Trente ans de réclusion ont été sollicités contre un Marseillais de 26 ans, jugé depuis dix jours pour la mort d’un jeune homme dans un quartier sensible de Nice durant la nuit de Noël 2021.
Ce soir-là, trois individus armés et partiellement masqués se sont rendus dans le quartier de Las Planas, au nord de Nice, où vivait un responsable d’un groupe avec lequel ils disputaient le contrôle d’un lieu de trafic dans un autre secteur.
Leur intention était de capturer ce rival afin de le retenir dans une cave, mais celui-ci a réussi à s’échapper. Pris en chasse, les trois hommes ont couru vers leur voiture, et l’un d’eux a ouvert le feu. Ermelindo Goncalves, manutentionnaire de 24 ans qui les poursuivait, est alors tombé.
L’enquête, reposant notamment sur l’étude de douilles, d’un téléphone abandonné et d’une voiture volée retrouvée en pleine campagne, a orienté les policiers vers un Niçois soupçonné de gérer un point de deal rentable et d’avoir recruté deux Marseillais pour l’aider.
L’arrestation du groupe, le 19 janvier 2022 dans le centre de Nice, a tourné au drame lorsqu’un quatrième homme, absent la nuit des faits, a été tué par le tir accidentel d’un policier, plus tard condamné à un an de prison avec sursis pour homicide involontaire.
Le procès s’est déroulé en l’absence du Niçois, disparu après avoir bénéficié d’une remise en liberté provisoire.
Au cours de l’enquête comme à l’audience, Bastien G., soupçonné d’avoir tiré, et Yoann L., poursuivi pour association de malfaiteurs dans le cadre du projet d’enlèvement, ont rejeté toute implication, affirmant qu’ils ne faisaient que passer ponctuellement dans le quartier de Las Planas.
Une affaire criminelle complexe qui soulève des interrogations essentielles
Leurs avocats ont pointé des incohérences dans les témoignages fragmentaires et des lacunes dans l’enquête, estimant que certaines pistes auraient pu être écartées pour protéger des sources policières.
Ermelindo Goncalves a été touché dans le dos. Les juges cherchent encore à déterminer s’il avait fait demi-tour face à l’arme ou s’il a pu être atteint accidentellement par un tir provenant du groupe de poursuivants dont il avait pris la tête.
Pour l’avocate générale, il ne fait aucun doute que Bastien G. a tiré, « par fierté, comme un doigt d’honneur » à ces jeunes qui avaient refusé d’avoir peur. Son silence montrerait qu’il serait « prisonnier de son milieu de trafiquants, de la loi du silence où personne n’assume rien », une situation qui pourrait perdurer, selon elle.
« Il faut que Nice, ça ne devienne pas Marseille », a-t-elle lancé, tandis que Me Jean-Yves Garino, avocat de Bastien G., a affirmé que ce dernier n’était qu’un « bouc émissaire » destiné à compenser l’incapacité des autorités à endiguer les trafics.
Le verdict est attendu en début de soirée.
- Ce qu’il faut retenir : Trois hommes sont accusés d’une opération violente dans un quartier sensible ayant conduit à la mort d’un jeune manutentionnaire. L’enquête et les témoignages présentent de nombreuses zones d’ombre et des contradictions. Le procès met en lumière des tensions autour du trafic local et une défense qui conteste vigoureusement les conclusions de l’accusation.
Avec AFP






