Ces jeunes au coeur de la campagne · C’est non loin de la place Masséna, aux abords du miroir d’eau, que Manon Letellier (29 ans) et Allan Clerc (22 ans), tous les deux « référents réseaux sociaux » de La France Insoumise dans le département, se sont confiés à Nice-Presse Dimanche.
Militants au sein des Jeunes Insoumis, ils reviennent sur leur engagement, tout en dessinant les contours d’une gauche prête à se rassembler pour bousculer le duel annoncé Estrosi-Ciotti.
Sécurité, lutte contre « l’extrême droite », urgence climatique, logements, transports… Manon et Allan défendent avec conviction un projet radicalement différent pour leur ville, à l’approche des municipales de 2026.
Comment êtes-vous entrés en politique, pourquoi avoir choisi la France Insoumise (LFI)?
Manon : Je suis les actions de la France Insoumise depuis 2017, séduite par leur politique de rupture à gauche, notamment sur les questions anti-racistes. Je me suis engagée activement après les législatives, sous le choc face à la dissolution… Cette colère s’est transformée en action concrète.
Allan : De mon côté, j’ai rejoint LFI après les élections européennes, inquiet face à la montée de l’extrême droite. J’ai d’abord milité au sein du Nouveau Front Populaire, focalisé sur la lutte antifasciste. C’est en approfondissant le lien entre fascisme et capitalisme que j’ai trouvé dans la France Insoumise une réelle cohérence, un parti qui refuse de transiger avec ces logiques dangereuses.
Pourquoi LFI plutôt qu’un autre parti plus « traditionnel » à gauche ? Le parti socialiste ou les Ecologistes ne séduisent pas les jeunes ?
Allan : Le Parti socialiste a déçu avec son quinquennat néolibéral, sous François Hollande. La France Insoumise est le seul parti qui parle sérieusement de remettre en cause le capitalisme et le néolibéralisme, qui génèrent la montée du fascisme et du racisme.

Manon : Leur programme est extrêmement complet et prend en compte toutes les problématiques sociales, écologiques et LGBT+. C’est une vision globale, pas seulement sur des enjeux isolés.
Vous employez des mots forts : fascisme, racisme. Certains partis le sont à vos yeux ?
Allan : Oui, clairement. On observe aujourd’hui les mêmes mécanismes qu’au XXe siècle : crises économiques, division du peuple par des discours racistes, et un capitalisme qui se durcit pour se protéger.
Manon : La fascisation est bien réelle à l’échelle mondiale. Les libertés des minorités sont menacées, tout en ignorant l’urgence climatique pour préserver les intérêts économiques.
Est-il difficile d’attirer des jeunes dans une ville et un département traditionnellement « de droite » ?
Manon : Cela change progressivement. Beaucoup de jeunes s’engagent dans des associations ou collectifs pour défendre leur futur. Notre rôle est d’insuffler de l’espoir et démontrer que l’action politique est efficace.
Allan : À Nice, nous préparons une rencontre citoyenne pour une liste unique à gauche, avec déjà beaucoup d’inscrits, signe d’un réel engouement local.
Quelle est la place des jeunes à l’approche des municipales de 2026 à Nice ?
Allan : Nous sommes pleinement intégrés dans les discussions avec les autres partis de gauche. Notre objectif est une alliance solide sur un programme ambitieux. Nous voulons mobiliser via des propositions concrètes sur le logement, l’écologie et les transports.
Manon : Plus globalement, dans le département, nous travaillons sur une union à gauche. Nous sommes en pleine élaboration d’un programme de rupture. Il n’y a pas de hiérarchie ou de désignation préalable. Les jeunes participent pleinement à l’élaboration du programme.

Comment sortir du duel annoncé entre Christian Estrosi et Éric Ciotti ?
Allan : Rien n’est joué. Aux législatives déjà, on a vu une opposition entre l’extrême droite de Ciotti et la gauche incarnée par la France Insoumise. À Nice, l’alternative existe bel et bien.
Vous parlez d’extrême droite pour qualifier l’UDR et le RN. À l’inverse, LFI représente-t-elle l’extrême gauche selon-vous ?
Manon : La France Insoumise n’est pas d’extrême gauche selon le Conseil d’État. Nos revendications, comme le SMIC à 1600 euros, ne sont pas des décisions extrêmes, mais nécessaires. Refuser d’enlever le drapeau d’Israël de la mairie, contre la décision du préfet, ça, c’est une décision extrême (une allusion à Christian Estrosi, NDLR).
Allan : Nous sommes une gauche radicale parce que la situation l’exige. Nous devons rompre clairement avec les politiques libérales pour avoir une vraie chance d’imposer nos idées.
Quels sont les projets concrets sur les questions de logement ?
Manon : Rénover les logements insalubres et encadrer Airbnb pour éviter la hausse des loyers, garantir un accès au logement digne pour tous les jeunes.
Et concernant les transports et l’écologie ?
Allan : Instaurer la gratuité des transports publics pour réduire l’usage des voitures et améliorer l’accès au centre-ville depuis les quartiers périphériques comme l’Ariane.
Manon : Stopper des projets comme l’extension de l’aéroport (laquelle sera achevée d’ici à l’élection, NDLR), réorienter la politique touristique vers des productions locales et renforcer l’autonomie alimentaire du département.
Qu’est ce qui ne vous convainc pas dans la politique menée par l’actuelle municipalité ?
Allan : C’est une politique d’image, superficielle, sans réelle prise en compte des enjeux climatiques et sociaux. On continue à bétonner la ville, au mépris de l’urgence écologique.
Manon : Un manque d’investissement dans des solutions écologiques de long terme. On favorise des intérêts économiques immédiats sans réelle vision durable. On l’a encore vu avec la Conférence des Nations Unies sur l’Océan…
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