Président du syndicat des taxis du pays mentonnais depuis deux ans, Loïc Delmas représente une trentaine de chauffeurs répartis sur les quinze communes de l’agglomération. Après une première année de prises de contact, il entend désormais « imposer sa patte », comme il l’a confié dans Menton-Presse.
Menton-Presse : Quelles sont vos priorités ?
Loïc Delmas : Nous demandons des bornes de recharge installées dans nos stations et qui nous seraient réservées. Je suis pour l’électrification du parc, c’est sensé et dans l’air du temps.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Il n’y a quasiment rien : une à la mairie de Roquebrune-Cap-Martin, une autre place Alcazar à Beausoleil et c’est à peu près tout. Certains d’entre nous roulent déjà en 100 % électrique, mais il nous manque la possibilité de recharger. Et nous ne pouvons pas financer nos propres bornes. Selon l’éloignement du point de raccordement, le prix varie du simple au double. L’investissement est trop lourd.
La municipalité peut-elle vous aider ?
L’ancienne équipe nous avait promis des bornes, sans résultats. La nouvelle maire, Alexandra Masson (RN), vient d’être élue. Je l’ai déjà rencontrée il y a moins d’un mois, pour une première prise de contact. Mais je veux faire avancer ce dossier : c’est mon objectif.
Pourquoi tenir autant à l’électrique ?
Parce que c’est logique, et qu’avec les véhicules d’aujourd’hui, on a de quoi faire, même pour traverser la CARF. Les nouveaux modèles promettent jusqu’à 800 kilomètres d’autonomie et une recharge en un quart d’heure. Nice et les grandes villes s’y sont mises. Pourquoi pas nous ? Et puis avec le gazole, depuis les tensions dans les pays du Golfe, on ne sait pas de quoi demain sera fait. Beaucoup d’entre nous sont déjà passés à l’hybride.
Comment se porte la concurrence, notamment des VTC ?
Je vais vous surprendre : à l’époque, les VTC nous ont fait du bien. Ils ont « nettoyé » la profession. Avant, avec notre exclusivité, un client perdu ce n’était pas grave, il revenait forcément. Désormais, un client perdu part à la concurrence. On fait donc beaucoup plus attention à la qualité du service.

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
Tant que la loi sur l’exclusivité de la maraude électronique pour les taxis ne sera pas appliquée, on ne pourra pas se défendre correctement. La municipalité n’a pas encore le pouvoir d’agir sur l’occupation du domaine public, et la police municipale est en sous-effectif. J’organise bien quelques contrôles ponctuels avec la Police nationale, mais ils durent deux heures : c’est insuffisant.
Y a-t-il assez de licences sur le territoire ?
Ce n’est pas le nombre, le problème. Nous en avons largement assez. C’est plutôt que certains chauffeurs travaillent à l’extérieur. En transport médical, quand vous achetez une licence à Menton, rien ne vous oblige à y prendre vos clients. Sur la trentaine de licences, une dizaine environ ne travaillent pas sur le territoire. D’où des difficultés, parfois, à répondre à toute la « demande sanitaire ».
Le tourisme sur la Riviera reste-t-il dynamique ?
Très. On voit énormément de touristes, notamment asiatiques. Menton a la réputation d’être l’une des villes les plus « instagrammées » de France. Ils nous demandent de les déposer au pied des escaliers et visitent la ville en une demi-journée, sur quelques points précis. Et le haut de gamme se développe, avec notamment le premier hôtel cinq étoiles de la ville, la Villa Genesis. C’est bon signe.
Vous travaillez donc à l’année ?
Énormément. Nous fonctionnons aussi avec les congrès de Monaco, et nous nous rapprochons de l’Office du tourisme pour être visibles lors des congrès à Menton. Le tourisme d’affaires se développe. Côté croisières, on croise les doigts. Il y a de la demande et le potentiel serait excellent.
Au-delà des bornes, quels sont vos projets ?
Travailler main dans la main avec l’Office du tourisme et les hôteliers, et réorganiser le transport médicalisé, qu’on nous impose désormais en simultané. Mais le grand chantier, c’est l’application. Il faut habituer les clients d’Uber et des VTC à utiliser les nôtres. J’essaie d’ailleurs de monter, avec les syndicats de Nice et de Cannes, une application départementale. Un client qui descend de l’avion télécharge une seule appli et n’en change plus. Ce serait logique.
Qu’est-ce qui bloque ?
La profession manque de cohésion. Chaque ville a son système, chaque chauffeur sa vision du métier, et on ne parvient pas à unifier tout le monde. Ça a toujours été notre problème.






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