Municipales 2026 - À Marseille, les poubelles qui débordent et les transports saturés s’invitent au cœur de la campagne municipale. Pourtant, ces compétences relèvent officiellement de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Le scrutin reste néanmoins décisif, car le futur maire pèsera sur les décisions de cet établissement public qui gère notamment les mobilités, les routes et la collecte des déchets.
Dans les rues de Marseille, les sacs d’ordures débordant sur la chaussée ou les embouteillages quotidiens alimentent les discussions de campagne. Ces sujets dominent les préoccupations des habitants alors même que la ville n’en a plus directement la compétence.
Propreté et transports au centre des préoccupations
Depuis 2016, la gestion de la propreté, des transports et de l’entretien des routes dépend de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Cette structure regroupe 92 communes, près de 1,8 million d’habitants et dispose d’un budget de cinq milliards d’euros.
Le maire sortant Benoît Payan reconnaît l’importance du sujet. « La propreté, c’est un irritant pour les Marseillais, on est interpellé tous les jours », souligne-t-il. L’élu divers gauche rappelle cependant que la compétence n’est plus exercée par la ville.
Selon un sondage récent, la propreté arrive largement en tête des préoccupations des électeurs pour les municipales, citée par 64% des personnes interrogées. La sécurité suit avec 60%, tandis que la circulation (29%) et les transports (28%) apparaissent loin derrière.
Dans ce contexte, la municipalité sortante accuse la présidente de la métropole, Martine Vassal, également candidate de la droite et du centre à Marseille, d’avoir « sciemment abandonné » la ville-centre au profit d’autres communes. Sur les réseaux sociaux, photos de déchets et messages politiques se multiplient, chacun rejetant la responsabilité sur l’autre camp.
Un enjeu politique autour de la Métropole
Au-delà des polémiques locales, la question du pouvoir métropolitain pèse lourd dans l’élection. Le vainqueur des municipales pourrait renforcer son influence au sein de la Métropole Aix-Marseille-Provence.
La ville de Marseille y envoie 101 conseillers sur les 238 que compte l’assemblée. Le futur maire devrait donc peser davantage dans les décisions, notamment si la réforme de la loi « PLM » (Paris, Lyon, Marseille) aboutit.
Le président Emmanuel Macron avait lui-même dénoncé les éternelles « chicayas » marseillaises autour de ces compétences partagées.
Dans cette campagne, chaque candidat avance ses solutions. Benoît Payan propose notamment de « recréer des cantonniers » par quartier, d’augmenter le nombre de poubelles et de doubler les tournées de ramassage.
Le candidat du Rassemblement national Franck Allisio souhaite équiper les agents municipaux de caméras-piétons pour sanctionner les personnes prises en flagrant délit « de crachat ou déjection canine ».
Martine Vassal défend une autre option. Si elle devient maire de Marseille, elle veut récupérer la compétence propreté pour la confier aux mairies de secteur.
De son côté, le candidat LFI Sébastien Delogu plaide pour une régie publique et la création d’un centre de commandement afin d’intervenir rapidement contre les dépôts sauvages. Il souhaite également réduire la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, qui atteint 18,10%, contre 5,27% à Lyon et 6,21% à Paris.
Une ville encore très dépendante de la voiture
La question des transports occupe aussi une place importante dans la campagne. Pour l’urbaniste Marie-Laure Lambert, enseignante-chercheure à l’Université d’Aix-Marseille, Marseille accuse « un retard à l’allumage ».
« Le premier plan de déplacement urbain à Marseille a été de faire arriver l’autoroute jusqu’en ville. Il a fallu revoir la copie », explique cette spécialiste de l’urbanisme.
L’inauguration en janvier du prolongement d’une ligne de tramway vers les quartiers nord, plus de dix ans après son lancement initial, illustre ce retard des infrastructures. Marseille compte aujourd’hui deux lignes de métro et trois lignes de tramway pour près de 900.000 habitants.
Le plan « Marseille en grand », lancé par Emmanuel Macron, prévoit d’ailleurs un milliard d’euros pour améliorer la mobilité dans la ville.
Marie-Laure Lambert estime aussi que la gouvernance métropolitaine complique la situation. « Les personnes en charge des transports ne les utilisent pas nécessairement. Elles habitent à Aix-en-Provence et empruntent encore moins les transports en commun ou le vélo à Marseille », observe-t-elle.
Martine Vassal met en avant plusieurs réalisations depuis son arrivée à la tête de la métropole en 2018, comme 4.000 vélos électriques en libre-service, l’extension du tramway ou le renouvellement des rames de métro. Elle promet également un métro prolongé jusqu’à 1H00 et un tramway sur le littoral sud.
Benoît Payan accuse au contraire la métropole de freiner la mobilité. « Circuler à Marseille ne doit plus être le cauchemar que nous connaissons aujourd’hui du fait de la négligence de la Métropole », déclare-t-il, en promettant une extension du tramway vers le Nord, l’Est et le Sud ainsi que 300 km de pistes cyclables.
Pour Sébastien Delogu, « la priorité est de renouveler les bus qui tombent en morceaux et d’améliorer les conditions de travail » des chauffeurs. Il souhaite aussi mettre fin au « racket » des tunnels urbains payants en plaidant pour leur municipalisation.
Pour réduire la place du « tout voiture », les quatre principaux candidats avancent une même mesure : la gratuité des transports publics jusqu’à 26 ans.
Ce qui est important
- La propreté est la première préoccupation des électeurs marseillais avec 64% des personnes interrogées dans un sondage récent.
- Ces sujets dépendent de la Métropole Aix-Marseille-Provence, mais la mairie peut peser dans ses décisions grâce aux 101 conseillers métropolitains envoyés par la ville.
- Les principaux candidats avancent des solutions sur la propreté et les transports, deux thèmes centraux de la campagne municipale.



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