Les « haltes soins addictions », longtemps désignées comme « salles de shoot », réduisent les risques sanitaires et contribuent à améliorer la tranquillité publique, selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales publié lundi. Tirant les enseignements de l’expérimentation menée à Paris et à Strasbourg depuis 2016, les inspections recommandent de pérenniser le dispositif, tout en encadrant strictement ses conditions d’implantation.
Un dispositif encore controversé, mais dont les effets sont désormais documentés. Après plusieurs années d’expérimentation, l’heure est au bilan pour ces structures destinées aux usagers de drogues les plus marginalisés, alors que leur avenir faisait débat à l’approche de la fin prévue du cadre expérimental.
Une expérimentation prolongée après neuf ans d’existence
Les haltes soins addictions, officiellement appelées « salles de consommation à moindre risque », existent en France uniquement à Paris et à Strasbourg depuis 2016. Conçues comme une expérimentation, elles devaient initialement prendre fin le 31 décembre 2025. Cette échéance a toutefois été repoussée de deux ans, à la suite d’un amendement au projet de budget de la Sécurité sociale pour 2026.
C’est dans ce contexte que l’Inspection générale des affaires sociales et l’Inspection générale de l’administration ont été chargées d’évaluer l’impact réel de ces deux structures. Leur mission, éclairer le gouvernement sur l’opportunité de maintenir, d’adapter ou d’interrompre ce dispositif, destiné à des usagers de drogues décrits comme « en forte désaffiliation sociale, majoritairement sans domicile fixe ».
Des bénéfices sanitaires clairement identifiés ?
Finalisée en octobre 2024 mais rendue publique lundi, l’évaluation met en avant des résultats jugés probants. Les inspections soulignent d’abord une réduction significative des risques sanitaires pour les consommateurs de drogues injectables. Les haltes soins addictions permettent de limiter les risques infectieux, les surdoses et diverses affections somatiques.
Au-delà des usagers eux-mêmes, l’impact sur la santé publique est également mis en avant. Le rapport relève notamment « dix fois moins de seringues abandonnées dans l’espace public » à proximité de ces structures. Les inspections insistent aussi sur leur rôle de vigie, capable d’identifier les évolutions des pratiques de consommation, comme « la montée en puissance du fentanyl observée grâce à la HSA de Strasbourg ».
Un effet mesuré sur la tranquillité publique
Loin d’aggraver les tensions locales, ces structures contribueraient, selon l’Igas et l’Iga, à « améliorer la tranquillité publique dans les lieux de consommation dans l’espace public, en diminuant les consommations de rue ». Le rapport précise que leur apport sanitaire s’inscrit en complément de la lutte contre la consommation et les trafics de drogues.
Sur le terrain sécuritaire, les inspections notent que « les services de sécurité publique ne relèvent pas de hausse de la délinquance à proximité de ces salles ». Dans certains cas, une baisse de certains faits a même été observée, un élément régulièrement invoqué dans les débats autour de ces dispositifs.
Des conditions strictes pour toute nouvelle implantation
Pour autant, le rapport se garde de toute généralisation. « Toutes les villes n’ont pas vocation à avoir une halte soins addictions », préviennent les inspections, qui estiment que ce type de structure doit répondre à un besoin strictement local. L’opportunité d’ouvrir de nouveaux sites devra être appréciée au cas par cas, dans un cadre désormais appelé à être inscrit dans le droit commun.
Plusieurs conditions de réussite sont identifiées, parmi lesquelles une capacité d’accueil adaptée, une implantation au plus près des lieux de consommation, la proximité d’un hôpital, ainsi qu’une insertion claire dans un chaînage médico-social allant de la prévention aux soins. L’information des riverains et un portage politique assumé de la réduction des risques figurent également parmi les critères jugés essentiels.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP





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