Depuis plusieurs mois, Rachida Dati décongèle un vieux projet de rapprochement des radios et télés publiques, pour en faire une « BBC à la française ». Alors que la question des moyens est loin d’être éclaircie, les personnels protestent contre une reprise en main politique « qui met en danger l’indépendance des antennes ».
Sous le soleil, la colère. Depuis une place Masséna transformée en poêle à frire par la canicule, les collaborateurs de France 3 Côte d’Azur et d’ici Azur (ex-France Bleu) étaient pour une bonne part réunis ce lundi 30 juin, tous opposés au projet de réforme de l’audiovisuel porté par la gouvernement. Seules les personnalités de la gauche locale (Julien Picot pour les communistes, Olivier Salerno pour la France insoumise et Juliette Chesnel pour les écologistes) avaient fait le déplacement histoire de soutenir le mouvement.
« Le manque de moyens se fait déjà vivement sentir »
« Dans le projet de loi, comme vision d’avenir il n’y a rien, si ce n’est l’idée clé : centraliser tout autour d’une direction unique. Ce serait un premier pas vers une dictature de l’audiovisuel » s’agace Sébastien Germain, reporter chez ici Azur et délégué CGT. « Si demain Marine Le Pen arrivait au pouvoir, elle pourrait ainsi régner sans partage sur les médias publics ».
C’est une casse sociale qu’anticipent les salariés : « avec les réorganisations, la hiérarchie aura toute latitude pour se débarrasser des conventions collectives les plus protectrices et de vendre à la découpe les pans de France TV ou de Radio France qui déplaisent ».
Avant même la réforme, la rédaction niçoise d’ici Azur serait de toute façon déjà à l’os : « on ne nous fournit même pas de scooter pro, les journalistes doivent se débrouiller avec leurs propres moyens. Sans compter tous les équipements qui dysfonctionnent » appuie Sébastien Germain. « Avec des équipes réduites, on en revient à réclamer aux stagiaires de faire le travail de titulaires ».
« Les auditeurs doivent comprendre que le combat que nous menons est aussi le leur. Le service public de l’information est présent auprès d’eux, sort des enquêtes, s’active sans pressions extérieures… Oui, mais demain ?»

Et que répondre à tous ceux qui trouvent ces antennes trop peu pluralistes, voire rangées autour de la gauche ? « Les rédactions, c’est comme un repas de famille. Chacun a ses sensibilités, l’objectivité n’existe pas. Les seules choses qui comptent, ce sont l’équilibre et l’honnêteté de l’information proposée ».
Ce que défend Rachida Dati
L’ambition affichée par la ministre de la Culture est de réorganiser ces médias pour qu’ils soient à même de faire face aux mastodontes américains. Mais également de les rapprocher des jeunes et des classes populaires, dont ils seraient trop éloignés — une analyse qui fait grincer des dents à tous les étages des rédactions concernées (notamment parce que les audiences n’ont rien de honteuses et que les chiffres des podcasts produits sont très bons malgré des investissements assez relatifs).
Le texte examiné ce jour à l’Assemblée, qui entraîne une grève aux quatre coins du territoire, porte surtout sur l’établissement d’une holding, regroupant dans son giron Radio France, France Télévisions et l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), mais ni RFI, ni France 24.
La rue de Valois promet que l’idée n’est pas de réaliser des économies phénoménales. L’intérêt de cette initiative pour renforcer les entreprises n’est pour l’heure pas évident. Les débats se poursuivront jusqu’au 1er juillet.



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