Municipales 2026 - Faut-il rallumer les réverbères pour rassurer les habitants et lutter contre l’insécurité ? Alors que de nombreuses communes avaient fait le choix de l’extinction nocturne pour des raisons économiques et environnementales, le débat revient au cœur de la campagne municipale. Pourtant, les études disponibles montrent que la baisse de l’éclairage public n’entraîne pas automatiquement une hausse de la délinquance.
Dans de nombreuses villes, la question fait désormais partie des discussions de quartier, parfois avec passion. Entre inquiétude des riverains, promesses électorales et contraintes budgétaires, l’éclairage public devient un sujet sensible, capable d’alimenter les débats locaux… parfois jusqu’aux urnes.
Éclairage public et insécurité, un débat relancé dans les communes
Selon des données publiques, plus d’un tiers des communes de France métropolitaine éteignaient leurs réverbères la nuit en 2024. Cette politique répondait à un double objectif : réduire les dépenses énergétiques et limiter la pollution lumineuse. Mais face à l’angoisse de certains habitants, plusieurs municipalités ont décidé de revoir leur copie.
Dans le contexte des municipales, certains candidats ont fait de ce sujet un axe fort de leur discours. À Strasbourg, Pierre Jakubowicz (Horizons) défend ainsi le retour de l’éclairage nocturne. À Paris, Sarah Knafo (Reconquête!) estime qu’un éclairage réduit « met en danger » les habitants. Ces prises de position rencontrent un écho auprès de riverains qui associent souvent obscurité et insécurité.
Les chercheurs reconnaissent que l’obscurité alimente la peur de l’agression et renforce le sentiment d’insécurité. En revanche, l’extinction nocturne de l’éclairage public n’est, à ce jour, pas associée à une hausse démontrée de la criminalité.
Ce que disent les études sur la criminalité et la lumière
Plusieurs travaux anglo-saxons ont observé qu’une diminution de l’éclairage public n’entraîne pas d’augmentation significative des infractions. Parmi les hypothèses avancées, certains chercheurs notent que les habitants sortent moins le soir, réduisant ainsi les occasions de passage à l’acte. Pour commettre un délit, encore faut-il pouvoir y voir suffisamment.
D’autres études, au contraire, ont montré qu’une amélioration de l’éclairage pouvait être associée à une baisse de la délinquance dans certaines zones. Pour Vincent Francis, professeur en criminologie à l’université belge UC Louvain, « il n’y a pas de règle standard ». L’éclairage peut avoir un effet dissuasif sur certaines infractions, notamment celles visant les personnes.
Mais il peut aussi faciliter certains délits. Le spécialiste rappelle que « des études américaines montrent aussi que les vols à l’arraché sont plus facilement commis quand il y a un bon éclairage, qui permet de repérer la cible ». Tout dépend donc du contexte et du type d’infraction.
La configuration des quartiers joue également un rôle déterminant. Dans une zone résidentielle, moins de déplacements nocturnes peuvent renforcer la surveillance informelle des habitations. À l’inverse, dans un centre-ville commerçant, la baisse de fréquentation peut réduire le nombre de témoins potentiels.
La police berlinoise résume ainsi la situation : « Un meilleur éclairage de l’espace public ne conduit pas nécessairement à davantage de sécurité » et « des rues sombres ne conduisent en règle générale pas à une augmentation de la criminalité violente ».
En France, des données encore limitées et des choix au cas par cas
En France, aucune étude scientifique d’ampleur n’a longtemps été disponible sur ce sujet. La seule recherche récente, publiée en janvier 2026, reste pour l’instant préliminaire. Sa chercheuse, Chloé Beaudet, docteure en économie de l’environnement à l’Université Paris-Saclay, souligne que le lien entre éclairage et insécurité est difficile à mesurer, faute de données suffisantes.
Son étude montre qu’entre 2017 et 2023, « contrairement aux arguments fréquents mis en avant par les opposants à ce type de politique, l’extinction de l’éclairage public n’a pas d’impact significatif sur la plupart des crimes ». Les cambriolages ont légèrement augmenté (« 0,35 pour 1.000 foyers), mais pour onze autres catégories, aucun effet statistiquement significatif n’a été observé.
À Bordeaux, la municipalité a réduit la plage d’extinction en février 2025, passant à 02H30-05H00, après des pétitions de riverains. Pour Marc Etcheverry, adjoint chargé de la sécurité, « aucune statistique ne montre une corrélation entre extinction et criminalité ». Il plaide pour une approche fondée sur l’écoute et le dialogue.
Du côté de l’Association des maires de France, Didier Poulhazan insiste sur la nécessité de dépasser l’opposition binaire. « Il ne s’agit pas de dire oui ou non à l’éclairage public la nuit : c’est un outil, dans une boîte à outils », explique-t-il. De plus en plus de communes optent ainsi pour des solutions intermédiaires, modulant la puissance selon les quartiers, les horaires ou le passage des véhicules.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP










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