Face à la recrudescence des rodéos urbains, les maires tirent la sonnette d’alarme. Entre dangers pour la population, impuissance policière et sanctions peu dissuasives, les élus locaux peinent à juguler ce phénomène devenu omniprésent avec les beaux jours.
Rodéos urbains : les élus locaux en première ligne face à une insécurité galopante
Les beaux jours font aussi leur lot de nuisances. Dans de nombreuses villes françaises, les « rodéos » sauvages en moto-cross, quad ou voiture s’intensifient, devenant un véritable casse-tête pour les maires. Depuis une dizaine de jours, plusieurs événements spectaculaires, largement relayés sur les réseaux sociaux, ont ramené ce fléau sur le devant de la scène sécuritaire.
Entre danger public et réponse pénale insuffisante
Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a récemment annoncé vouloir autoriser plus systématiquement les poursuites par les forces de l’ordre. Mais cette approche inquiète plusieurs élus locaux. « Pour nous, ces rodéos sont une réelle source d’angoisse, mais des courses-poursuites dans une ville ça peut être dangereux », alerte Jean-Paul Jeandon, maire PS de Cergy et coprésident de la commission sécurité de l’Association des maires de France.
Depuis 2018, le rodéo urbain est qualifié de délit, passible d’un an de prison et de 15.000 euros d’amende. Pourtant, les élus dénoncent une impunité de fait. « Les mecs font les malins, n’ont pas de casque, et ne savent pas conduire. Si vous les prenez en chasse, la moto se retourne. Vous avez un mort, et c’est tout le quartier qui se soulève », s’inquiète Frédéric Chéreau, maire PS de Douai.
Des stratégies locales face à un phénomène national
Certains élus privilégient une approche préventive. À Douai, les motos sont parfois saisies à domicile au petit matin grâce à l’aide des habitants. À Chelles, Brice Rabaste (LR) a mis en place une brigade municipale motorisée, capable de suivre les fauteurs de trouble à distance, en coordination avec la vidéoprotection.
Les rodéos liés aux mariages sont aussi dans le viseur. À Nevers, Denis Thuriot (Renaissance) impose aux futurs mariés la signature d’une charte et la fourniture d’un RIB. « Taper les mariés au portefeuille », dit-il, est parfois le seul moyen d’éviter les débordements.
Le gouvernement veut durcir le ton face à l’ampleur du phénomène
En 2024, 44.155 opérations anti-rodéo ont été menées, selon le ministère de l’Intérieur, en baisse de 48 % par rapport à l’an dernier. 3.979 interpellations ont été recensées, soit une baisse de 26 %. Vendredi dernier, Gérald Darmanin a demandé aux procureurs de saisir et détruire systématiquement les véhicules incriminés. À Montpellier, cette pratique est déjà en place. « On ne restitue pas les motos. Une convention avec le procureur prévoit leur destruction dès la décision rendue », affirme Michaël Delafosse, maire PS de la ville.
Des campagnes également touchées, des moyens en berne
Le phénomène dépasse les zones urbaines. À Blasimon (Gironde), 955 habitants, Daniel Barbe (PS) déplore l’absence de moyens. « Le temps qu’on appelle les gendarmes, parfois à une heure de route, les jeunes sont partis », confie-t-il, contraint de prendre des photos et de relever des plaques sans pouvoir agir directement.
Les maires, de la ville à la campagne, appellent à une réponse de l’État à la hauteur d’un phénomène devenu systémique.







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