une relation amoureuse avant de les convaincre de se prostituer sous prétexte de difficultés financières.
« À Bucarest, une rumeur dit que les filles se prostituent et donnent tout leur argent aux hommes, en pensant qu’elles forment une famille avec leur maquereau », a raconté une manucure de 22 ans, devenue la compagne de l’un des accusés.
« Pourquoi tu perds ton temps à faire des ongles alors que tu peux faire jusqu’à 30.000 euros en te prostituant en France », lui aurait-il dit rapidement.
Dans son témoignage lu par la présidente du tribunal, la jeune femme a décrit les violences subies, les rapports forcés avec des clients malgré la fatigue ou les blessures.
Plusieurs victimes ont indiqué que leur proxénète leur prélevait environ 40 % de leurs gains, des sommes ensuite investies dans la construction de maisons en Roumanie.
« Oui, parfois, les relations perdurent entre la prostituée et le proxénète, parfois il y a des enfants en commun, mais le seul but [des prévenus] est de faire basculer les jeunes femmes ou de leur faire poursuivre la prostitution », a souligné le procureur.
Les prévenus, qui rejettent toute implication, ont néanmoins été confrontés à leurs dépenses luxueuses — véhicules, vêtements de marque, séjours en hôtels, fêtes — sans exercer d’emploi, ainsi qu’à plus de 2.000 transferts d’argent en lien avec les victimes ou leurs proches.
Le verdict est attendu cette semaine, à l’issue des plaidoiries des avocats de la défense.
Avec AFP



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