À Orange (Vaucluse), la succession de Jacques Bompard par son fils Yann, en 2021, se retrouve fragilisée par un procès qui s’ouvre mercredi à Marseille et implique aussi la députée RN Marie-France Lorho.
Aux côtés de l’élue Rassemblement national de la 4e circonscription du Vaucluse, Yann Bompard, 39 ans, comparaît jusqu’à vendredi devant le tribunal judiciaire pour des faits de détournements de fonds publics au détriment de l’Assemblée nationale.
Au coeur du dossier, un emploi de collaborateur parlementaire présenté comme fictif, entre novembre 2021 et février 2023. L’Assemblée nationale a chiffré son préjudice à près de 75.000 euros, tandis que le maire d’Orange est poursuivi pour recel de ce détournement présumé à hauteur d’environ 43.000 euros.
Le calendrier ajoute une dimension politique à l’audience : le procès s’invite en pleine séquence municipale dans cette ville d’environ 30.000 habitants, connue pour son théâtre antique. Sur le banc des prévenus se retrouvent deux anciens alliés, désormais opposés.
Le rapprochement avait été acté en août 2017, quand Jacques Bompard, contraint par le cumul des mandats, avait laissé son siège de député à Mme Lorho, sa suppléante. Le Vaucluse est depuis longtemps un terrain favorable à l’extrême droite et compte parmi les départements les plus pauvres de France.
À l’époque, elle siégeait sous l’étiquette Ligue du Sud, le parti d’extrême droite fondé par Jacques Bompard après une rupture avec Jean-Marie Le Pen. C’est au terme de ce premier mandat qu’elle recrute Yann Bompard, avant d’être réélue en 2022 puis en 2024, cette fois sous la bannière RN.
Municipales à Orange : l’affaire des assistants parlementaires bouscule la dynastie Bompard
Depuis une semaine, Marie-France Lorho, jusqu’ici conseillère municipale, a rejoint comme numéro deux la liste RN menée par l’élu municipal Jean-Dominique Artaud pour tenter de conquérir la ville. Un choix qui a déclenché des attaques du maire actuel, qui a notamment lancé « un traître » et « obscur conseiller dont on a entendu la voix de manière publique pour la première fois ».
Au-delà de la discussion sur les faits, l’audience devrait aussi se focaliser sur une possible peine d’inéligibilité, si les culpabilités étaient retenues. Dans la famille Bompard, la question n’est pas théorique : Jacques Bompard avait dû céder la mairie à son fils pendant son 6e mandat, après une condamnation définitive en novembre 2021 pour prise illégale d’intérêt, à un an avec sursis et cinq ans d’inéligibilité.
Pour les municipales de mars, Yann Bompard n’a pas encore officialisé sa candidature, mais il laisse entendre qu’elle est probable. Il affirme d’ailleurs que depuis l’annonce du « traître », « je n’ai pas la sensation que les Orangeois auront envie que je m’arrête ».
Si une inéligibilité venait à tomber, l’époque des Bompard à la tête de la ville s’interromprait, au moins temporairement. Fabienne Haloui, opposante PCF, dit avoir entendu parler d’une rumeur évoquant une possible candidature de Marie-Claude Bompard, l’épouse de Jacques. Elle s’interroge aussi sur le fond : « on peut se demander comment quelqu’un qui était à la fois maire, président de l’intercommunalité et conseiller départemental trouvait encore le temps d’être collaborateur parlementaire…».
Le maire d’Orange estime, lui, que « La fin de l’ère Bompard, elle viendra », tout en exprimant des doutes sur la capacité du RN à s’imposer municipalement : « trahir, pour quoi faire ? Et ça écoeure les gens ».
Pour Christèle Lagier, chercheuse à l’Université d’Avignon et spécialiste du vote Front national, le RN, « hégémonique » avec quatre députés sur cinq circonscriptions dans le Vaucluse, dispose pourtant des atouts pour concurrencer les Bompard sur leur propre terrain. Et, selon elle, « la Ligue du Sud reste un petit parti d’une figure locale, qui a constitué son petit fief, mais, derrière lui, je ne vois pas trop comment cela pourrait lui survivre, elle n’a pas d’héritage en fait. Son fils n’a pas la même assise populaire ni sans doute le même talent politique ».
- Ce qu’il faut retenir : Un procès à Marseille vise la députée RN Marie-France Lorho et le maire d’Orange Yann Bompard, soupçonnés de détournements liés à un emploi de collaborateur parlementaire présenté comme fictif. L’audience tombe en pleine séquence municipale et met face à face deux anciens proches devenus adversaires. L’enjeu judiciaire inclut une possible inéligibilité, avec des conséquences directes sur la dynastie Bompard et sur la compétition locale avec le RN.
Avec AFP







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