La cour d’assises des Bouches-du-Rhône a condamné jeudi six hommes à des peines allant de six à dix-huit ans de réclusion pour avoir séquestré et torturé deux mineurs à Marseille en 2022. Une affaire marquée par des violences extrêmes, que l’accusation a qualifiées de « sauvagerie », et qui met en lumière les méthodes d’asservissement pratiquées par certains réseaux de stupéfiants.
Quatre jours d’enfer dans les quartiers nord de Marseille. En janvier 2022, deux adolescents de 16 ans, en fugue et originaires de communes rurales des Bouches-du-Rhône, sont recrutés par un réseau implanté à Frais Vallon. Très vite, la promesse tourne au piège. Les jeunes sont contraints de travailler gratuitement, sous prétexte d’une dette imaginaire. Séquestrés, frappés à coups de pied, de poing et de bâtons, ils subissent des violences répétées.
À Marseille, un réseau accusé de tortures sur deux mineurs
Obligés de danser nus, l’un des deux adolescents affirme avoir subi une tentative de viol et un viol commis avec un bâton. Les six accusés, dont deux frères âgés de 24 et 25 ans présentés comme les gérants du point de deal, ont été identifiés lors de planches photographiques puis de parades d’identification par Kevin, prénom modifié, la victime la plus gravement atteinte.
La cour a suivi les réquisitions de l’avocat général pour les principaux accusés. Les deux frères ont été condamnés à dix-huit ans de réclusion. Un autre homme, décrit par la victime comme « le plus violent », écope de seize ans de prison.
Deux autres accusés, surnommés « Souris » et le « geôlier », ont respectivement été condamnés à quatorze et douze ans de réclusion. Tous deux avaient partiellement reconnu les faits lors des débats, après les avoir niés pendant l’instruction. La cour leur a ainsi accordé une forme de « prime à l’aveu », en prononçant des peines inférieures aux réquisitions.
L’accusation dénonce des méthodes d’asservissement
Dans son réquisitoire, l’avocat général a dénoncé « la sauvagerie » et les « méthodes d’asservissement » exercées contre les « jobbeurs », ces petites mains des trafics. « Pour se procurer une main d’œuvre qui ne coûte strictement rien, on leur invente un carottage dans le produit ou un trou imaginaire dans la comptabilité afin de les faire travailler gratuitement », a-t-il expliqué.
La défense a, de son côté, plaidé l’acquittement des principaux accusés, estimant le dossier uniquement fondé sur les déclarations d’une victime. Me Karim Bouguessa a dénoncé « une justice qui ne veut plus réprimer des faits mais adresser des messages d’exemples. » Avant d’ajouter à la cour : « Ne laissez pas la parole d’un homme briser la vie d’autres hommes ». Son client était désigné comme « celui qui lui a fait les pires choses ».
Me Frédéric Coffano a appelé les juges à « ne pas prendre les déclarations de ce jeune homme pour argent comptant. » « Il fait erreur », a-t-il soutenu, pointant des failles dans l’instruction. « On requiert dix-huit ans mais est-ce qu’ils nous disent la vérité, ces deux mineurs qui fuguent et vont travailler dans le trafic de stupéfiants ? »
Le seul accusé comparaissant libre, défendu par Me Nicolas Lemoine, a été condamné à six ans de prison. Son avocat avait souligné l’absence de son ADN dans la cave où la victime avait été frappée. À l’énoncé du verdict, le jeune homme a été pris d’une crise d’angoisse, nécessitant l’intervention des pompiers.
Un appel à l’aide resté sans réponse
Lors du procès, Kevin, en visio-conférence depuis une prison où il est détenu pour violences, a raconté avoir tenté, avec son camarade, d’alerter la police en distribuant des messages aux consommateurs qu’ils servaient : « Bonjour, séquestrés par le réseau. SVP appelle la police. Ils nous oblige (sic) à vendre gratuit, on a 13 ans, ils nous ont tabassés avec des barres. On a besoin d’aide ».
Après quatre jours d’exploitation forcée, les deux adolescents ont sauté du troisième étage d’une tour pour tenter d’échapper à leurs tortionnaires. Blessé par une fracture ouverte à la jambe, Kevin a été traîné dans une cave pour subir trois à quatre heures supplémentaires de sévices, dans ce lieu qualifié par l’accusation de « véritables salle de tortures ».
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP










Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.