Sept ans après l’agression d’une jeune femme lors d’une manifestation à Marseille, quatre policiers ont été présentés jeudi devant un juge d’instruction, a appris l’AFP de sources concordantes.
D’après une information de La Provence confirmée par une source judiciaire, plusieurs fonctionnaires avaient été auditionnés, dont quatre placés en garde à vue. Ces quatre policiers ont été déférés pour non-assistance à personne en danger, selon des sources proches du dossier.
Les faits remontent au 8 décembre 2018, en plein mouvement des « gilets jaunes », alors que Marseille traversait aussi la crise du logement insalubre, qui avait provoqué l’effondrement d’un immeuble et la mort de huit habitants quelques semaines plus tôt.
Maria (prénom d’emprunt), 19 ans, vendeuse à l’époque, venait de quitter son travail lorsqu’elle a été touchée à la cuisse par un tir de LBD dans une ruelle commerçante. Plaquée au sol, elle aurait ensuite subi de violents coups de pieds et de matraques de la part d’une quinzaine de policiers, entraînant une fracture du crâne.
Une photo prise à l’hôpital illustre la brutalité de l’agression : crâne partiellement rasé, deux larges cicatrices visibles. La jeune femme a souffert de lourdes séquelles physiques et psychologiques.
Ce jour-là, près de 500 policiers étaient déployés dans un contexte qualifié d’« insurrectionnel » par un chef d’état-major : 680 grenades lacrymogènes utilisées, 80 tirs de LBD, 47 arrestations et deux agents blessés.
Maria a déposé plainte le 19 décembre 2018 auprès de l’IGPN.
Une enquête complexe relancée pour tenter d’identifier les responsables
Une information judiciaire avait été ouverte en juillet 2019 pour violences aggravées et non-assistance à personne en danger. Mais l’enquête a rapidement marqué le pas : les enregistrements radio d’Acropol ont été supprimés deux mois après, conformément à une directive interne. Les images de vidéosurveillance de la ville avaient été conservées dix jours seulement, puis effacées, tandis que les vidéos de riverains n’ont pas permis d’identifier les agresseurs.
Le logiciel Pégase, chargé de suivre les interventions et déplacements des effectifs, était en panne durant une large plage horaire le jour des faits. L’avocat de Maria avait alors réclamé l’expertise d’un spécialiste en informatique.
Certains soupçons avaient porté sur trois agents, mais ils n’ont pas été inquiétés. En décembre 2020, le juge d’instruction avait conclu : « Sans l’ombre d’un doute, les individus qui ont violenté (Maria) avaient tous la qualité de fonctionnaires de police et ces violences sont d’autant plus inacceptables qu’elles ont été commises de façon purement gratuite. »
« J’ai été abandonnée. Ils n’ont rien cherché », dénonçait Maria dans un entretien à l’AFP en 2020.
Fermé une première fois, le dossier a été rouvert grâce à un témoignage visuel, avant d’être de nouveau clos en 2022, toujours sans mise en examen. Mais en juin 2023, la justice a rejeté cette décision et ordonné de nouvelles investigations.
Cette reprise des investigations vise notamment à exploiter les dossiers des 47 interpellations menées ce jour-là, dont 20 accompagnées d’images vidéo. Elles pourraient, selon l’avocat de Maria, Me Brice Grazzini, « retracer le parcours des agents ayant commis les violences, voire identifier des visages de façon plus précise ».
Avec AFP





Vous pouvez montrer à nous ces directives datées, signées ? Je veux dire, celles qui disent de ne pas garder des images de trafic de drogues. Parce que au vu de trouver une copie d’une de ces vidéos qu’ils disent qu’il n’a pas, celle de plus de 2 mois après, on va poser des questions.