À Marseille, le salon Euromaritime réunit cette semaine les grands acteurs européens du transport maritime autour d’un défi majeur pour le secteur. Chantiers navals, armateurs et industriels se penchent sur la décarbonation d’une industrie qui transporte l’essentiel des marchandises mondiales, mais qui peine encore à trouver des solutions viables à grande échelle.
Dans les allées du parc des expositions, le constat est partagé et parfois brutal. Aucune technologie miracle n’est aujourd’hui capable de transformer rapidement des milliers de navires géants, indispensables à la mondialisation des échanges. Pourtant, l’urgence climatique s’impose à tous, et le transport maritime, responsable de 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, n’échappe plus à la pression.
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À Marseille, la décarbonation au cœur des débats !
Réunis mardi à Marseille pour le salon Euromaritime, les principaux acteurs européens de la construction navale et du transport maritime tentent d’avancer ensemble sur ce chantier complexe. Porte-conteneurs géants, pétroliers et vraquiers assurent à eux seuls près de 90% du transport mondial de marchandises. Mais leur dépendance aux carburants fossiles pose un défi technique et économique majeur.
Les discussions prennent d’autant plus de relief que les négociations internationales menées au sein de l’Organisation maritime internationale n’ont pas abouti. À l’automne dernier, à Londres, les 176 États membres n’ont pas réussi à s’entendre sur un cadre contraignant imposant une baisse progressive des émissions des navires de plus de 5.000 tonnes dès 2028. Une impasse largement attribuée à la pression exercée par les États-Unis de Donald Trump.
En Europe toutefois, le discours se veut plus offensif. « La décarbonation n’est pas une option, elle est une exigence », affirme Samira Draoua, directrice générale de LD Armateurs et présidente de l’édition 2026 du salon. Elle insiste sur l’ampleur des transformations à engager, rappelant que cette transition passe par des investissements lourds, la commande de navires de nouvelle génération et une remise en question profonde des modèles économiques actuels.
Désaccords sur les solutions techniques
Plus de 300 exposants sont présents jusqu’à jeudi, avec des délégations venues de pays maritimes majeurs comme la Norvège ou la Grèce, mais aussi d’Asie et du Moyen-Orient. Le salon met en lumière une grande diversité d’innovations, de la motorisation électrique à l’hydrogène, en passant par de nouvelles formes de propulsion.
Mercredi, trois ministres français doivent également se rendre sur place. Catherine Chabaud pour la Mer, Sébastien Martin pour l’Industrie et Philippe Tabarot pour les Transports sont attendus, signe de l’importance stratégique accordée au secteur.
Contrairement à l’aérien, qui mise surtout sur les e-carburants, ou à l’automobile, largement tournée vers l’électrification, le maritime doit composer avec des profils de navires très différents. « Chaque profil de navire ne peut pas adopter les mêmes solutions », explique Philippe Missoffe, délégué général du GICAN, le syndicat de la construction navale.
Le GICAN a ainsi identifié onze leviers pour réduire les émissions, allant des nouveaux carburants à la propulsion à voile, sans oublier l’électrification des ports à quai. Un effort colossal, puisqu’en France, un budget annuel de 1,3 milliard d’euros serait nécessaire pour décarboner à la fois la flotte et les infrastructures portuaires.
Les ONG restent prudentes. « Il y a effectivement beaucoup d’innovations dans ce secteur, mais aucune n’est encore disponible en quantité industrielle pour tout un territoire », observe Fanny Pointet, de l’ONG Transport et Environnement. Elle met en garde contre certaines pistes, estimant que les biocarburants ou le gaz naturel liquéfié ne constituent pas des réponses satisfaisantes, et plaide plutôt pour le développement de carburants de synthèse produits à partir d’électricité décarbonée.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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