L’influence de Jacques Bompard a pesé mercredi au procès de son fils Yann, maire d’Orange, jugé avec la députée RN du Vaucluse Marie-France Lorho pour un emploi présumé fictif, un dossier sensible à trois mois des municipales.
C’est Jacques Bompard, alors maire d’Orange, qui avait lancé Mme Lorho en politique dès 2001 : cette ancienne déléguée médicale devient conseillère municipale, puis accède au poste de première adjointe.
Elle devient aussi sa suppléante aux législatives en 2017, avant de prendre son siège à l’Assemblée sous l’étiquette Ligue du Sud, micro-parti d’extrême droite qu’il a fondé. Elle est réélue en 2022, puis en 2024 après la dissolution, mais cette fois sous l’étiquette Rassemblement National (RN).
Yann Bompard est alors recruté comme collaborateur parlementaire, comme il l’avait déjà été pour son père.
Le procès, organisé mercredi et jeudi au tribunal judiciaire de Marseille, se penche sur la période où Yann devient maire à la place de son père, condamné pour prise illégale d’intérêt. La période visée va de décembre 2021 à février 2023, jusqu’à la fin de son contrat de collaborateur parlementaire.
Le préjudice avancé pour l’Assemblée, partie civile, serait de 75 000 euros.
À la barre, les deux prévenus, désormais officiellement concurrents politiques aux municipales de mars, ont longuement cherché à démontrer la réalité du travail de Yann. En cas de condamnation, une peine d’inéligibilité pourrait ruiner leurs ambitions politiques respectives.
Emploi présumé fictif à Orange : ce que l’accusation reproche à Yann Bompard et Marie-France Lorho
Mme Lorho a assuré qu’il « a fait des articles » sur sa page Facebook, rédigé « des discours, écrit des courriers aux administrés » et participé à une « veille médiatique », sans compter « tout le relationnel » mené pour elle à Orange. Mais elle dit qu’il était impossible de conserver « toutes les traces de ce travail », tandis que des écoutes jugées accablantes d’une conversation entre Mme Lorho et l’un de ses autres collaborateurs entretiennent un sérieux doute sur la réalité de l’emploi.
Yann Bompard conteste et met en avant qu’en étant maire, il appelait encore « publiquement » Mme Lorho « patronne ».
La députée, elle, affirme qu’il n’y avait pas « de lien de subordination entre Yann Bompard » et elle, « car je me sentais redevable à Jacques Bompard de mon poste et jamais dans ma tête je n’ai pensé à lui donner des ordres ». Elle ajoute : « J’étais un peu effrayée, voire beaucoup, par la réaction que pouvait avoir Jacques si je me séparais de Yann ». Elle dit aussi avoir été « insultée » à cette période par la femme de Jacques Bompard, notamment sur les marchés.
Elle envisage pourtant d’écarter Yann Bompard après la « rupture politique » liée à sa réélection comme députée en 2022, lorsqu’elle refuse de partager avec la Ligue du Sud et Reconquête les fonds versés par l’Assemblée nationale, en les réservant au seul RN.
« Elle a tourné le dos aux deux autres étiquettes, je pensais pourtant qu’il y avait une opportunité pour l’union des droites », a déploré M. Bompard. Il rejette fermement l’idée d’une influence continue de son père : « Ça ne tient pas debout ! Il a 82 ans, il est retraité, il aime la politique, certes, mais, lorsque j’ai été élu, il m’a dit : « c’est ton bureau, je m’en vais»».
C’est précisément l’accumulation de la fonction de maire avec celles de collaborateur parlementaire, de conseiller départemental et de président de l’intercommunalité qui interpelle l’accusation, évoquant un « télescopage » entre ces responsabilités. Elle questionne aussi « la nécessité de deux salaires ». À partir de ce moment, Mme Lorho, constatant que M. Bompard est moins disponible tout en reconnaissant son apport, décide de le basculer à mi-temps.
L’élu répond qu’il participait à des réunions locales « en tant que tout », et affirme : « jamais je n’ai senti que je volais l’argent et que je ne faisais pas le métier pour lequel j’étais payé ».
- Ce qu’il faut retenir : Le procès à Marseille vise un emploi présumé fictif impliquant Yann Bompard et la députée RN Marie-France Lorho, sur la période décembre 2021 à février 2023. L’Assemblée nationale évalue le préjudice à 75 000 euros et l’accusation insiste sur un possible « télescopage » de fonctions et sur « la nécessité de deux salaires ». Les prévenus défendent la réalité du travail effectué, dans un contexte politique tendu à l’approche des municipales.
Avec AFP






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