Municipales 2026 - À 82 ans, Jacques Bompard fait son retour dans l’arène municipale à Orange après l’inéligibilité de son fils Yann, maire sortant condamné fin janvier. Dans ce bastion historique de l’extrême droite, cette nouvelle candidature ravive les fractures locales et rebattre les cartes à quelques semaines des municipales.
Renversement de situation en vingt-quatre heures ! À Orange, dans le Vaucluse, les trajectoires judiciaires et politiques de Jacques et Yann Bompard se sont brutalement croisées fin janvier, ouvrant une campagne municipale sous haute tension.
À Orange, un père remplace son fils après une condamnation
Le 26 janvier, Yann Bompard, 39 ans, a été condamné à cinq ans d’inéligibilité pour avoir occupé un emploi fictif de collaborateur parlementaire. Cette décision l’écarte de la course aux municipales de mars. Le lendemain, coup de théâtre : son père, Jacques Bompard, redevenait éligible à la faveur d’un recours, cinq ans après sa propre condamnation pour prise illégale d’intérêts.
« Je remplace Yann qui a été condamné injustement », explique l’ancien édile, attablé à une brasserie avec son fils, désormais propulsé directeur de campagne. À 82 ans, le cofondateur du Front national, passé par la suite par la Ligue du Sud après son exclusion du parti, reprend donc le flambeau dans cette ville de 30.000 habitants qu’il avait conquise en 1995.
Son programme, baptisé « le sens du bien commun », « reste inchangé » depuis cette victoire qui avait fait d’Orange l’un des trois premiers bastions d’importance du FN, aujourd’hui RN, avec Toulon et Marignane.
« En France, la règle c’est le gaspillage de l’argent public et nous on a assaini les finances de la ville », avance Jacques Bompard. La Cour régionale des comptes relève effectivement des dépenses de fonctionnement « sensiblement inférieures » à celles de communes comparables, tout en pointant d’importants sous-investissements dans le patrimoine.
Trente ans de « bompardisme » au cœur des critiques
Après près de trente ans de gestion, le bilan divise. Jean-Dominique Artaud, ancien membre de la majorité devenu chef de file d’une liste RN dissidente, dénonce une ville qui se dégrade. « Le centre-ville se meurt, les bâtiments se dégradent », affirme-t-il. Selon lui, « les relations avec le préfet, le département, les commerçants et les associations se sont dégradées ». « Il faut remettre de l’humain. »
Les indicateurs sociaux nourrissent aussi les critiques. Orange affiche un taux de pauvreté de 23% et un taux de chômage de 16,9%, bien supérieurs à la moyenne nationale.
L’opposition évoque un « lien rompu entre les Orangeois, entre les communautés » et multiplie les exemples : bancs publics remplacés par des assises individuelles, lancement d’un « festival du cochon », limitation à 71 caractères des tribunes de l’opposition dans le journal municipal.
Brigitte Laouriga, travailleuse sociale durant 37 ans, raconte qu’à l’arrivée des Bompard, « il y a eu une chasse aux sorcières, on nous a coupé les subventions. On était suspectés de retenir des populations dites « indésirables»». Son centre d’accueil du quartier de l’Aygues a fermé, faute de moyens. Elle soutient aujourd’hui la liste sans étiquette menée par la conseillère municipale d’opposition Carole Normani.
À Orange, une opposition qui espère profiter des divisions
Carole Normani, ex-macroniste, fait du mot « Rassembler » son slogan. Elle entend profiter de la fragmentation de l’extrême droite pour « se glisser au milieu » et tourner la page de « la dynastie Bompard ». Cette négociante en vin promet d’«attirer les entreprises, créer des animations dans une ville désertée par les touristes l’hiver » sans négliger la sécurité.
Hakim Baraka, 35 ans, installé avec son salon de coiffure face à l’hôtel de ville, partage ce constat. Il reproche à la majorité de ne « rien faire pour les jeunes » et évoque « la mort » du centre l’hiver. Il dit avoir rencontré des obstacles administratifs à l’ouverture de son commerce. « Un Maghrébin qui ouvre son barber shop en face de la mairie, ils devaient penser que ça poserait problème avec les touristes », sourit-il.
Yann Bompard rejette ces accusations et assure n’avoir « abandonné aucun quartier ». « On a réinstauré énormément de commerces qu’on a préemptés pour faire disparaitre le deal, les marchands de sommeil », affirme-t-il. Une fois sa condamnation devenue totalement exécutoire, il n’aura plus accès à aucune fonction publique, mais promet de continuer à conseiller son père « lors du repas du dimanche ».
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP










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