Le climat politique se crispe à Marseille, où le scrutin paraît plus incertain que jamais. À Paris, une entente entre écologistes et socialistes se dessine, tandis qu’à Lyon, l’ancien patron de l’OL Jean-Michel Aulas mène la première phase de la campagne.
Dans ces trois plus grandes villes de France, la réforme de la loi dite PLM (Paris, Lyon, Marseille), adoptée l’été dernier, a modifié les règles du vote municipal.
Voici de quelle manière ces nouvelles dispositions peuvent peser sur les équilibres locaux lors des élections municipales des 15 et 22 mars prochains.
Jusqu’ici, les électeurs de ces trois communes élisaient leur conseil d’arrondissement ou de secteur. Les premiers élus de la liste siégeaient ensuite à la fois dans ces instances et au conseil municipal.
Désormais, ils déposeront deux bulletins dans deux urnes séparées, l’une pour le conseil d’arrondissement, l’autre pour le conseil municipal. À Lyon, il y aura même trois bulletins, puisque le vote concerne aussi la Métropole.
Les partisans de la réforme mettent en avant un lien plus direct et une représentation jugée plus fidèle, la prime donnée à la liste arrivée en tête étant ramenée à 25% des sièges, contre 50% auparavant.
Ses opposants redoutent, à l’inverse, des complications pour dégager une majorité absolue, ou encore une « déconnexion » entre conseils d’arrondissement et conseil municipal, observe Jean-Philippe Derosier, professeur de droit public à l’Université de Lille.
Loi PLM : pourquoi le nouveau scrutin peut rebattre les cartes à Paris, Lyon et Marseille
La réforme de la loi PLM « favorise une logique de personnalisation plus forte », explique à l’AFP Charlotte Dolez, enseignante en science politique à Lyon.
Cet élément peut avantager des profils très identifiés, comme la ministre de la Culture Rachida Dati, figure médiatique et tête de liste LR. Elle mène une campagne nourrie de vidéos virales et d’une mise en scène appuyée de son image.
Le nouveau système, où « chaque voix comptera » selon ses défenseurs, pousse aussi les formations politiques à mener campagne partout, plutôt que de se concentrer sur les arrondissements qu’elles pensent pouvoir remporter. Traditionnellement, la gauche domine l’est de la capitale, tandis que la droite s’impose à l’ouest.
La France insoumise, conduite par Sophia Chikirou, espère tirer parti d’une réforme présentée comme plus représentative. Elle s’oppose aux socialistes, qui sont en passe de conclure une alliance avec les Écologistes.
Le maire écologiste sortant Grégory Doucet, candidat à un second mandat avec l’appui de la gauche hors LFI, voit sa position fragilisée par l’entrée en lice de Jean-Michel Aulas. Tous les partis du centre et de la droite, hors RN, se sont ralliés derrière l’ancien dirigeant emblématique de l’Olympique Lyonnais.
La personnalisation accrue du scrutin pourrait bénéficier à Jean-Michel Aulas, dont la notoriété dépasse largement le public des supporters de football.
Le dispositif précédent donnait aussi davantage de poids aux arrondissements les plus peuplés, qui envoyaient plus de conseillers à la mairie centrale. Or, « la gauche y est plus implantée », rappelle Thomas Dossus, sénateur écologiste et l’un des directeurs de campagne de Grégory Doucet.
Selon lui, la réforme « polarise plus la campagne, et cela nécessite d’être moins implanté que précédemment ». Deux éléments qui pourraient, a priori, jouer en faveur de Jean-Michel Aulas.
À Marseille, le nouveau mode de scrutin ajoute de l’incertitude à une élection déjà très ouverte
La droite d’opposition s’était vivement opposée à cette réforme. Le maire socialiste sortant Benoît Payan, dont une nouvelle candidature ne fait guère de doute même si elle n’est pas encore officialisée, la défendait au contraire avec force.
La majorité sortante, fragilisée par des tensions internes, affrontera une droite et un centre unis derrière Martine Vassal, présidente de la métropole et du département.
Le Rassemblement national, mené par le député Franck Allisio, affiche aussi ses ambitions, tandis que LFI présente une liste avec divers alliés, conduite par le député des quartiers nord Sébastien Delogu, réputé turbulent.
Les derniers sondages placent les trois principaux candidats dans une zone souvent proche de la marge d’erreur. Les possibles alliances ou retraits deviennent donc un sujet central de spéculation.
« Avec l’ancien mode de scrutin, j’aurais pu dire qui allait perdre, là c’est difficile de savoir qui peut gagner », glisse un acteur de longue date de la scène politique marseillaise.
- Ce qu’il faut retenir : La réforme de la loi PLM change le vote municipal à Paris, Lyon et Marseille en séparant davantage les scrutins et en abaissant la prime majoritaire. À Paris et Lyon, la personnalisation du vote pourrait avantager des candidats très identifiés et modifier les stratégies de campagne. À Marseille, où plusieurs blocs sont au coude-à-coude, les alliances et désistements pourraient devenir décisifs.
Avec AFP






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