Maire de Saint-Étienne-de-Tinée et vice-présidente de la Métropole niçoise, Colette Fabron défend une montagne vivante, habitée et tournée vers l’avenir. Tourisme quatre saisons, rénovation des domaines skiables, montée en gamme, patrimoine… Bilan et perspectives dans Nice-Presse Dimanche.
Que retenez-vous de la saison estivale ?
Nous avons vécu un bel été. Il commence avec l’ouverture de la route de la Bonette, et dès le mois de mai, nous avons vu affluer randonneurs, cyclistes, motards… Saint-Étienne-de-Tinée est aujourd’hui reconnue comme un point de départ majeur de randonnées, notamment vers le lac de Vens, qui reste un site emblématique, magnifique et très fréquenté.
Le « tourisme quatre saisons » s’installe-t-il vraiment en dehors du ski ?
À Saint-Étienne-de-Tinée, la saison touristique s’étire de mai jusqu’à l’automne. Auron fonctionne surtout en juillet-août. Nous connu une grande fréquentation, avec beaucoup de résidents secondaires, et énormément de Maralpins qui viennent chercher la fraîcheur. Quand il fait trente-cinq degrés sur le littoral, ici, on dort bien, les nuits sont fraîches ! C’est un vrai refuge.
Et puis il y a une clientèle familiale en juillet. Beaucoup de grands-parents qui montent avec les petits. Ce succès repose aussi sur l’offre sportive. Le bike-park, le padel, le tennis, le mini-golf, la randonnée bien sûr… Il y a énormément d’activités, et elles se développent.
Les réservations d’hiver sont déjà bien engagées. Auron continue-t-elle d’attirer malgré un enneigement naturel parfois irrégulier ?
Pour décembre, nous sommes quasiment complets. Avec les vacances de Noël, honnêtement, il devient compliqué de trouver une date. La nouvelle résidence Odalys, avec 400 lits supplémentaires, a ouvert l’an dernier et affiche complet pour toute la saison !
Il faut rappeler que nous avons une vraie vie à l’année. Environ 250 habitants à Auron, 800 à Saint-Étienne-de-Tinée. On parle d’un tourisme quatre saisons, c’est vrai et on y travaille, mais le ski restera toujours le moteur. Malgré ce que l’on entend, les Maralpins y restent très attachés.
La Région a d’ailleurs numérisé une étude station par station pour projeter l’enneigement dans les vingt à trente prochaines années. Auron est identifiée comme ayant toujours du « potentiel neige », grâce à notre altitude, entre 1600 et 2750 mètres.
Face au dérèglement climatique, certains disent qu’il faut renoncer. Les écologistes disent même que vous vous accrochez à l’impossible. Que répondez-vous ?
Je leur réponds que l’écologie, ce n’est pas de l’idéologie, c’est du concret. Ici, on vit, on travaille, on élève ses enfants. Si on coupe le ski demain, on coupe l’économie. Nous faisons évoluer le modèle, mais sans renier ce qui fait vivre nos vallées. Rien que sur les remontées mécaniques, ce sont 200 emplois. Multipliez ceci avec les saisonniers, les commerces, les hébergeurs… Le village vit grâce à cela. Abandonner cette réalité, ce serait condamner le territoire.
Quelles solutions apportez-vous, notamment sur la neige de culture, parfois pointée du doigt ?
L’an dernier, malgré un début de saison difficile, nous avons pu ouvrir nos trois secteurs grâce à la neige artificielle. Nous avons doublé les enneigeurs sur le front de neige. Ils consomment moins d’air, moins d’eau, et produisent plus rapidement. L’eau, nous la rendons, à travers un cycle. Et nous déployons aussi des panneaux photovoltaïques sur nos nouvelles installations.
Quelles sont les nouveautés à venir pour Auron ?
Nous préparons la rénovation complète de la place centrale à horizon 2027. Les réseaux ont été refaits cette année, s’en suivra le pavage et la végétalisation après la prochaine saison d’hiver. Là aussi, nous montons en gamme. En été, le padel connaît un énorme succès. Notre terrain est plein, alors nous en prévoyons d’autres.

Et sur le front de neige ?
Pour cet hiver, nous modernisons le Télériou avec de nouvelles cabines par trains de trois, offrant un meilleur confort et un embarquement plus fluide. Le tout sera accompagné d’une rénovation de la gare intermédiaire. En décembre 2027, nous accueillerons une nouvelle télécabine. Les procédures administratives se feront dès l’année prochaine. Elle desservira les Chastellares via la gare intermédiaire ainsi que Sauma Longue et remplacera le téléski du Riou et le télésiège des Prés. Cette télécabine sera utilisable l’hiver mais aussi l’été, avec une nouvelle piste VTT à la clé.
Votre population continue de croître. Comment créez-vous les conditions pour que les jeunes restent et que les familles s’installent ?
C’est une priorité absolue. Nous travaillons avec nos jeunes pour qu’ils puissent grandir, apprendre et vivre ici. Deux après-midis par semaine, les écoliers montent skier. Le week-end, ceux qui le souhaitent ont accès au club des sports, financé par la commune, et nous prenons en charge les moniteurs. L’objectif est que nos enfants habitent réellement la montagne et ne la quittent pas faute de moyens ou de structures.
J’ai vécu cela moi-même. Je veux transmettre cette chance. Et ça marche. De plus en plus de jeunes couples reviennent après leurs études pour s’installer. Ils trouvent des services, entre crèche, centre de loisirs au village et à la station, maison médicale, médecins à l’année, spécialistes qui viennent régulièrement, deux pharmacies, un collège… Et bien sûr, du travail. Beaucoup sont employés par la station l’hiver, puis dans le BTP ou les activités estivales (golf, VTT…). Cette double saison est une force.
Comment valorisez-vous votre patrimoine local ?
Notre patrimoine est un trésor. À Auron, la chapelle Saint-Érige abrite des fresques vieilles de 400 ans, parmi les plus anciennes du département. Au village, plusieurs chapelles sont classées. Nous les restaurons et nous les valorisons. Nous avons aussi trois petits musées : du lait, de l’école et du four communal. Ils sont anciens, et nous travaillons à les réhabiliter pour en faire de véritables outils de découverte, dans la logique de diversification touristique. C’est un axe très important, faire découvrir notre histoire, notre culture, le savoir-faire.
Tempêtes Alex et Aline, épisodes pluvieux qui se multiplient… Comment s’adapter à ces risques ?
Il faut être honnêtes, nous sommes inquiets quand il pleut beaucoup. Les épisodes que nous avons vécus ont marqué tout le monde. Mais nous avons tiré les leçons et nous sommes organisés. Nous avons un plan communal de sauvegarde et nous travaillons avec la Métropole. La Tinée est surveillée en permanence par des caméras, et nous avons des points de relevés pour intervenir immédiatement. Un réseau de communication de secours a été mis en place. En cas d’éboulement ou de coupure d’électricité, nous disposons de téléphones satellites et de bornes de communication, pour ne jamais être isolés. L’adaptation fait partie de notre réalité.
Aucune épreuve des Jeux Olympiques 2030 n’est prévue à Auron. Êtes-vous déçue ?
Franchement, non. C’est une chance énorme pour la France et pour les Alpes, du Nord comme du Sud. Bien sûr, il faut se partager les épreuves, c’est normal. Le choix a été fait d’utiliser au maximum les infrastructures existantes, et c’est très bien. Nice accueillera les sports de glace, et je sais que la Métropole aura à cœur de mettre en lumière nos stations, dont Auron. La Région Sud aussi. Elle organise déjà la « Tournée des Neiges », qui fait vivre chaque station et crée une dynamique positive. Nous allons tirer bénéfice de cette vitrine, c’est évident.
L’agriculture de montagne souffre partout sur le territoire. Et chez vous ?
«C’est plus difficile qu’avant. Vivre d’une activité agricole, surtout en montagne, c’est compliqué. Mais nous avons ici une belle dynamique d’éleveurs. Trois jeunes se sont installés récemment, et cela nous tient énormément à cœur. Nous les accompagnons, notamment en réhabilitant des cabanes pastorales, pour qu’ils puissent travailler dans de bonnes conditions l’été en altitude. Ils élèvent vaches, moutons, chèvres, et produisent du lait et du fromage. Au total, nous avons cinq éleveurs sur la commune. Ce sont souvent des jeunes qui ont choisi de revenir au pays reprendre l’exploitation familiale. Nous accueillons aussi la transhumance. De nombreux bergers pâturent nos alpages, ce qui entretient le paysage et fait vivre une tradition essentielle. »






