Dans l’enquête sur la mort de Souheil, tué par un tir policier à Marseille en 2021, plusieurs pièces essentielles du dossier sont introuvables. Un fait qui conduit la famille du jeune homme à porter plainte pour détournement de scellés, dénonçant une entrave à la manifestation de la vérité.
Trois ans après les faits, l’affaire Souheil connaît un nouveau rebondissement. La juge d’instruction en charge du dossier a informé les proches de la victime de la disparition de plusieurs scellés cruciaux.
Dans un courrier daté du 4 juin et révélé par Mediapart, elle précise que « neuf scellés demeurent introuvables », malgré des mois de recherches. Ces éléments n’ont jamais été restitués au greffe après leur sortie du service de stockage début 2022.
Parmi les pièces manquantes figurent notamment une vidéo de surveillance captée par une agence de la Caisse d’Épargne, l’enregistrement filmé de l’audition du policier mis en cause, ainsi que la balle ayant tué Souheil. Face à ces absences, la famille a déposé plainte pour détournement de scellés, estimant que cela entrave délibérément le cours de la justice.
Une plainte visant une ancienne procureure
Dans leur plainte consultée par l’AFP, les proches de Souheil accusent Dominique L, ancienne procureure en charge du dossier, d’avoir « volontairement détourné les neuf scellés ». Le rapport du greffe indique que Mme L avait récupéré la procédure et les scellés en avril 2022, mais que ceux-ci n’ont jamais été retrouvés. Interrogée, elle aurait affirmé qu’ils étaient « dans son bureau », sans que cela ne soit confirmé.
Cette perte survient après un enchaînement judiciaire complexe : l’affaire avait été classée sans suite une première fois en 2021, avant d’être rouverte en 2022 grâce à une plainte avec constitution de partie civile. Le juge Patrick D.F., désigné à l’automne 2022, n’aurait lancé les recherches des scellés qu’en 2024, soit deux ans après le début de son instruction.
Des éléments-clés manquants, la famille s’indigne
Le dossier d’instruction se trouve privé d’éléments potentiellement décisifs. La disparition des vidéos de surveillance alimente particulièrement les soupçons. Selon la plainte, six fichiers avaient été transmis par l’agence bancaire proche des lieux du drame. Seuls deux d’entre eux, illisibles, ont été placés sous scellé. Une enquête de l’IGPN ne permettra de retrouver que trois vidéos, aucune ne montrant le tir fatal.
« Au fur et à mesure que les pièces disparaissent, il reste quoi à la fin ?», s’interroge Issam El Khalfaoui, le père de Souheil. « Les dires des policiers », poursuit-il, craignant que la vérité ne s’efface. Il demande aujourd’hui une reconstitution des faits, jamais organisée depuis le drame. « Je veux la vérité », insiste-t-il.
Le parquet réfute toute volonté de dissimulation
Le parquet de Marseille a confirmé à l’AFP la perte des scellés et la réception de la plainte, précisant qu’une enquête est en cours. Il réfute toutefois toute intention de dissimulation. Chaque scellé aurait fait l’objet d’un procès-verbal, ce qui permettrait, selon lui, de poursuivre l’instruction sans altération.
La juge a, de son côté, demandé à la famille de transmettre les copies de quatre des scellés dont elle disposerait. Mais pour la défense, le mal est fait. « Certains magistrats du parquet et notamment à Marseille ont une idée très subjective de la loi et des frontières de la procédure dans l’objectif de protéger les fonctionnaires de police », a déclaré Arié Alimi, avocat de la famille. « Cette plainte permettra, je l’espère, de nettoyer les écuries d’Augias ».
Avec AFP



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