Président du Club nautique de Menton et fondateur de l’association « Les Voiles Latines », Serge Giacomazzi restaure depuis 2004 les « goussous », ces mythiques petits bateaux de pêche, proches des pointus niçois et des gozzi italiens. Une quinzaine d’unités composent aujourd’hui une flottille devenue l’une des attractions du Vieux-Port.
Il n’est pas rare de voir les touristes s’accroupir, sortir leur téléphone et immortaliser l’instant. Les coques colorées alignées au premier plan sur le quai attirent l’oeil et ne laissent personne indifférent. « Elles racontent à elles seules un pan de la Méditerranée » souffle Serge Giacomazzi à Menton-Presse.
Une mer de pêche, de bois, de calfatage et de patience. En ville, il est l’un des visages les plus connus. À la tête du Club nautique et des « Voiles Latines », ce passionné consacre une part essentielle de son temps à sauver ces embarcations traditionnelles que les locaux appellent « goussou ».

« Le pointu est plus marseillais et bien connu dans le port de Nice » précise-t-il aussitôt. « Nous, on est proches de l’Italie. En Italie, ce sont des gozzi. Donc gozzo, goussou, on est dans la même veine. » Reconnaissables à leur proue relevée et à leur ligne ramassée.
Chez lui, la passion remonte à l’enfance. « La mer, la voile, ça me tient depuis toujours. » Passé par Nice puis par Paris pour travailler, il est revenu dans la cité du citron il y a une trentaine d’années. C’est à ce moment-là qu’il achète un vieux bateau en bois et le restaure. « De fil en aiguille, j’ai fini par monter le chantier associatif de restauration. »
Un chantier lancé en 2004 au service du patrimoine
Lequel voit le jour en 2004. Entre-temps, Serge Giacomazzi a aussi passé vingt-huit ans à la SNSM, les sauveteurs en mer. En parallèle, il se forme à la charpenterie de marine et aux techniques anciennes. L’objectif, restaurer ces unités dans les règles. « Tout en traditionnel, en bois, calfatage. »
Installée sur la cale de halage avec l’appui des différentes directions du port, l’association travaille surtout avec des particuliers devenus adhérents. Certains emmènent leur bateau, d’autres font don d’une coque à sauver. Le chantier bleu amarré devant eux résume l’ampleur de la tâche. « Il a donné deux années de travail et à peu près trois mille heures. »


La logique n’est pas celle d’un professionnel classique. « On ne leur prend pas le travail » insiste-t-il. « Peu d’entreprises acceptent de nos jours ce type de restauration. Trop long et trop coûteux. » L’association occupe donc un espace intermédiaire, permettant à des mordus non-fortunés d’entretenir ou de faire revivre une embarcation ancienne.
Aujourd’hui, une quinzaine de « goussous » sont regroupés sur le quai. Cinq ou six restent disséminés dans le port. D’autres encore attendent leur tour sur la cale. Un ancien pêcheur, qui vient d’arrêter son activité, a ainsi donné récemment une coque de 6,50 mètres à l’association. Elle rejoindra à terme la flottille.
Des bateaux restaurés, parrainés et remis à l’eau
Une partie des embarcations appartient directement à l’association. Elles sont ensuite parrainées par des passionnés. « Ce sont des gens qui aiment le patrimoine, qui n’ont pas forcément de place ici » explique Serge Giacomazzi. Deux ou trois parrains se partagent alors un même bateau, le sortent, l’entretiennent et participent aux événements. En échange, ils aident à financer les taxes portuaires.

Ce système permet aux goussou de rester vivants. Ils naviguent, participent à des rassemblements, rejoignent parfois Villefranche-sur-Mer ensemble. « C’est un atout touristique. Tout le monde se photographie devant. C’est notre patrimoine. »

Il y a un an, l’association a restauré pour Mentan Terra Mia, installé sur le rond-point du Bastion. Une barque trouvée en Italie, adaptée aux codes mentonnais, résinée pour résister aux intempéries, puis peinte aux couleurs de la commune. « C’est devenu une sculpture. Nous sommes très fiers. »



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