Président du syndicat des taxis niçois depuis sept ans, Fabrice Cavallera alerte sur une situation devenue, selon lui, « ingérable ». En pleine préparation de la saison estivale et à l’approche du Festival de Cannes, il évoque une base « à cran ». Prête à durcir le ton.
À ses yeux, les taxis ne peuvent plus faire face à une concurrence qu’il juge déloyale et à un manque criant de contrôles. Invité de Nice-Presse Dimanche, Fabrice Cavallera nous a fait part de ses inquiétudes depuis l’aéroport Nice Côte d’Azur. Entretien.
Vous parlez d’une situation « ingérable » face aux VTC. Quelles pratiques dénoncez-vous à Nice ?
C’est un combat de tous les jours. Depuis qu’un président de la République a ouvert la porte, sous couvert de paix sociale, à un métier de « non-droit », on vit un véritable laisser-aller. Il n’y a quasiment plus de contrôles. Les forces de l’ordre sont débordées, et ce sont de petits manquements, accumulés, qui finissent par tout faire déraper.
À Nice, nous sommes 437 taxis, environ un millier dans le département. Et à l’aéroport, ce sont près de 4000 macarons qui sont délivrés chaque année aux VTC ! Allez faire le tour de l’aéroport : ils sont partout. Sur les parkings, dans les zones de livraison, sur la voie publique, où ils n’ont pourtant pas le droit de stationner.
C’est de la chair à canon. Le turnover est immense dans ce métier. On pousse des chauffeurs à créer des micro-entreprises sans les déclarer, alors qu’ils devraient être salariés. Le système est bancal, et on laisse faire.
Avez-vous été reçus par les collectivités, la préfecture ou les responsables de l’aéroport ?
Je termine ma septième année de présidence, et j’ai fait un nombre incalculable de réunions. On pourrait se dire que ça ne sert à rien, mais je crois encore que le dialogue peut nous maintenir à flot.
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Le vrai problème, c’est qu’un agent municipal ne peut pas effectuer les mêmes contrôles qu’un agent de l’État. Il peut verbaliser pour stationnement gênant ou occupation d’une place taxi, mais il ne peut ni vérifier les papiers, ni immobiliser un véhicule, ni contrôler la réservation préalable. La Ville aimerait donner plus de moyens à sa police municipale, mais elle ne les a pas encore. On en appelle donc au gouvernement : c’est un changement national qu’il faut.
Que comptez-vous faire pour vous faire entendre ?
La base veut bloquer le département avant le Festival de Cannes. Elle a peur de ne pas être écoutée et veut faire passer un message fort avant l’arrivée de la haute saison. Nous avons rencontré tout le monde, on a joué le jeu du dialogue. Maintenant, il faut des mesures concrètes. L’urgence, c’est le contrôle.
Vous seriez donc prêts à sacrifier vos journées les plus lucratives de l’année ?
On n’a plus le choix. Cet hiver, on a passé notre temps à discuter, à alerter, à expliquer notre malaise. La base estime que ce n’est plus suffisant. Si les taxis sont prêts à perdre de l’argent, à empêcher des gens de prendre l’avion ou de travailler, ce n’est pas de gaieté de cœur. Personne ne se réjouit de ça. Mais à un moment, quand on est dos au mur, il faut se faire entendre.
Constatez-vous une perte de clientèle liée à cette concurrence ?
Après le Covid, on a connu une année exceptionnelle : les gens avaient besoin de sortir, de voyager. Mais depuis, c’est le déclin. Les VTC sont de plus en plus nombreux. Nous, on ne veut pas exclure ces chauffeurs. On demande simplement que la loi soit respectée. Regardez les Airbnb : on cherche à les encadrer, à faire voter des lois. Pour nous, elles existent déjà. Il suffit de les faire appliquer.

Certains estiment que les taxis ont pris du retard sur les attentes actuelles… Que leur répondez-vous ?
Ce n’est pas vrai. On n’a pas d’application nationale, c’est vrai, car le gouvernement a tenté de nous aider avec le.taxi, mais ça n’a pas fonctionné : chaque ville a son organisation. Mais à Nice, on a notre propre application, Taxi Nice Riviera, qui fonctionne comme Uber : vous localisez votre taxi en temps réel, vous commandez. La seule différence, c’est que vous ne payez pas à l’avance. On est aussi partenaires de G7 : les clients abonnés peuvent commander un taxi niçois depuis leur application, voir leur chauffeur en temps réel, avec une estimation du prix.
Et au niveau tarifaire ?
Nous sommes une profession réglementée. Il y a des tarifs préfectoraux, des forfaits de jour, de nuit… On ne fait pas ce qu’on veut. En face, les plateformes cassent les prix. L’aéroport-centre-ville, c’est 32 euros en taxi. Sur les applis, on trouve du 8 euros (deux à trois fois plus cher en général, NDLR). Pour Cannes, on est à 85 euros. Eux peuvent afficher 36. C’est intenable pour nous, car nous sommes sectorisés : quand on va à Cannes, on doit revenir à vide. Le VTC, lui, peut marauder sur place. Ce qui est interdit. Mais on le laisse faire.
Les jeunes s’installent-ils encore dans la profession ? Est-elle menacée à moyen ou long terme ?
Je ne crois pas que l’on soit menacés. Il y a toujours eu un turnover, c’est normal. Il y a une offre, une demande. Pendant le Covid, certains ont eu peur, ont vendu leur licence, et on a perdu des chauffeurs. Mais aujourd’hui, on est stables.
Peut-on encore vivre correctement du métier de taxi à Nice ?
Je vois des chauffeurs qui n’arrivent plus à payer leur location, leur crédit, qui ont du mal à remplir leur frigo. En tant que président syndical, je ne peux pas ignorer cette réalité. Le métier n’est plus ce qu’il était il y a vingt ans. À l’époque, il n’y avait pas de location de voitures, pas de bus directs vers les hôtels. On avait une forme de monopole, de fait. Aujourd’hui, on est ouverts à la concurrence, bien sûr. Mais à la condition que les règles soient les mêmes pour tous.
Comment vous préparez-vous à la saison touristique ?
Les autorités locales font un excellent travail pour vendre la destination. Les hôteliers, les restaurateurs, les plagistes, les commerçants… Tous participent. On a souffert de la fermeture d’Acropolis, mais il va y avoir un nouvel équipement au Port, avec le sommet de l’ONU sur les océans et ensuite. Les congrès vont reprendre. L’extension du terminal 2 de l’aéroport va aussi emmener du monde. On espère une belle saison.
Le taxi est-il, selon vous, un acteur clé de l’expérience touristique ?
On est la première vitrine. Quand un visiteur sort de l’avion ou du train, il tombe sur un taxi. C’est à nous de représenter la ville. On a eu peur, au début de la guerre en Ukraine, que les Russes ne viennent plus. C’est une clientèle très fidèle, avec beaucoup de résidences secondaires. Mais les Scandinaves ont pris le relais, et maintenant les Américains arrivent en masse, avec un pouvoir d’achat très fort. À nous, à notre échelle, de leur donner envie de revenir.









Remettons les choses à leur place. Le métier de VTC ne date pas d’hier. Il existe depuis longtemps, mais a connu une évolution un peu chaotique au début des années 2000. À cette époque, l’encadrement était quasi inexistant : certains véhicules tournaient en 3x8 ou 2x12, souvent avec des chauffeurs ne parlant même pas français. Quelle image donnions-nous alors aux touristes ? Une véritable honte. Heureusement, depuis la loi Grandguillaume, la profession s’est structurée. Depuis 2017, l’accès à la profession est encadré par deux examens : Une épreuve théorique composée de sept modules, identiques à ceux des taxis. Un examen pratique de conduite, supervisé par un représentant de la… Lire la suite »
Mon brave Arnaud„ je n’a sais même pas quoi répondre devant tant de bêtises…. Le problème n’est pas le VTC en lui même, je dirais même qu’il a permis aux Taxis une remise en question et de refaire leur travail correctement, par contre le non respect de la réglementation et LE VRAI PROBLÈME, le retour à la base et obligatoire, le fait de stationner sur un parking privée comme vous dites et à minima de la filouterie, mais moi j’appelle ça de maraude électronique(comme par hasard le parking privé est toujours à côté de gare, d’aéroport…). ça va faire 20 ans que je fais… Lire la suite »
Tout à fait d’accord avec les taxis ! Les lois ne sont pas respectés ! Ou est la crédibilité d’un gouvernement ?
Il a oublié de mentionner qu’il était aussi président de la coopérative des taxis ? Qui est censée être neutre.
Bien sûr qu’il le précise, c’est même écrit dans l’article.
Et pourquoi est-il censé être neutre ? Il défend sa profession et a tout à fait raison.