Depuis décembre 2024, Pontus Lidberg est à la tête du Ballet Nice Méditerranée. Chorégraphe mondialement reconnu, il arrive à Nice avec une ambition claire : replacer la création au cœur du projet artistique, dynamiser la compagnie, et renouer avec l’audace. Sous le ciel azuréen, ce créateur exigeant et passionné rêve d’inscrire le ballet dans une nouvelle ère, à la croisée des disciplines, entre héritage et modernité. Rencontre.
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Pourquoi avoir choisi de rejoindre le Ballet Nice Méditerranée ?
J’ai postulé lors du concours, et me voilà ici. Ce n’était pas spécialement prévu : j’avais déjà dirigé une compagnie de danse contemporaine à Copenhague, au Danemark, plus petite. Plusieurs facteurs m’ont poussé à candidater à l’Opéra de Nice. Je travaille partout dans le monde, ce qui implique énormément de voyages – quelque chose de très contraignant au quotidien. Je ressentais le besoin de m’ancrer, de passer plusieurs années dans un même lieu pour pouvoir vraiment créer, bâtir sur le long terme. Ici, je suis engagé pour trois ans au minimum. C’est très différent d’un projet éphémère de trois mois, et c’est fondamental pour moi.
Comment percevez-vous la scène niçoise et la compagnie que vous dirigez aujourd’hui ?
La ville de Nice est passionnante. Cinquième ville de France, très cosmopolite, avec une richesse humaine et culturelle immense. Concernant la compagnie, elle s’était un peu endormie ces dernières années. Mon ambition est de lui insuffler une renaissance, une énergie nouvelle qui l’ancrera pleinement dans le présent tout en honorant ses racines classiques. Ce n’est jamais facile d’arriver dans une structure existante depuis vingt ans : il ne s’agit pas de maintenir simplement, mais de renouveler, d’élargir, de faire grandir. La compagnie regorge de talents. Nous pouvons faire des choses magnifiques pour Nice, pour la région, et pour la scène française. Je veux transformer le Ballet Nice Méditerranée en une institution artistique phare de ce siècle, et au-delà.
Quelle vision de la danse souhaitez-vous apporter ?
La danse est un immense parapluie : elle englobe une multitude de formes et de traditions différentes. Même au sein du ballet classique, il existe des trajectoires parallèles qui se rencontrent, se mélangent, et donnent naissance à de nouvelles expressions. La polyvalence est essentielle aujourd’hui. Je veux apporter davantage de modernité, créer des œuvres inédites spécifiquement pour Nice, des pièces qui n’existeront qu’ici. Il y a de magnifiques ballets qui n’ont jamais été interprétés à Nice : par exemple, cela fait longtemps qu’on n’y a pas vu Casse-Noisette. Nous allons proposer une nouvelle version, signée Benjamin Millepied, une figure immense du monde de la danse. Dix-huit spectacles sont déjà programmés pour la saison prochaine : de la création, de l’inédit, et de grands classiques revisités.

Comment voyez-vous la scène chorégraphique française par rapport aux autres pays ?
La France, c’est la culture. L’Allemagne aussi, différemment. Mais aucun autre pays n’a une concentration culturelle comparable à celle de la France et de l’Allemagne. La danse en France est incroyablement riche : l’Opéra de Paris est, selon moi, la meilleure compagnie du monde ; et il existe des centres chorégraphiques nationaux partout sur le territoire. Tout y est possible. À Nice, nous avons une base classique, c’est précieux, car cela existe de moins en moins. Seules quelques compagnies françaises conservent vraiment ce socle : Bordeaux, Toulouse, Paris… C’est vital de préserver cette tradition française tout en l’ouvrant aux dynamiques contemporaines.
Comment travaillez-vous avec vos danseurs ? Quelle liberté leur laissez-vous ?
(Sourire) Je viens de la danse classique. Mes créations personnelles, elles, sont davantage du côté du contemporain, du théâtre dansé. Avec les danseurs classiques, on improvise moins naturellement. Mais lorsque je travaille avec des artistes que je connais bien, il y a une véritable collaboration, un dialogue continu. Je donne des impulsions, des idées, et nous avançons main dans la main. Cette relation de confiance prend du temps à se construire. Quand les danseurs sont moins expérimentés ou que nous nous connaissons moins, je dois évidemment être plus directeur. Ici à Nice, si je reste plusieurs années, j’espère développer ce lien étroit avec la compagnie.
La mémoire et le rêve semblent nourrir votre création. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Je travaille sous plusieurs modalités. Ce qui m’a guidé dans la vie, c’est la danse. Mais ce n’est pas tant la danse en elle-même que l’acte de créer qui m’attire profondément. À terme, j’aimerais aussi me tourner davantage vers le cinéma. C’est un art où presque aucune limite technique n’entrave l’imagination : tout ce que l’on rêve peut être réalisé. Sur scène, il y a toujours des contraintes. Au cinéma, on peut plonger dans des univers oniriques, dans les rêves des hommes. J’aime cette liberté infinie.
Comment naît une création chez vous ?
C’est très difficile à expliquer. Je porte des images en moi, très claires, très fortes. Ensuite, tout mon travail consiste à trouver comment les rendre possibles. C’est un besoin viscéral.
Nice vous inspire-t-elle déjà ?
(Sourire) Bien sûr ! J’ai travaillé dans le monde entier, et pourtant je me sens plus inspiré dans les pays du Sud ou tropicaux, alors que je suis originaire du Nord. Le climat, la lumière, la beauté environnante changent la vie des hommes, et donc leur capacité à créer. À Nice, je me sens bien, chez moi.
De quoi rêvez-vous ?
De l’œuvre totale, comme l’envisageait Wagner : réunir la musique, le mouvement, l’histoire, le visuel… tout en un. C’est un rêve extrêmement difficile, peut-être même impossible, mais c’est ce qui m’inspire. Je ne veux pas me limiter à la chorégraphie, mais créer tout ce qui est visible sur scène. D’où mon attrait pour le cinéma. D’ailleurs, j’ai un film prêt à produire : le scénario est dans ma poche.




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