Pour certains de ses proches, Jean Pormanove, décédé lundi en direct sur internet, vivait « sa meilleure vie » depuis sa rencontre avec ses partenaires de streaming. Mais pour ses amis d’avant, « Raph » était un homme « trop gentil » qui a pu se laisser « manipuler ».
Dans son quartier de la Condamine à Drap (Alpes-Maritimes), Raphaël Graven, alias Jean Pormanove ou JP, laisse l’image d’«une personne très appréciée ». Cet ancien militaire avait trouvé dans cette cité tranquille de 1.500 habitants une qualité de vie qu’il n’avait jamais connue dans sa Moselle natale.
« Il vivait ici sa meilleure vie : on allait manger avec lui, on faisait du bateau, on allait à la plage », confie, sous couvert d’anonymat, un proche de l’influenceur Owen Cenazandotti, alias NarutoVie, originaire du quartier, qui avait convaincu JP de s’y installer après avoir découvert ses vidéos de gaming sur Youtube.
Une nouvelle vie à Drap
Avant son installation, « JP vivait chez sa mère, n’avait pas de voiture et n’était jamais allé au resto ! », raconte ce proche. À Drap, il occupait un petit appartement trouvé par Owen Cenazandotti, à quelques kilomètres de Nice.
« Owen lui avait acheté une voiture, une Clio, il y a quatre mois, et l’an dernier, ils étaient allés en Turquie pour une greffe de cheveux », poursuit-il. L’intervention aurait cependant été interrompue, les médecins turcs ayant détecté une faiblesse cardiaque.
« Il mangeait mal, surtout des bonbons, buvait du Coca ou du Red Bull, et fumait énormément », témoigne un jeune du quartier, préférant rester anonyme. Ici, beaucoup disent ne pas comprendre « la polémique » autour des vidéos diffusées en ligne, où les « défis » se traduisaient par des humiliations ou des violences. « C’était comme du théâtre, juste pour buzzer. Jamais personne ne lui aurait fait de mal », assure un autre habitant.
Passé militaire compliqué
Raphaël Graven avait expliqué lui-même à la police, en janvier, que ces mises en scène visaient à faire le buzz et à rapporter de l’argent grâce aux dons des internautes, après l’ouverture d’une enquête pour « violences volontaires sur personnes vulnérables ».
Nicolas Frérot, ancien militaire, l’avait côtoyé plusieurs années sur la base aérienne 128 de Metz-Frescaty. « Il est rentré un petit peu par hasard à l’armée », raconte-t-il. « Quand l’armée lui a proposé de rester, il a accepté. Mais il n’avait pas le niveau et a dû partir. »
Il garde le souvenir de « quelqu’un de très gentil », « un bon gars », mais aussi « pas très intelligent ». « C’était quelqu’un de crédule, vous auriez pu lui faire croire qu’un arbre était bleu. Il était très influençable », dit-il. À l’époque, certains le surnommaient déjà « le cadavre » en raison de sa maigreur et de sa fragilité.
Homme influençable
Après avoir quitté l’armée, Raphaël Graven avait brièvement travaillé dans un abattoir à Metz, avant d’être licencié pour des questions d’hygiène. Sur le groupe Facebook de la base aérienne, d’anciens compagnons d’armes se rappellent toutefois d’«un gentil gars », « le cœur sur la main et toujours volontaire ».
Son ancien camarade Nicolas Frérot se souvient aussi : « Je suis allé chez lui une fois, il avait un problème informatique avec son ordinateur, il n’y connaissait rien ». Pourtant, c’est grâce à internet que Jean Pormanove s’était forgé une notoriété, d’abord dans le gaming, notamment avec ses colères sur « Fortnite » ou « FIFA ».
Ascension numérique fragile
Après avoir rejoint NarutoVie et Safine Hamadi, alias Safine, leur collectif « Le Lokal » a commencé à publier sur Youtube, puis TikTok et enfin Kick, des vidéos de plus en plus dégradantes.
Lorsque Nicolas Frérot découvre ces contenus, il tente de l’alerter : « Je lui disais : +mais putain, Graven, pars de là, reste pas avec tes connards, quoi+». Pour lui, « ils ont clairement profité de lui parce que c’était quelqu’un de crédule. C’était facile de le manipuler ». « La dernière fois que j’ai échangé avec lui, c’était en janvier. Il m’avait dit +t’inquiète, tout va bien dans ma vie+», conclut-il.
Avec AFP



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