Les Jeux olympiques d’hiver 2030 seront-ils l’occasion de redonner vie aux petites lignes ferroviaires des Hautes-Alpes ? À Veynes, ville surnommée « la cheminote », les habitants accueillent avec prudence les annonces d’investissements promises par l’État et la région.
Le 27 juin, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a dévoilé, aux côtés du gouvernement, un plan « historique » de 520 millions d’euros, dont 342 millions pour le ferroviaire, en vue des JO d’hiver dans les Alpes. Objectif : réduire le temps de trajet Marseille-Briançon, créer un pôle multimodal à Briançon et moderniser certaines gares.
Pour le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, il s’agit d’«une chance unique de répondre aux attentes actuelles tout en laissant un héritage concret ». Le président du département des Hautes-Alpes, Jean-Marie Bernard (LR), a pour sa part affirmé que ces projets pourraient « bouleverser la vie » des habitants d’un territoire enclavé et sans autoroute.
Veynes, un carrefour ferroviaire historique
Avec ses 3.200 habitants, Veynes occupe une position stratégique : cette « étoile ferroviaire » reçoit plusieurs lignes TER (Marseille, Briançon, Grenoble, Valence) ainsi que le train de nuit Paris-Briançon. Un rôle central que la commune cultive depuis 150 ans, date d’arrivée du chemin de fer.
Veynes fut longtemps un centre d’entretien et de formation, abritant jusqu’à 700 familles d’employés du rail dans les années 1930. Les locomotives à vapeur y transportaient bois, militaires, enfants en colonies, troupeaux en transhumance et même pains de glace issus des glaciers alpins.
Mais ces heures fastes paraissent lointaines. Le Buffet de la gare est devenu en 2020 une épicerie-recyclerie associative. Le guichet SNCF a fermé en décembre 2024, remplacé quelques heures par semaine par une équipe mobile aidant les usagers aux automates. Et au poste d’aiguillage, la fermeture d’une voie jugée « non conforme » pour un an complique déjà la circulation des trente rames quotidiennes.
Des habitants partagés sur les promesses
Pour Alexandra Pourroy, membre du collectif Mobil’Hautes-Alpes, « on n’attend pas de révolution ». Créé en 2020, le groupe milite pour des alternatives à la voiture individuelle. Une enquête de 2021 révélait que 82% des Hauts-Alpins aimeraient utiliser d’autres modes de transport mais se heurtent à un manque de services adaptés.
Le collectif de l’Étoile ferroviaire de Veynes réclame depuis des années des aménagements « à coût zéro » pour corriger des correspondances inadaptées ou des doublons car/train. « On a vraiment de quoi remplir des trains du matin au soir », affirme Nicole Tagand, mais elle juge les nouveaux engagements « peu précis ».
« En tant que collectif, on n’est pas pour ou contre les JO, ce n’est pas notre question », précise-t-elle. « On veut que notre étoile ferroviaire vive, qu’elle rayonne et qu’elle rende service aux habitants ».
Des espoirs mais aussi des inquiétudes
Conducteur de train et élu municipal à Veynes, Gérald Griffit alerte sur le risque de mesures ponctuelles mais espère malgré tout un changement : « Je ne dis pas qu’on aura le RER parisien, mais on pourra avoir 2-3 trains pour aller travailler à Gap avant 8h00. Ça sera déjà énorme ».
D’autres redoutent les effets de la mise en concurrence d’une partie des lignes locales. Leur attribution est prévue en octobre 2025 pour une entrée en vigueur fin 2029, soit peu avant les JO. La SNCF et le groupe franco-allemand Transdev sont en lice.
Avec AFP










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