Face aux questions soulevées par le programme immobilier Chagall, aux tensions liées à l’urbanisation grandissante et aux projets en cours, comme les halles municipales et la couverture de la piscine, le maire de Vence s’exprime dans Nice-Presse.
- Dossier spécial Vence - Plein zoom sur nos communes des Alpes-Maritimes, au plus près du terrain : reportages, portraits, interviews… Les réussites de nos territoires, portées par leurs figures locales.
À Vence, un projet cristallise les tensions : le programme immobilier Chagall, dont l’îlot 1, livré en octobre dernier, est décrié. Tout le monde semble se renvoyer la balle. À qui la faute ?
Il suffit de regarder les conseils municipaux relatifs à ce dossier. Ce mardi, nous remettrons les choses à plat. Nous sommes assez amusés de voir des élus de l’opposition, comme Patrick Scalzo et Patrice Miran, affirmer aujourd’hui qu’il aurait fallu abandonner Chagall, alors qu’ils ne s’y sont pas opposés lorsqu’ils en avaient la responsabilité. En 2018, le premier s’est abstenu et le second a voté en faveur du projet ! Pour rappel, ce dossier remonte à plus de vingt ans ans.

Depuis, chaque municipalité a repris le dossier en main. Mais c’est bien entre 2014 et 2020 que la majorité en place a validé le projet dans sa forme actuelle. Le préfet a délivré le permis sur la base du conseil municipal du 24 septembre 2018. Quand j’ai été élu en 2020, le tout était juridiquement inattaquable : le permis était purgé de tout recours. Ceux qui contestent aujourd’hui sont ceux qui l’ont validé à l’époque !
Quelle est votre position actuelle ?
Nous voulons végétaliser au maximum l’îlot 1 pour l’améliorer visuellement. Quant à l’îlot 2, qui suscite encore plus d’inquiétudes, nous bloquons son lancement et ne libérerons pas l’actuel parking tant que le tribunal ne nous y contraindra pas.
Nous espérons parvenir à un compromis. Nous avons demandé à repartir d’une feuille blanche avec une nouvelle architecture et une étude de circulation, qui n’avait pas été réalisée initialement.
Ce projet pose la question de l’urbanisation galopante. Des collectifs se sont créés pour y mettre fin. Quel est votre regard sur la situation ?
Il y a 617 personnes en attente de logement sur la commune. Ce sont des familles, des jeunes actifs, des personnes en grande difficulté, qui nous envoient des lettres poignantes. Nous devons leur apporter des solutions.
L’équilibre entre logements accessibles et préservation du cadre de vie est délicat. La loi nous impose 25 % de logements sociaux. Nous sommes à 7 %. Si nous ne démontrons pas un effort, le préfet peut nous sanctionner lourdement : une amende de près d’un million d’euros par an, et la perte du droit de préemption. À terme, l’État pourrait imposer directement la construction de logements sociaux sur des terrains qu’il aurait préemptés.

Concernant le collectif citoyen, je note qu’il a des idées intéressantes. Il a proposé une charte de l’urbanisme plus précise que le PLU (plan local d’urbanisme, ndlr), que nous avons immédiatement adoptée. Mais il faut se poser la question : où étaient ces citoyens lors des deux mois de recours possibles contre Chagall, une fois le permis de construire déposé ?
En dehors de Chagall, quels sont les programmes immobiliers à venir ?
Pour le programme en dessous du Leclerc, avenue Emile Hugues, c’est un projet datant du précédent mandat, qui a été déplacé et qui devait initialement être construit dans le quartier de La Sine.
Concernant les Cadrans Solaires, le propriétaire nous a signifié qu’il avait besoin de rénover son établissement. Il s’agit d’un projet de plusieurs millions d’euros pour remettre le site aux normes. Ils menaçaient de quitter Vence et de fermer la clinique. Nous tenons aux Cadrans Solaires, qui représentent 200 emplois et accueillent de nombreux enfants malades scolarisés. Nous voulons donc préserver cette structure. Le propriétaire nous a expliqué qu’il devait vendre une partie du terrain pour financer la réhabilitation de l’établissement.
« En 2020, lors de notre campagne, nous avions trois grands projets, qui seront tous tenus »
J’ai donc imposé une concertation publique, une idée suggérée par le collectif citoyen, pour bloquer le projet dans sa version initiale et le repenser. Le maire peut prendre un arrêté imposant aux promoteurs qu’un projet de plus de trente appartements fasse l’objet d’une présentation publique et d’une concertation avant validation. C’est ce que j’ai fait, et ils ont ainsi revu leur projet.
Cette démarche du collectif est positive, et je les remercie pour leur engagement.
Pour ce qui est des Pépinières Gaudissart, situées à La Sine, un projet est à l’étude. La zone est constructible, et nous n’avons pas le choix, le propriétaire ayant vendu ses terrains. À moins de racheter ces parcelles, il n’y a pas d’autre solution. Nous serons attentifs au respect des nouvelles règles mises en place grâce à la charte d’urbanisme.
Halles gourmandes, couverture de la piscine Jean Maret… Beaucoup de projets sont en cours sur la commune, où en est-on ?
En 2020, lors de notre campagne, nous avions trois grands projets. Nous voulions mettre en place des navettes gratuites pour faciliter l’accès au centre-ville et soutenir le petit commerce local. Cela a été fait, et c’est un immense succès. Nous recevons des remerciements quotidiens de la part des habitants.
Nous souhaitions également redynamiser la cité historique, en créant une locomotive économique avec les Halles municipales, tout en valorisant le patrimoine. C’est dans cette optique que nous avons entrepris la rénovation de l’ancien hôtel de ville, qui jouxte les halles municipales vieillissantes, et qui seront inaugurées en fin d’année.

Elles seront complétées par le nouveau marché de la place Georges Clemenceau, que nous venons de lancer. Certains évoquent la possibilité de déplacer le marché de la place du Grand Jardin, mais ce dernier est historique et fonctionne très bien. Les consommateurs en sont satisfaits.
Nous avons donc fait le choix d’étendre son influence dans la cité historique, avec une présence place Clémenceau un samedi sur deux.
Enfin, la couverture de la piscine municipale était notre troisième grande promesse de campagne. Ce projet sera validé aujourd’hui, lors du conseil municipal, et il sera tenu. Les travaux débuteront prochainement.
Vence semble parfois manquer de notoriété. Que répondez-vous à ceux qui estiment que la ville est en perte d’attractivité ?
Certains affirment que la commune se meurt, alors que nous avons été classés première du département parmi les « Villes de rêve », selon plusieurs critères, comme l’a récemment relayé Nice-Presse.
Nous avons également obtenu le label « Pays d’Art et d’Histoire ». Cela reflète la réalité. Bien sûr, il y aura toujours des critiques, mais souvent, elles visent davantage l’équipe en place que la ville elle-même.
Pourtant, chaque jour, lorsque j’échange avec des visiteurs extérieurs, ils me disent tous : « Quelle ville agréable ! On aimerait bien vivre ici. » Si on tient à sa cité, on ne la dénigre pas si facilement.
« Tout ce qui concerne la sécurité relève entièrement du maire, en totale indépendance »
L’an dernier, nous avons organisé 260 manifestations. Il y a donc une véritable dynamique culturelle et événementielle. D’un autre côté, nous souhaitons aussi préserver notre cadre de vie. Si nous attirions soudainement trop de monde, comment réagiraient les Vençois ?
Tout n’est pas parfait, bien sûr. Mais, globalement, nous entendons bien plus de « vous avez de la chance » que des critiques acerbes.
Êtes-vous favorable à la mutualisation du visionnage des caméras de surveillance des villes de la Métropole et donc de Vence dans le futur « hôtel des polices » de Nice ?
Je suis contre. C’est une compétence qui aurait pu déjà être déléguée. Nous aurions pu transférer notre police municipale à l’échelle de la Métropole, mais aucun maire – moi le premier – n’y est favorable !
Tout ce qui concerne la sécurité relève entièrement du maire, en totale indépendance. Nous disposons actuellement de 120 caméras, et nous allons encore renforcer notre dispositif. Les pouvoirs du maire en matière de sécurité resteront toujours entre ses mains.
Le contexte économique apparaît très dégradé. Comment se porte le budget 2025 de la commune ?
En début de mandat, on travaille sur les projets, ce qui prend beaucoup de temps en raison des procédures administratives : études, montage des dossiers, obtention des permis de construire, études architecturales… À l’exception des navettes, qui ont été plus faciles à mettre en place, la majorité des projets vont se concrétiser sur cette fin de mandat et même sur le suivant.

Les budgets sont toujours plus impactés en fin de mandat, il est donc difficile de comparer la première année à la dernière. Ma ligne de conduite est claire : chaque projet est financé à 30 % par les fonds publics (impôts), 30 % par des subventions et 30 % par des prêts. Cette répartition permet de maîtriser l’endettement tout en continuant à mener à bien nos projets.
Notre budget est en baisse par rapport aux deux années précédentes, mais sur l’ensemble du mandat, nous resterons dans les clous.
Les élections municipales de 2026 approchent à grands pas. Serez-vous candidat à votre propre succession ?
(Sourire) Je n’ai pas encore tranché. Je me réserve le temps de la réflexion. C’est une tâche passionnante, mais aussi exigeante et éprouvante. Il y a beaucoup de contraintes et d’obligations. Avec les réseaux sociaux, on s’en prend plein la figure, souvent par des anonymes qui se lâchent sans retenue. Même quand on est blindé, ce n’est pas toujours agréable.



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