- Vous lisez un épisode de “Le Vieux-Nice, l’âme de la cité”, l’un des dossiers de Nos Quartiers, la nouvelle rubrique gratuite de Nice-Presse.
Depuis la colline du Château, Philippe Arnello, 68 ans, perpétue la tradition en tirant chaque jour le coup de canon de midi. Une pratique qui remonte à 1864…
Ses pupilles s’écarquillent lorsqu’il retrace cette histoire. « À l’époque, de nombreux Anglo-Saxons et Russes venaient sur la Côte d’Azur en hiver pour profiter de la douceur du climat », raconte-t-il.
« Parmi eux, il y avait des Écossais, les Coventry. Le mari, Thomas, était un passionné d’horlogerie et ne supportait pas que sa femme soit en retard », poursuit-il. « Pour qu’elle rentre à l’heure pour le déjeuner, il s’est mis d’accord avec le maire de l’époque, François Malausséna, pour tirer un coup de canon à blanc, à midi pile chaque jour, depuis la Tour Bellanda. »

Une anecdote devenue une véritable tradition, à l’image de ce qui se fait à Édimbourg, « la seule ville en Europe à tirer le coup de canon », que les Niçois ont tenu à conserver au fil des siècles.
« Tout le monde s’y est attaché. Quand monsieur Coventry est parti, il a laissé une somme d’argent pour que le tir continue. » Depuis 1992, c’est Philippe Arnello qui s’en charge tous les jours, sauf le 14 juillet, en hommage aux victimes du terrible attentat qui a meurtri notre ville.
Sans jamais un seul retard : « quand je me rends sur la colline du Château en moto, tout va bien, mais c’est vrai qu’en voiture, je me suis déjà fait quelques frayeurs… »
Artificiers de père en fils
Artificier de formation, ce passionné d’explosifs ne s’en cache pas : « Je suis tombé dans la marmite petit, en allumant des pétards pour me marrer. » Ce qui l’a logiquement conduit à reprendre l’entreprise de son père, Azur Fêtes Events, spécialisée notamment dans les feux d’artifice et les spectacles pyrotechniques depuis 1964.
« J’ai commencé en 1992 à prendre en charge le coup de canon car c’est à partir de cette date qu’il a fallu un diplôme pour le réaliser. Les policiers n’étaient donc plus agréés pour le faire. »
Si ce n’est évidemment plus un canon qui tire à blanc, Philippe Arnello prépare chaque matin son installation, jusqu’à la détonation.
Une routine qu’il a pris soin de nous décrire : « Le dispositif est similaire à celui des feux d’artifice. On utilise de la poudre noire. J’appuie sur le bouton d’allumage, qui déclenche instantanément une étincelle, là encore similaire à celle des feux d’artifice ».
« Il y a ensuite un premier « boum », en bas, que personne n’entend, suivi d’un deuxième, dans le ciel, avec un retard de trois secondes pour permettre à la charge de monter. » Une onde de choc qui résonne parfois jusqu’à l’aéroport et qui fait toujours autant sursauter les touristes qui déambulent sur le cours Saleya.





