Un jeune homme a livré, lundi devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, un témoignage glaçant sur les violences extrêmes subies alors qu’il était séquestré avec un autre adolescent par un réseau de drogue marseillais. Recrutés comme « jobbeurs » dans les quartiers nord de Marseille, les deux mineurs avaient vécu plusieurs jours d’exploitation, de coups et d’humiliations, avant une tentative de fuite désespérée qui aurait pu leur coûter la vie.
Ils ont pensé ne jamais ressortir vivants. Face aux magistrats, le silence pesant de la salle a été rompu par un récit brut, difficile à entendre, mais jugé indispensable pour comprendre l’ampleur de ce dossier hors norme.
Un témoignage arraché malgré la peur
Fine moustache, cheveux attachés en queue de cheval, bras croisés, Kevin, prénom modifié, s’est présenté à distance depuis une prison de l’ouest de la France. Aujourd’hui âgé de 20 ans, il ne souhaitait pas comparaître, même en visioconférence. La menace d’une extraction forcée a finalement eu raison de son refus. « Je voulais enfouir le passé sous terre et plus le ressortir », a-t-il expliqué, évoquant « la peur des représailles et des embrouilles ».
À l’époque des faits, en janvier 2022, Kevin et un autre adolescent étaient âgés de 16 ans. En fugue depuis deux semaines, ils avaient rejoint la cité de Frais Vallon, dans les quartiers nord de Marseille, pour « jobber » au profit d’un réseau de stupéfiants. Ces petites mains du trafic, recrutées sur les réseaux sociaux, peuvent être guetteurs, vendeurs, voire davantage.
Des appels à l’aide ignorés
Très vite, la situation leur a échappé. Les deux mineurs ont tenté d’alerter la police en distribuant des messages aux consommateurs qu’ils servaient. L’un de ces mots, photographié par une cliente, a été projeté à l’audience. « Bonjour, séquestrés par le réseau. SVP appelle la police. Ils nous oblige à vendre gratuit, on a 13 ans, ils nous ont tabassés avec des barres. On a besoin d’aide ». Kevin a résumé cette période en une phrase : « On était du bétail ».
Devant la cour, six hommes sont jugés pour la séquestration des deux adolescents durant plusieurs jours. Ils sont accusés de violences commises avec des bâtons et des manches de pioche. Quatre d’entre eux sont également poursuivis pour le viol et une tentative de viol sur l’une des victimes.
La fuite, puis le calvaire
Après quatre jours d’exploitation forcée et de menaces, les deux jeunes ont tenté l’impossible. Persuadés qu’ils allaient être exécutés dans la colline, ils ont sauté du troisième étage d’une tour. Kevin s’est grièvement blessé, victime d’une fracture ouverte à la jambe.
Incapable de fuir, il a été traîné dans une cave, où il a enduré plusieurs heures de violences. Une riveraine, alertée par ses cris, avait alors contacté les forces de l’ordre. « Il est en train de hurler, hurler, hurler, je ne sais pas ce qu’ils lui font », avait-elle signalé au téléphone.
Des violences méthodiques selon l’enquête
À la barre, Kevin a confirmé l’ensemble de ses déclarations antérieures, tout comme certaines reconnaissances faites par les accusés. Il a décrit un déchaînement de coups qui ne cessait que lorsque ses agresseurs étaient épuisés. Il a aussi détaillé le rôle de chacun, désignant notamment le chef du réseau comme celui qui « tenait le bâton pendant les deux scènes » de viol et de tentative.
Les faits étaient filmés, y compris lorsque les adolescents étaient contraints de danser nus devant des téléphones portables. Kevin a reconnu qu’en rejoignant le réseau, il n’avait pas mesuré les risques. « À ce moment-là, le seul risque dont j’étais conscient, c’était la police », a-t-il répondu à l’avocat général. Reprenant les mots de son camarade, il a admis : « C’est vrai, on sait ce qui se passe à Marseille ».
Ce témoignage est venu appuyer les explications livrées par la directrice d’enquête. Elle a décrit une méthode implacable : « Ils recrutent des mineurs en leur mettant un pied dans le trafic, en leur inventant de fausses dettes, en les enlevant, en les séquestrant jusqu’à les humilier, les violer, allant jusqu’à diffuser les vidéos sur les réseaux sociaux dans le seul but d’asseoir leur autorité. Tout cela avec une violence qui n’a pas de limite ».
Mardi, la cour doit entendre les accusés. Cinq d’entre eux contestent les faits.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP










Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.