Les obsèques de Mehdi Kessaci, jeune Marseillais de 20 ans assassiné, rassemblent mardi une ville meurtrie, sidérée par cette « nouvelle étape dans l’horreur » du narcobanditisme et inquiète de voir le silence s’installer.
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Dans la deuxième ville de France, régulièrement frappée par les homicides liés au trafic de drogue, le tissu associatif et militant impliqué sur ces questions se dit en état de choc.
Cette fois, c’est la famille d’un des visages de cette mobilisation, Amine Kessaci, engagé publiquement et médiatiquement contre les trafiquants depuis plusieurs années, qui est touchée. Le jeune homme avait fait de ce combat une priorité depuis la mort de son grand frère Brahim en 2020 lors d’un règlement de comptes, un drame qualifié de « crime d’intimidation » constituant « un point de bascule » par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Sur le parking où son petit frère Mehdi a été abattu jeudi, les gerbes et bouquets s’accumulent. Christine Didon, les yeux rougis, fixe des roses blanches sur un pylône. « Perdre comme ça deux enfants, c’est inhumain », confie cette professeure des écoles retraitée, qui déplore la paupérisation des quartiers marseillais sur laquelle prospèrent les trafics.
Jeanine, 75 ans, se dit « catastrophée et en même temps désemparée. C’est quasiment tous les jours que l’on a des trucs de ce genre », résumant la lassitude et l’angoisse d’habitants confrontés à des violences devenues quasi quotidiennes.
Alors que la ville est en deuil, un homme est tué par balles dans le 13e arrondissement, troisième homicide commis en plein jour depuis le début du mois d’octobre avec celui de Mehdi Kessaci.
Marseille face au narcobanditisme : la peur, la colère et l’espoir d’un sursaut collectif
Au lendemain de son assassinat à Frais-Vallon, beaucoup d’habitants n’osaient pas s’exprimer. Un homme de 60 ans, installé dans le quartier depuis plus de vingt ans, explique que « c’est de pire en pire » et estime que « Là, ils ont dépassé les limites, c’est trop ».
Si Marseille est tristement habituée aux règlements de comptes entre bandes rivales pour le contrôle des points de vente de stupéfiants, Mehdi, qui souhaitait devenir policier, était totalement étranger à ces trafics.
Si la thèse actuellement privilégiée se confirme, souligne l’avocat de la famille, Me Mathieu Croizet, « il s’agirait du premier assassinat d’intimidation que Marseille subit », faisant entrer la ville dans une nouvelle phase de violence ciblant des proches de militants.
Amine Kessaci, auteur du livre « Marseille, essuie tes larmes » (Le bruit du monde), paru à la rentrée, y dénonce la « peste » du trafic de drogues. Dans cet ouvrage adressé à son frère Brahim, dont les assassins présumés doivent être jugés dans les prochains mois, il raconte ce deuil et ce combat, qu’il mène avec sa mère, tous deux parties civiles.
Le jeune homme ne s’est pas encore exprimé publiquement. « On est dans le temps des pleurs, le temps de l’action viendra ensuite », indique son avocat, rappelant la volonté d’ « ne pas céder » tout en laissant d’abord place au recueillement.
Du côté des autres familles de victimes, « on est dans un état catastrophique », confie Atika Sadani, qui a perdu une nièce. « Jusqu’à présent on essayait de convaincre les mamans de parler aux médias, mais maintenant on fait quoi ? si on dénonce, ça va pas, si on dénonce pas, ça va pas, on fait quoi ? On a peur », poursuit-elle. Le Collectif des familles de victimes, dont elle fait partie, envisage ainsi de se mettre en retrait pour un temps.
Une de ses anciennes porte-parole estime que l’on a « franchi une nouvelle étape dans l’horreur » et que ce combat devient « trop lourd à porter » pour des proches déjà éprouvés par la perte d’un enfant.
Pour Jean-Baptiste Perrier, criminologue à l’université d’Aix-Marseille, « On franchit un cap supplémentaire dans la peur qui va exister dans ces quartiers, mais qui n’est pas soluble, puisque on ne peut pas décider de les quitter, quand on vit dans un des quartiers au nord de Marseille, c’est souvent parce qu’on n’a pas le choix ». Cette peur, enracinée dans la réalité sociale de la ville, renforce le risque de silence.
« Mais on peut espérer aussi un sursaut comme en Italie contre la mafia, qu’on dise enfin « basta ! »», veut croire Me Croizet, appelant à une mobilisation collective face au narcobanditisme.
Dans le débat politique local, le candidat du Rassemblement National aux municipales, Franck Allisio, réclame la mise en place de l’ « état d’urgence » à Marseille. En réponse, Romain Simmarano, porte-parole de la candidate de la droite et du centre Martine Vassal, souligne que « face au terrorisme islamiste, les Français et les Marseillais ont continué de vivre. Contrairement à ce que pense le Rassemblement National, nous continuerons de vivre et ne cèderons pas aux narcotrafiquants ».
- Ce qu’il faut retenir : Les obsèques de Mehdi Kessaci cristallisent à Marseille la peur et la colère face à un narcobanditisme qui cible désormais les proches de militants. Les familles de victimes, épuisées, hésitent entre la parole publique et le retrait, tandis que la crainte de l’omerta grandit dans les quartiers populaires. Entre appels à un sursaut citoyen et propositions politiques sécuritaires, la ville cherche comment répondre à cette « nouvelle étape dans l’horreur ».
Avec AFP
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