Dans un discours prononcé le 20 septembre, Emmanuel Macron a demandé « pardon » aux Harkis et a annoncé une « loi de réparation ». Une décision attendue de longue date par les principaux concernés et leurs descendants.
Le « geste » était attendu depuis longtemps. Hier à l’Elysée devant 300 de ces anciens auxiliaires de l’armée française et leurs descendants, le président de la République a présenté les excuses de la France aux Harkis, plusieurs dizaines d’années après les évènements d’Algérie.
Nasser Sahour, président de l’association Harkis Honneur Histoire (3H) est l’invité de Nice-Presse.
1 - Êtes-vous satisfait par le discours du président ?
Satisfait, pas totalement. Il y a une vraie avancée par rapport à ses prédécesseurs, notamment avec le « pardon » prononcé par Emmanuel Macron. Un cap a été franchi, c’est indéniable.
L’arrivée d’une loi est aussi quelque chose qui a grandement attiré notre attention, mais il y a encore beaucoup de non-dits. C’est à dire que les choses ne sont pas vraiment nommées, des pincettes sont prises, c’était très technique dans la rédaction.
On peut toutefois noter qu’il y a une vraie volonté d’apaisement.
2 - Quels sont ces « non-dits » ?
Il s’agit d’employer les mots justes et de dire réellement que les Harkis ont été victimes de discriminations. Ils ont été entassés dans des bidonvilles, beaucoup ont subit des représailles, des violences, de la torture car ils ont été considérés comme des traîtres (en Algérie, NDLR).
« On ne nomme pas encore vraiment les choses à propos de notre Histoire »
Nasser Sahour
Aujourd’hui, cette part d’ombre doit être assumée et non plus cachée. Le président a parlé de douleurs toujours présentes : les reconnaître va permettre de les atténuer.
3 - C’était courageux de demander « pardon », mais est-ce que ça n’arrive pas un peu tard ?
Le discours est arrivé tard, oui. C’était attendu depuis plusieurs années, mais la symbolique reste forte. Malgré tout, il y a un contexte à prendre en compte : nous sommes quasiment en période de campagne électorale. Quand j’avais reçu Nicolas Sarkozy, lui aussi était en campagne.
Maintenant, le plus important c’est d’avancer et de mettre en perspective les mécanismes pour inscrire la mémoire dans la loi et définir le contenu du texte qui doit arriver d’ici la fin de l’année.
Après l’intervention du président, nous avons de l’espoir.
4 - À propos de ce texte, que peut-il contenir concrètement ?
Ça va symboliser le pardon de la Nation envers les Harkis et leurs descendants. Parce qu’il ne s’agit pas que des premières générations, qui ne sont plus nombreuses, mais on parle aussi des deuxièmes et troisièmes générations. Elles aussi ont souffert de cette histoire.
Cela va insérer cet aspect dans l’enseignement de la guerre d’Algérie. Ce qui était un peu caché va être mis en lumière. Cette Histoire doit être entendue puisque c’est celle de chaque Français. Le 25 septembre marque d’ailleurs la journée nationale d’hommage aux Harkis. J’appelle les citoyens à se rendre à ce moment de mémoire.
« Le pardon doit être inscrit dans le marbre »
Nasser Sahour
Evidemment le volet financier sera évoqué avec des indemnisations pour le préjudice moral subi. Que ce soit les combattants à la fin de la guerre ou bien les descendants qui n’ont pas eu la même égalité des chances.
On souhaite d’ailleurs la création d’une Commission d’évaluation et puis la mise en place d’un fonds d’indemnisation.
5 - Quel est l’avis général au sein des associations ?
J’ai rencontré d’autres présidents d’associations car il y en a beaucoup dans le Sud-est. D’une manière générale, il y a toujours des avis qui divergent, de façon plus ou moins importante.
Mais tout le monde reconnaît la symbolique du discours prononcé et nous convergeons vers des demandes similaires en ce qui concerne les dispositions du texte de loi.
Maintenant il faut que l’Etat fasse participer les associations pour que nous l’écrivions ensemble.

Une expo hommage
Le Centre Universitaire Méditerranéen (CUM) accueille depuis le 21 septembre l’exposition « Parcours de Harkis et de leurs familles », inaugurée par Anthony Borré. Le premier adjoint au maire a d’ailleurs remercié Emmanuel Macron pour « ces mots si justes » et a rappelé que Nice « sera toujours engagée et vigilante en faveur des Harkis ».
« Avec Christian Estrosi nous avons été de tous les combats à leurs côtés. Contre le 19 mars, pour l’accueil des archives à Nice et l’organisation du soixantenaire. »





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