À Menton, Louis Sarkozy, 28 ans, plus jeune fils de l’ancien chef de l’État, se lance à la conquête d’une ville au réflexe insulaire, abîmée par les scandales et où le Rassemblement national apparaît en position de force.
Sur la Côte d’Azur, son patronyme ouvre visiblement des portes : lorsqu’il traverse les allées du marché de Noël, les têtes se tournent, certains sortent leur téléphone pour immortaliser ce chroniqueur familier des plateaux de télévision.
Entouré d’un cercle rapproché très jeune, il ne joue pas les candidats aguerris allant systématiquement au-devant des passants mais prend le temps d’écouter ceux qui viennent vers lui. Si quelques voix maugréent contre le supposé « parachuté » ou « l’Américain », en référence au pays où il a grandi après la séparation de ses parents, beaucoup l’abordent avec curiosité.
« J’aimais bien Nicolas Sarkozy alors je suis contente que son fils vienne à Menton », confie une jeune femme de 25 ans qui préfère rester anonyme. Responsable d’un magasin à Monaco, elle incarne cette nouvelle génération d’habitants attirés par les milliers d’emplois créés chaque année dans la principauté voisine.
Une matinée d’échanges consacrée à Menton : des idées, des propositions, et un même cap partagé - l’avenir de notre ville. pic.twitter.com/UK2D726BCb
— Louis Sarkozy (@napsarkozy) December 6, 2025
« On a beaucoup de jeunes avec nous. On est l’incarnation de cette idée que Menton n’est plus une ville de vieux », martèle Louis Sarkozy. « Et les gens veulent du neuf ».
Après près de trente ans de règne de Jean-Claude Guibal (LR), la disparition soudaine du notable en 2021 a fait basculer cette commune de 31 000 âmes, coincée entre l’Italie et Monaco, française depuis 1861 et fière de son particularisme, dans une période de fortes turbulences.
Les anciens adjoints se sont affrontés, les grands dossiers ont patiné et les procédures judiciaires se sont multipliées. Le maire actuel, Yves Juhel, doit ainsi comparaître en mars pour détournement de fonds publics.
Parallèlement, les deux principaux musées restent portes closes depuis des années, des concessions de plages ont été suspendues et le cinq étoiles promis de longue date est toujours bloqué au stade du chantier.
Les inquiétudes demeurent aussi autour de la pression migratoire, même si les exilés ne font souvent qu’une halte discrète : Menton se situe dans la zone frontalière où ils sont renvoyés d’office en Italie.
Menton, municipales sous tension : Louis Sarkozy face à un Rassemblement national conquérant
Ce climat semble profiter à la députée Alexandra Masson, avocate de 54 ans, ancienne militante LR ralliée au RN, élue en 2022 puis reconduite dès le premier tour l’année suivante.
🚨 À la manifestation de la gauche à #Menton, une vérité dérange : sans contrôles, notre frontière s’effondre.
— Alexandra Masson (@A_Masson06) December 7, 2025
Depuis 2015, nos forces protègent les Français face au chaos migratoire.
Quoi qu’en dise la gauche, défendre la France est un devoir. pic.twitter.com/x83Et4F71z
En 2020, le candidat soutenu par le RN avait déjà obtenu 44% au second tour des municipales. Et, en 2023, de l’autre côté de la frontière, Vintimille s’est dotée d’un maire issu de la Ligue, le parti d’extrême droite de Matteo Salvini.
Sur le marché de Noël, Mme Masson prend le temps de s’arrêter à chaque stand, serre les mains, semble reconnaître tout le monde et promet de faire de ce « petit bijou » de ville la vitrine d’une gestion jugée exemplaire.
« Elle va représenter le renouveau », estime Élisabeth Kestemont, retraitée de 70 ans. « Louis Sarkozy, il choque beaucoup de Mentonnais. Il cherche juste un tremplin ».
Cette électrice aurait volontiers apporté sa voix à Sandra Paire, ancienne première adjointe de Jean-Claude Guibal, dont plusieurs partisans arborent un badge bleu dans les allées du marché. Mais cette dernière a été condamnée en appel à deux ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêt. Elle s’est pourvue en cassation et maintient sa candidature, tout comme Florent Champion, ex-adjoint d’Yves Juhel.
Louis Sarkozy n’est pas parvenu, pour l’heure, à réunir cette droite éclatée autour de lui, mais il a décroché l’investiture de LR. Il n’a pourtant pas encore sa carte et son profil divise sur les réseaux sociaux, où il affiche volontiers ses tatouages.
Il a ainsi mis en avant l’idée de légaliser l’ensemble des drogues pour assécher les trafics, de rendre un service militaire obligatoire pour 10% des nouveaux immigrés comme pour les petits délinquants, et de réduire fortement le code de la route afin, selon lui, de responsabiliser les conducteurs.
Ce fervent admirateur de Napoléon et du président argentin Javier Milei aura aussi du mal à rallier les faibles forces centristes ou de gauche locales dans un éventuel front de barrage au RN. D’autant que son père, attendu à Menton vendredi pour une séance de dédicace de son dernier livre « Le Journal d’un prisonnier », se dit hostile à la reconstitution d’un front républicain.
- Ce qu’il faut retenir : Louis Sarkozy tente de s’imposer à Menton dans un paysage politique fragilisé par les scandales locaux et la poussée du Rassemblement national. La ville, marquée par les divisions à droite et les affaires judiciaires, offre un terrain favorable à la députée RN Alexandra Masson, tandis que les candidatures issues de l’ancien système entretiennent la dispersion. Le positionnement clivant du jeune candidat, conjugué au refus de son père de soutenir un nouveau front républicain, complique la constitution d’un éventuel barrage face au RN.
Avec AFP







MENTON était réputée « ville de vieux » mais que ce jeune Sarkozy se rassure … C’était il y a 20 ans ! Aujourd’hui cette belle ville est active et attrayante. Son problème ? Elle est envahie de nouveaux venus qui viennent la polluer. 🇨🇵
Nos notables souffrent avec ces procédures. Que les procédures cassent les projets, les hotels 5 étoiles, les cocktails aux plages, les musées qui n’ont pas de caméra. Ces sont des projets pour montrer aux jeunes gens la voie, avoir les pieds mouillés. Notre historien a vu cela, c’est pour cela qu’il dit que ça va être aux étrangers de servir à la nation, parce que les notables sont épuisés des procédures.